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Les Enfants de mon chum (suite)

Suite de Les Enfants de mon chum – Récit fictif
Toute ressemblance avec des personnes réelles est une pure coïncidence.

- Bonsoir, Gérald est là?

C’était Ève. Je m’obligeai à lui sourire.

- Oui, oui, il s’est absenté une minute, entre. Morgan donne le bain à Olivia. Elle adore sa sœur. Ça ne sera pas long.

Elle entra, regarda mes mains et mes vêtements huileux :

- Un problème?

- Nan, une simple maladresse. Je peux tellement être maladroite, des fois, c’est fou, non?

- Je sais, Gérald m’a dit.

- Quoi?

- Pour tes maladresses.

Ah! ben, maudit. Si seulement j’avais pu lui enlever son petit sourire provocateur! Je respirai. Je n’allais certainement pas répondre à ça, ça lui ferait trop plaisir. Et c’était probablement faux. Gérald lui parlait à peine. Il n’aurait jamais fait ça. Pas mon Gérald. Allez, Annette, fais une femme de toi.

- Vraiment? Oh! Il n’a pas pu tout te raconter, il y en a trop! Mais comme dit Gérald, c’est ce qui fait mon charme.

Et vlan. Elle sourit. Mais jaune. Un à zéro pour moi.

Morgan arriva avec Olivia. Je les laissai et retournai à ma corvée de nettoyage. Ève dit encore quelques plateries et finit par partir.

Je sommeillais sur le divan, quand Gérald rentra. Microbe était déjà couché depuis longtemps, et Morgan s’était enfermée dans sa chambre.

- Ça va? me demanda-t-il en s’approchant pour m’embrasser sur le front, tu as passé une belle soirée?

- T’étais où, toi?

- Une visite urgente d’un gros client. Tout va bien?

- Je te raconterai ça demain, répondis-je en m’étirant.

- Ça s’est bien passé entre Morgan et Ève?

- Mmmm.

- Penses-tu que 10 $, c’est raisonnable?

- Raisonnable pour quoi?

- Pour Morgan. Son salaire de gardienne.

- Quoi, tu la payes en plus?

- Ben oui, elle me rend service.

Je me sentis devenir rouge. Je me levai et arrangea ma jupe.

- Ben là moi je veux être payée aussi! Parce que figure-toi donc que j’ai gardé Microbe, Olivia ET Morgan, ce soir!

Gérald grimaça. Je quittai la pièce et m’enfermai dans la salle de bain. Gérald me suivit.

- Annette?

Je ne répondis pas.

- Annette, tu es là?

Drôle de question. Je commençai à me démaquiller. Il frappa.

- Réponds, Annette, s’il te plait. Qu’est-ce qui s’est encore passé?

- Demain, Gérald. Je suis trop fatiguée, là.

- Ouais, ben demain tu en profiteras pour me dire comment tu t’y prends pour toujours de disputer avec les filles!

J’allais ouvrir la porte et me lancer dans une vraie engueulade avec mon chum, quand j’entendis Morgan se lever et venir le rejoindre. J’allais avoir droit à une nouvelle séance de dévalorisation de la belle-mère, je le sentais. Eh! ben, pourquoi pas une engueulade à trois?!?

- Papa, je ne veux plus garder Olivia, dit Morgan d’une voix larmoyante, elle est trop petite, elle fait des bêtises, et après Ève risque de se fâcher contre toi si je n’arrive pas à la surveiller comme il le faut. Si Annette n’avait pas été là…

Et elle lui raconta ce qui s’était passé. J’eus l’impression, à ce moment, que Morgan était la plus adulte de nous deux. J’eus honte d’avoir pensé provoquer une chicane à trois. Je repensai à ce que m’avait dit Jasmine. Les laisser se débrouiller. Est-ce que j’en avais encore trop fait? Est-ce que j’aurais dû laisser Morgan se débrouiller et Gérald apprendre, par Ève, qu’Olivia avait nagé dans l’huile d’olive? J’aurais pu rester dans le salon à écouter mes nouvelles, je le savais. Mais non, il avait fallu que je prenne en charge les opérations de sauvetage. Annette alias « Superman ».

