Les Enfants de mon chum (la suite)
Publié dans Le feuilleton du lundi à 02/28/2011 12:01 par Joan DurandSuite de Les Enfants de mon chum – Récit fictif
Toute ressemblance avec des personnes réelles est une pure coïncidence.
- Bonjour! lança-t-il joyeusement.
- Il faut que tu lui dises c’est où la laise, dit Microbe.
Misère. Cet enfant était incroyable. Moi qui comptait aborder le sujet avec un peu plus de diplomatie…
- Qu’est-ce qu’il raconte? me demanda Gérald en me faisant la bise.
- Paraît que t’es mal à l’aise, dis-je. Au sujet du bébé.
Il grimaça et déposa le souper sur le comptoir.
- Oh! ça?
- Ben oui, ça.
- Ça n’est rien, ne t’inquiète pas j’ai tout prévu. Ce sera seulement un samedi par deux semaines. Je m’y connais avec les bébés. Tu n’auras absolument rien à faire. Même que tu devrais en profiter pour passer la journée au chalet, ça te ferait du bien de te reposer un peu de nous. Ou bien tu pourrais aller magasiner avec une copine. Ou en profiter pour travailler. J’ai parlé à Germaine, elle va prendre Microbe pour la journée. Moi je m’occupe de tout le reste.
Il me sourit et demanda doucement :
- Ketchup moutarde, dans ton hot dog?
Pourquoi est-ce que j’avais la désagréable impression que rien ne se passerait comme il annonçait? Et pourquoi est-ce que je revoyais soudainement, dans mes souvenirs, grand-mère Annette me dire de toujours toujours toujours me fier à mon intuition? Et de ne jamais jamais jamais jamais faire confiance à un homme?
- Dis-moi que ça sera vraiment un samedi par deux semaine. Pas une semaine sur deux…
- Une semaine sur deux? Non, non, non… Elle est trop petite. Pas pour le moment.
Et vlan. J’en étais sûre.
CHAPITRE DIX – BIENVENUE OLIVIA
Le lendemain, je quittai la maison avant 9 h pour être certaine de ne pas croiser le bébé. Gérald allait et venait dans le condo, nerveux comme un jeune marié. J’ignorais comment il s’était organisé pour rester à la maison un samedi alors que c’était un jour occupé pour les visites de maisons, mais j’étais trop découragée pour poser la question.
Je n’allai pas au chalet parce que j’avais peur de me trouver trop bien là-bas et de ne pas avoir le courage de revenir. J’allai plutôt déjeuner au restaurant. Seule. J’avais besoin de m’isoler. De faire le vide. Malheureusement pour moi, le restaurant était plein. Plein de familles et d’enfants. Plein de bébés. Incapable de supporter tout ce bruit, je payai avant d’avoir terminé et me dépêchai de regagner ma voiture, avec l’impression désastreuse d’être en train de devenir folle. J’appuyai ma tête sur le volant et fermai les yeux quelques minutes, en essayant de faire le vide. En relevant la tête, je vis, de l’autre côté de la rue, l’enseigne d’une agence de voyages. Je n’y avais jamais mis les pieds. Je m’imaginai sur une plage. Seule. Sans téléphone. Sans enfants ni ados. Sans Gérald et son air insouciant et heureux d’être entouré de ses enfants. SES enfants. Pas les miens. Parce que moi, je n’avais rien à dire dans leur éducation. Si je trouvais Chipie impolie, j’exagérais. Si je trouvais qu’on était trop de monde dans le condo, j’exagérais encore. Si je ne voulais pas que les filles invitent des amis, j’étais antisociale. Si je ne voulais pas qu’elles touchent à mon piano, j’étais rabat-joie. Je me sentais manipulée. Étouffée. J’avais besoin de respirer mon air. Peut-être serait-il préférable que je consulte?
(à suivre)