Vendredi 13

Vendredi 13. J’ai eu une grosse journée au bureau et je suis contente de rentrer à la maison.

Je suis seule pour souper. Chéri est au golf avec un de ses jumeaux. Fiston soupe avec Copine. Fistonne est en vacances avec la famille d’une amie. Je suis fatiguée depuis quelques semaines, et quelques heures de silence me feront sûrement du bien. Je n’ai pas envie de souper. Je me fais un gros bol de pop corn que je sors manger dehors, sur la galerie. Zed joue avec une balle. J’ai la tête vide. Je ne pense à rien (pour une fois) et ça fait du bien. Je rentre pour prendre une douche. Prépare un pyjama, une grande serviette, un élastique pour mes cheveux, mon gel douche préféré. Je me promets de me mettre au lit tôt avec un bon livre.

Et soudain, le vendredi 13 fait son œuvre : les gars rentrent du golf et pendant que Chéri cherche quelque chose à manger pour souper Zed qui est content de voir Jumeau blond fait pipi sur le plancher Chéri soupire de mécontentement et court partout pour trouver une guenille pour essuyer le pipi pendant que Jumeau blond tente de convaincre Zed de sortir sur la galerie mais Zed a plutôt envie de lécher tout le monde pour leur souhaiter la bienvenue même si c’est interdit de lécher les gens dans cette maison c’est mal parti pour la soirée zen que je me promettais je sors essuyer moi-même le pipi sur le plancher je prends une douche en vitesse enfile mon pyjama je saute dans mon lit et tombe endormie avant que ma tête touche l’oreiller.

Zed et zen ne sont pas synonymes. Bon vendredi 13 quand même!

 

Chéri, il connaît ça!

Nous sommes à l’hôtel. La dame derrière le comptoir nous remet deux cartes qui donnent accès à notre chambre. Chéri, qui connaît ça (disons-le), glisse la carte à l’endroit indiqué. Génial, ça marche!

Nous entrons. Il fait noir, là-dedans. Chéri tente d’ouvrir une lumière. Rien. Zéro. Nil. Pendant qu’il marmonne et essaie d’ouvre une autre lumière, j’ouvre les rideaux. C’est un peu mieux. J’entends soudain une exclamation de joie (oui, de joie).

- Je comprends comment ça marche, il faut glisser la carte dans la fente ici pour ouvrir les lumières.

Il glisse la carte et la retire. Magie! Les lumières s’allument.

- On n’arrête pas le progrès, dis-je.

Chéri a soudain envie. Entre dans la salle de bain. Ouvre la lumière. Tout-à-coup : black out total. Tout s’est éteint.

- ! »/$%?&*()_+

Chéri ressort de la salle de bain. Reglisse la carte dans la fente et la retire. La lumière se rallume. Chéri retourne à la salle de bain. Tout-à-coup : nouveau black-out. Il fait noir comme chez le diable. Je tends l’oreille :

- ! »/$%?&*()_+

C’est bien ce que je pensais. Il n’est pas content. Ressort de la salle de bain.

- Ça marche donc ben mal leur système!

Chéri se penche vers la fente et décide de lire les instructions. À haute voix.

- « Ne retirez pas la carte. » Ah! c’est comme ça que ça marche!

Non, mais Chéri, il connaît ça. De toutes manières, m’a affirmé son grand frère par la suite, si ça n’avait pas marché, c’est sûr que Chéri aurait démonté tout ça et trouvé une manière de faire fonctionner le système! Et il a bien raison!

 

Les genoux éraflés

Fistonne est dans une phase d’indépendance. C’est correct. C’est l’âge. C’est juste que, comme on est encore au début de la phase, je ne suis pas encore habituée. Il y a quelques années, c’était Fiston l’ado de la maison. Un soir, Fistonne devait avoir 10 ou 11 ans, j’avais posé une question à son frère et il m’avait répondu sur un ton un peu insolent. Fistonne avait soupiré et m’avait dit, en m’attrapant par le cou :

- Maman, je m’excuse à l’avance pour quand je serai une ado et que je te parlerai « bête ».

J’avais trouvé ça très drôle et lui avait répondu :

- Et moi je te pardonne d’avance.

J’y repense souvent, surtout quand Fistonne a une mauvaise journée et est plus ou moins agréable. Et puis je sais que ça ne durera pas.

Il y a aussi, parfois, de petits moments tout doux en plein milieu des mauvaises journées. Mardi soir dernier, par exemple. Fistonne est sortie jogger avec Zed. Quand elle est rentrée, elle avait les mains et les genoux qui saignaient.

