Je l’attendais en décembre. Les médecins m’ont appris, le 9 novembre, que le placenta ne fonctionnait plus. Ils ont fait une amniocentèse pour vérifier si ses poumons étaient matures. Ils l’étaient. Ils sont allés la chercher par césarienne. Et je l’ai vue. Si petite. Si jolie.
Fistonne était un bébé magnifique. Elle ne ressemblait à personne, même si ma belle-mère de l’époque avait dit, d’un air très déçu :
- Elle va ressembler à Joan, celle-là.
Elle avait de beaux yeux bleus et de fins cheveux blonds qui se sont vite mis à boucler. Elle se réveillait de bonne humeur. Elle riait tout le temps. Souvent, en la regardant, je me disais qu’elle était presque trop extraordinaire pour être vraie.
Une nuit, j’ai été réveillée par le rire de Fistonne et un bruit de chaise qui berce. Je me suis levée pour aller voir. Fistonne était assise dans son petit lit de fer blanc et riait en fixant, à l’autre bout de la pièce, la chaise berceuse… qui berçait… toute seule. J’ai été traversée par un frisson. J’ai attrapé ma fille et suis ressortie de la pièce en courant pour sauter dans mon lit.
Je n’ai jamais compris ce qui s’était passé et ça ne s’est jamais reproduit.
Fistonne a grandi. Elle est devenue une magnifique jeune fille. Et souvent, quand elle me parle et que je la regarde, je me dis qu’elle est presque trop extraordinaire pour être vraie.
Bien sûr, il y a des mauvais jours, de mauvaises semaines aussi, parfois. Mais je continue à être éblouie, jour après jour et, même si elle n’est pas toujours facile, à aimer ma vie de maman. Et Fistonne est et restera toujours mon plus beau cadeau de Noël.

