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Les Enfants de mon chum (la suite)

Suite de Les Enfants de mon chum – Récit fictif
Toute ressemblance avec des personnes réelles est une pure coïncidence.

- Bonjour! lança-t-il joyeusement.

- Il faut que tu lui dises c’est où la laise, dit Microbe.

Misère. Cet enfant était incroyable. Moi qui comptait aborder le sujet avec un peu plus de diplomatie…

- Qu’est-ce qu’il raconte? me demanda Gérald en me faisant la bise.

- Paraît que t’es mal à l’aise, dis-je. Au sujet du bébé.

Il grimaça et déposa le souper sur le comptoir.

- Oh! ça?

- Ben oui, ça.

- Ça n’est rien, ne t’inquiète pas j’ai tout prévu. Ce sera seulement un samedi par deux semaines. Je m’y connais avec les bébés. Tu n’auras absolument rien à faire. Même que tu devrais en profiter pour passer la journée au chalet, ça te ferait du bien de te reposer un peu de nous. Ou bien tu pourrais aller magasiner avec une copine. Ou en profiter pour travailler. J’ai parlé à Germaine, elle va prendre Microbe pour la journée. Moi je m’occupe de tout le reste.

Il me sourit et demanda doucement :

- Ketchup moutarde, dans ton hot dog?

Pourquoi est-ce que j’avais la désagréable impression que rien ne se passerait comme il annonçait? Et pourquoi est-ce que je revoyais soudainement, dans mes souvenirs, grand-mère Annette me dire de toujours toujours toujours me fier à mon intuition? Et de ne jamais jamais jamais jamais faire confiance à un homme?

- Dis-moi que ça sera vraiment un samedi par deux semaine. Pas une semaine sur deux…

- Une semaine sur deux? Non, non, non… Elle est trop petite. Pas pour le moment.

Et vlan. J’en étais sûre.

CHAPITRE DIX – BIENVENUE OLIVIA

Le lendemain, je quittai la maison avant 9 h pour être certaine de ne pas croiser le bébé. Gérald allait et venait dans le condo, nerveux comme un jeune marié. J’ignorais comment il s’était organisé pour rester à la maison un samedi alors que c’était un jour occupé pour les visites de maisons, mais j’étais trop découragée pour poser la question.

Je n’allai pas au chalet parce que j’avais peur de me trouver trop bien là-bas et de ne pas avoir le courage de revenir. J’allai plutôt déjeuner au restaurant. Seule. J’avais besoin de m’isoler. De faire le vide. Malheureusement pour moi, le restaurant était plein. Plein de familles et d’enfants. Plein de bébés. Incapable de supporter tout ce bruit, je payai avant d’avoir terminé et me dépêchai de regagner ma voiture, avec l’impression désastreuse d’être en train de devenir folle. J’appuyai ma tête sur le volant et fermai les yeux quelques minutes, en essayant de faire le vide. En relevant la tête, je vis, de l’autre côté de la rue, l’enseigne d’une agence de voyages. Je n’y avais jamais mis les pieds. Je m’imaginai sur une plage. Seule. Sans téléphone. Sans enfants ni ados. Sans Gérald et son air insouciant et heureux d’être entouré de ses enfants. SES enfants. Pas les miens. Parce que moi, je n’avais rien à dire dans leur éducation. Si je trouvais Chipie impolie, j’exagérais. Si je trouvais qu’on était trop de monde dans le condo, j’exagérais encore. Si je ne voulais pas que les filles invitent des amis, j’étais antisociale. Si je ne voulais pas qu’elles touchent à mon piano, j’étais rabat-joie. Je me sentais manipulée. Étouffée. J’avais besoin de respirer mon air. Peut-être serait-il préférable que je consulte?

(à suivre)

 

Un rappel des personnages de Les Enfants de mon chum

Les Enfants de mon chum est un projet d’écriture sur lequel je travaille depuis plusieurs mois. C’est encore un premier jet. J’aimerais que ce soit un roman, mais ce sera peut-être une nouvelle.

Cliquez ici pour lire l’intégrale.

L’histoire :
Annette et Gérald, couple dans la quarantaine qui vient d’emménager dans un condo moderne juste assez grand pour eux, voient leur petite vie de couple confortable chamboulée lorsqu’ils deviennent, bien malgré eux, une famille reconstituée.

Les personnages :
Annette : La narratrice. Début quarantaine. Directrice du personnel dans une agence de placement. Sans enfant.

Gérald : Nouveau conjoint d’Annette. Début quarantaine. Agent d’immeuble. Père de Chipie, Morgan et Olivia.

Lili : Ex-conjointe numéro un de Gérald, mère de Chipie et de Morgan.

Ève : Ex-conjointe de Gérald et mère d’Olivia.