- J’ai trébuché sur la laisse de Zed, m’a-t-elle expliqué en grimaçant.

- Viens dans la salle de bain, on va regarder ça, lui ai-je répondu.

Je m’attendais à ce qu’elle me dise qu’elle pouvait le faire elle-même, mais elle m’a suivie et s’est assise sur le couvercle de la toilette. Ma joggeuse a repoussé une mèche blonde qui lui retombait dans les yeux et m’a souri. J’ai rincé une débarbouillette, et je lui ai nettoyé et désinfecté les mains, une par une, doucement pour ne pas lui faire mal, comme quand elle était petite et qu’elle tombait en vélo. Puis les genoux. Puis je suis allée lire dans mon lit, et elle est venue me rejoindre avec un livre.

- Je peux lire avec toi?

- Bien sûr!

Comme avant. Je savais qu’il y aurait encore de mauvaises journées, et même plus que moins, mais je voulais profiter de ce beau moment de répit avec elle.

Le lendemain matin, Fistonne s’est levé du mauvais pied et la magie était envolée, mais moi j’étais de bonne humeur parce j’avais dans le cœur plein de beaux moments passés avec ma fille pour m’aider à patienter jusqu’à la fin de l’adolescence.

 

Le mariage de l’été

Le mariage de l’été n’a pas eu lieu à Washington. Il n’a pas coûté des millions de dollars. Le mariage de l’été n’a pas été celui de Chelsea Clinton, mais celui de M. et S. Je le sais, j’y étais.

Je venais de terminer trois semaines de fou au bureau. J’étais morte de fatigue. Je n’avais pas eu le temps de trouver une jolie manière d’arranger mes cheveux un peu longs, de vérifier si ma robe m’allait ni de magasiner une jolie paire de sandales. J’avais décidé à la dernière minute de laisser Fiston, Copine et Fistonne seuls à la maison, pour la première fois de ma vie de maman, et j’avoue que ça m’inquiétait un peu (lire « la mère poule était folle d’inquiétude »). On ne pouvait pas prendre possession de la chambre d’hôtel avant de se rendre à l’église ni de se rafraîchir après le long trajet de voiture et ma robe se froisserait probablement un peu dans les bagages.

C’est dans cet état que je suis arrivée à l’église avec Chéri pour le mariage de M. et S. Les mariés étaient déjà là, imaginez donc, ça commençait bien! On s’est dépêchés de se trouver un banc et de s’asseoir. La mariée est entrée au bras de son père, dans sa belle robe blanche. Je sais que la mariée est toujours la plus belle. Mais je vais le dire quand même : la mariée était la plus belle. Non, non, je ne parle pas de robe, de décolleté et de coiffure. Je parle d’elle. Son sourire. Ses yeux. Leur façon de se regarder, après 10 ans de vie commune, et de savoir vraiment à quoi ils disent « oui ». Ils sont eux, ils sont vrais. Ils s’aiment et ça se sentait tellement quand S. a rejoint M. qui s’avançait dans l’allée au bras de son père si fier, que j’en ai eu des frissons. Je me suis laissée emporter par le charme de la noce, le papa de la mariée qui pleurait d’émotions en serrant sa fille dans ses bras, les mariés qui parlaient de leurs parents avec affection, les grandes sœurs de la mariée qu’on sentait fières de leur petite sœur, le repas, la musique, les différentes générations qui se mêlaient dans un tourbillon de rires et de pas de danse, les mononcles charmants, les petites nièces toutes fières de leur belle robe, les adolescentes devenues des femmes en l’espace d’un été, les petits neveux qui faisaient des blagues de grands, les jeunes adultes qui voulaient absolument ou ne voulaient absolument pas attraper le bouquet de la mariée et la jarretière, les petits qui pigeaient dans l’assiette des grands, la « cousine chouchou » qui riait aux larmes de notre mésaventure avec la carte de l’hôtel (je vous raconte ça bientôt dans un prochain billet), Jeune frère qui a fait annoncer au micro que Chéri offrait sa voiture à la table gagnante d’un jeu organisé. On passait du fou rire aux larmes d’émotions et du rock and roll à la tendresse, tout ça était féérique.

Mais le plus beau de la magie du mariage de M. et S., ça a été de se laisser gagner par elle, de se sentir aussi légers que des nouveaux mariés, jeunes, libres, amoureux et fiers comme M. et S., de danser comme à 20 ou à 30 ans et de tellement se ficher de ne plus les avoir. Et de se dire « oui » en secret, nous aussi.

Merci à vous deux, félicitations et beaucoup de bonheur, toujours!