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Bouleversée

Je suis profondément bouleversée par le double meurtre des enfants de Piémont.

Ce qui me trouble le plus, c’est que notre société ne sait pas comment empêcher, arrêter cette violence. Elle ne sait pas comment la décoder à l’avance. Les voisins et les amis nous parlent de bons pères, de pères doux et non violents avec leur entourage. De pères qui n’auraient jamais fait de mal à une mouche. Les enfants et l’ex-conjointe ne sont pas des mouches. Tout serait la faute de la séparation et du choc que cause à son conjoint la femme qui le quitte. Ce qui veut dire que tout homme en instance de divorce risque de tuer ses enfants? Ben voyons donc, c’est impossible.

J’ai du mal à mettre en mots ce que je ressens. Une chose est sûre, je ne crois pas qu’un homme qui tue ses enfants ou son ex-conjointe soit une personne douce et non violente. Qu’il montre ce visage en société, c’est possible. Qu’il soit agréable en société, soit. Mais je ne crois pas qu’une personne pacifique puisse du jour au lendemain se transformer en monstre.

Une maladie? C’est possible. Mais si la violence est une maladie, elle n’est pas arrivée tout d’un coup, comme ça, sans avertissement. En tous cas, moi je n’y crois pas. La violence est déjà là, latente, prête à rebondir dès que le père aimant perd le contrôle de son ex-conjointe. Elle s’exprime déjà dans des gestes qui semblent anodins, des paroles et des attitudes blessantes, contrôlantes, mais on ne la reconnaît pas. La violence est psychologique, économique, cachée à l’entourage. L’homme violent a besoin de contrôler et de dominer. Ce n’est pas la séparation qui est responsable de la violence, c’est l’homme qui tue, le responsable.

J’ai entendu, un jour une psychiatre dire à la télévision, à la suite d’un drame conjugal, que les femmes qui quittent leur conjoint devraient voir à ce que celui-ci demande de l’aide. Comment peut-on demander à une femme qui vient de quitter un homme violent de voir à ce qu’il soit aidé? Comment peut-on lui demander ça alors même qu’elle est en danger? Ça n’a pas de sens.

Ça n’a aucun sens.

Je ne connais pas la solution. Je ne juge pas non plus ces hommes qui tuent leurs enfants ni les hommes et les femmes qui ne les dénoncent pas. Ils ont probablement une histoire à raconter, une enfance difficile et je ne sais quoi d’autre.

Je ne juge personne parce que je suis incapable d’objectivité dans ce domaine et que j’en suis pleinement consciente. Je veux juste que ça arrête. Qu’on reconnaisse la violence et qu’on la dénonce. Que les enfants puissent grandir en sécurité. Et qu’un jour, tout ça finisse enfin.