Chipie : Fille aînée de Gérald et de Lili. Sœur de Morgan. Tutrice de son demi-frère Microbe depuis l’hospitalisation de Lili. Demi-sœur d’Olivia.

Morgan : Fille cadette de Gérald et Lili. Sœur de Chipie. Demi-sœur de Microbe et Olivia.

Microbe : Fils de Lili et d’un illustre inconnu (du moins dans notre histoire). Demi-frère et Chipie et Morgan.

Olivia : Fille de Gérald et Ève. Demi-sœur de Chipie et Morgan.

Germaine : Sœur de Lili et tante de Chipie, Morgan et Microbe.

Jasmine Larivière : Collègue de travail et confidente d’Annette.

Bonne lecture!

 

Les Enfants de mon chum (la suite)

Suite de Les Enfants de mon chum – Récit fictif
Toute ressemblance avec des personnes réelles est une pure coïncidence.

Je me souvins que Gérald avait en effet parlé d’une rencontre de médiation ce matin mais je ne m’attendais pas à ce que ça déboule aussi rapidement et j’avais écouté d’une oreille plutôt distraite. Il faut dire que j’avais cru comprendre qu’Ève s’opposait totalement à confier le bébé à Gérald.

- Il a quel âge, le bébé?

- Sais pas.

- An-net-te, on dit LA bébé, ajouta Microbe la bouche pleine, c’est une fille bébé.

- Va te laver les mains, j’ai dit, lui répéta Chipie.

- Je suis trop petit pour monter dans la vabo, bon.

Je pris moi aussi place à table pendant que Chipie attrapait une débarbouillette et du savon pour frotter les mains de son petit frère. Misère à poil. Déjà, le bébé? Je sentis l’anxiété monter. Et quand comptait-il me l’annoncer? Mal à l’aise, hein? Eh! bien il n’avait pas fini d’être mal à l’aise. Je n’allais quand même pas m’occuper d’un bébé, en plus de… en plus de… d’eux! Les trois mousquetaires qui avaient envahi ma vie, ma tête et… et… et mon cœur. Bon.

Je me levai. Et me rassis. Et me relevai. Me pris un verre d’eau. Et me rassis. Me relevai et replaçai un bibelot. Marchai autour de la table. Replaçai les chaises, une à une. Refis le tour de la table. Rangeai les espadrilles de Microbe le long du mur. Revins à la table. Me tirai une chaise et me rassis. Soupirai.

Microbe jouait par terre avec ses petites voitures. Il leva la tête vers moi :

- Pourquoi tu fais « HUM ».

- Hein? Oh… je suis un peu stressée. C’est pas ta faute.

- Ah. C’est la faute de qui?

- De personne, répondit Chipie à ma place, en sortant de la cuisine, elle est tout le temps stressée.

Ben oui! On le serait à moins! Non, mais quoi, n’importe quelle célibataire serait stressée si on lui livrait chez elle quatre enfants en six mois, dont deux ados et un bébé! Mais je ne pouvais quand même pas lui dire ça. Même si j’en avais très envie.

- Tu es tout le temps stressée? répéta Microbe à mon intention.

Chipie, cette fois, s’abstint de répondre à ma place.

- Juste quand j’ai une grosse journée, dis-je.

- Tu as une grosse journée?

Je pris une grande respiration. Pas une grosse journée, une grosse semaine. Un gros mois. Une grosse année. Une grosse vie. En fait, j’étais une grosse folle. Voilà. Il fallait certainement être une vraie folle pour aimer la vie de couple au point d’endurer une ado aussi désagréable. Ma vie de couple ou, plutôt, ce qui en restait.

- Tu as eu une grosse journée? redemanda Microbe.

Je tentai de sourire.

- Un peu.

- Il faut faire un message.

- Un message?

- Oui. À la garderie on fait des messages pour relaxer. Tu veux que je te fasse un message?

- Euh… pas maintenant, d’accord?

- Moi je peux te faire un message dans ton dos pour que tu sois relaxée et que tu fasses des beaux dodos.

Je ris.

- Tu veux dire un massage! Vous faites des massages à la garderie.

- Oui. Parce que si on fait des messages on va faire un plusse beau dodo, et quand ça va être Noël, le Père Noël va nous apporter des beaux cadeaux, dit-il en recommençant à jouer avec ses petites voitures. Mais avant il faut que tu m’aides parce que moi je sais pas comment écrire.

- Tu apprendras à l’école l’an prochain.

- Mais moi je veux pas l’an prochain, je veux tout de suite.

- Qu’est-ce que tu veux écrire?

- Ben voyons donc! répondit-il en me fixant de ses grands yeux.

- Alors?

- Ma lettre au Père Noël!

- Oh! ça… dis-je, soudainement épuisée à l’idée que j’aurais à me taper une lettre d’enfant. Tu lui feras un dessin, il sera vraiment content.

Il eut l’air étonné.

- Si tu racontes un mensonge le Père Noël va pas t’apporter des beaux cadeaux!

Je vis que la manipulation de Noël était déjà pas mal avancée à la garderie. Je ne savais pas quoi répondre à ça. C’est à ce moment que Gérald arriva avec les hot dogs.

(à suivre)

 

Les Enfants de mon chum (la suite)

Suite de Les Enfants de mon chum – Récit fictif
Toute ressemblance avec des personnes réelles est une pure coïncidence.

CHAPITRE NEUF – LA LAISE

Déjà décembre. Il n’avait pas encore neigé mais quelques voisins avaient commencé à installer leurs décorations de Noël. La mère des enfants de Gérald n’allait pas mieux. Ma vie de couple commençait à ressembler à un désastre. Des moments en couple, seuls tous les deux comme avant, il y en avait de moins en moins. Gérald investissait énormément dans sa vie avec les filles, au péril de notre relation. Je mettais moi-même énormément d’énergie dans SA vie de famille, et ça m’irritait, ça me grugeait, mais en même temps je devais admettre que ma nouvelle vie me nourrissait. Comme si j’en avais besoin. Comme si elle m’était devenue indispensable. Je ne me trouvais pas douée avec les filles. Un peu plus avec Microbe peut-être, mais avec les filles c’était un vrai fiasco. Après la mésaventure du chum qui s’était retrouvé accidentellement tout nu dans mon lit, Chipie avait commencé à fouiller dans mes tiroirs et à m’emprunter certains objets personnels. Ça avait commencé par une brosse à cheveux. Mon séchoir à cheveux. Ma pince à sourcils. Ma crème hydratante. Mon shampooing à 30 $. Un jour, ce furent mes bottes de cuir qui disparurent, le temps que Chipie aille au dépanneur. Je piquais des crises. Gérald tentait d’arbitrer nos conflits, avec plus ou moins de succès. J’exigeai que Gérald installe un cadenas à ma porte de garde-robes et à mon tiroir de salle de bien. Voyant l’air scandalisé de Chipie qui jura sur la tête de tous les saints qu’elle n’avait jamais au grand jamais osé fouiller dans mes affaires et que, d’ailleurs, à moins de vouloir avoir l’air « kétaine », elle ne voyait pas pourquoi elle porterait mes vêtements, Gérald osa suggérer que j’exagérais peut-être un tantinet. J’avais menacé de faire mes bagages. Encore. Ce qui avait convaincu Gérald d’installer les cadenas. Et m’avait attiré l’attitude de plus en plus désagréable de Chipie.

Microbe m’attendait impatiemment ce vendredi-là quand je rentrai du travail.

- C’est où, la laise?

- Hein? Quoi?

Je déposai mes sacs sur le sol et enlevai mon imperméable. Il laissa de côté son casse-tête et vint se pendre à mon cou.

- La laise? C’est où?

Je le pris sur ma hanche :

- Dis donc, tu deviens lourd, toi!

- C’est où la laise?

- La laise? Quelle laise? Je ne comprends pas.

- Gérald a dit à Chipie qu’il avait mal à la laise de toi. C’est où, la laise? Où il a mal, Gérald?

Chipie entra dans la cuisine et se prit une grappe de raisin.

- Dis-lui, toi, que Gérald il a mal à la laise de elle, lui dit Microbe en redescendant par terre pour lui piquer un raisin.

- La laise? demanda Chipie en fronçant un sourcil. Ah! Pas mal à la laise. Gérald n’a mal nulle part, il a dit qu’il est mal à l’aise vis-à-vis Annette. Ça veut dire qu’il est gêné.

- Gérald il est gêné, répéta Microbe perplexe.

- Mal à l’aise de quoi? demandai-je intriguée.

- On va avoir une petite sœur pour la fin de semaine. Et ne comptez pas sur moi pour la garder, je vais passer le week-end chez mon chum!

- Hein? C’est quoi, cette histoire? Où est Gérald?

- Parti chercher des hots dogs à la cantine, répondit-elle en s’assoyant à table avec ses raisins. Va te laver les mains si tu en veux, toi, ajouta-t-elle à l’intention de Microbe qui continuait de piger dans sa grappe.

Pas encore des hot dogs…! Et ma ligne, elle, il avait pensé à ma ligne? Il me semble que j’avais pris du poids depuis que les enfants vivaient ici.

- Qui vient passer la fin de semaine?

- La fille d’Ève et papa, j’ai oublié son nom. Olivia, je crois.

- Comment, déjà? Ils n’ont pas encore passé en cour.

- Papa a dit qu’ils ont conclu une entente ce matin.

(à suivre)