Quand je sortis de la salle de bain, plusieurs minutes plus tard, Morgan était retournée dans sa chambre. Je me rendis dans la mienne et vis le 10 $ sur mon oreiller. Avec une petite note : « Merci. M. » « M » pour « Morgane ». Mon cœur se serra. La plus adulte de nous deux, c’était l’ado. Vraiment. Ce soir, en tous cas.

Gérald parlait tout seul dans le salon :

- Morgan m’a raconté que tu avais été odieuse avec Annette. T’as pas changé, toi. T’as rien compris, hein? Tu m’emmènes Olivia pratiquement sans avis, je te dépanne et tu te permets d’insulter la femme que j’aime!

Je compris qu’il était au téléphone avec Ève. Et que Morgan avait tout raconté à son père en prenant ma défense et en blâmant Ève. C’était une bonne fille, après tout. Juste une ado. Et moi aussi, une ado. Une enfant. Un gros bébé, tiens.

J’étais émue, aussi, que Gérald prenne ma défense devant son ex. J’eus l’impression que nous formions, finalement, une vraie famille.

(à suivre)

 

Les Enfants de mon chum (suite)

Suite de Les Enfants de mon chum – Récit fictif
Toute ressemblance avec des personnes réelles est une pure coïncidence.

Quand je rentrai chez moi, ce soir-là, Gérald se préparait à partir.

- Où vas-tu? demandai-je. Je te demande ça, là, parce que je ne veux pas que tu comptes sur moi pour dépanner les filles aujourd’hui, hein? J’ai déjà donné, moi, tu le sais, hein?

- De quoi tu parles, Annette? demanda-t-il en m’embrassant. Je ne t’ai jamais demandé de prendre soin des enfants, tu le sais bien. Je me débrouille comme un pro. Mets-toi en moins sur les épaules, et tout ira comme sur des roulettes.

- Le souper est prêt?

- Les enfants ont soupé, répondit-il en enfilant son manteau. Morgan donne le bain à Microbe et à Olivia.

- Olivia est ici?

- Oui, Ève m’a demandé de la dépanner pendant son rendez-vous chez le dentiste.

Il jeta un coup d’œil à sa montre :

- Elle devrait venir la chercher d’une minute à l’autre, ne t’inquiète pas. Et puis Morgan s’en occupe. Fais comme si nous n’étions pas là, d’accord?

- Morgan s’en occupe, t’es sûr?

- Oui, oui. Il faut que je file. Il reste des spaghettis si tu as faim. On se voit ce soir!

Il attrapa sa valise et sortit à la course.

J’enlevai mon manteau, décidai que je laisserais Morgan ouvrir quand Ève viendrait récupérer Olivia, me préparai une assiette de sphaghettis et allumai la télé pour regarder les « nouvelles internationales » dans le salon, mon repas sur les genoux, comme dans le temps où j’étais célibataire.

J’étais si concentrée par les images à la télé, que je n’entendis pas Microbe s’approcher. Il posa ses petites mains sur mes yeux, et j’eus une sensation huileuse sur la peau.

- Coucou! dit-il.

- Microbe, qu’est-ce que tu as sur les mains? demandai-je en écartant ses menottes de mon visage.

- J’ai peinturé avec Olivia! déclara-t-il fièrement.

- Peinturé?

- Le plancher.

Oh! non… Je lui sentis les mains. De l’huile d’olive. Qu’est-ce que c’était que ça? Je me levai d’un bon.

- Où est Morgan?

- Elle parle dans le téléphone.

- Et Olivia? Où est Olivia?

- Elle fait la peinture dans la cuisine.

Je courus à la cuisine et y trouvai Olivia, habillée d’un pyjama à pattes blanc à motifs de coccinelles. Elle était assise sur le plancher, dans une immense flaque d’huile d’olive, devant la porte d’armoire grande ouverte. Elle riait en frappant de ses petites mains huileuses le bocal d’huile d’olive renversé près d’elle.

- Ouate de morse!!!

Je soulevai Olivia, dis à Microbe de nous accompagner dans la salle de bain et criai :

- Morgan! Viens vite!

La jeune fille vint me rejoindre, mâchant de la gomme et traînant les pieds. Olivia s’était mise à pleurer.

- Je suis au téléphone, dit-elle tout bas.

J’étais hors de moi. Je pris le téléphone et le fermai.

- Eh! Qu’est-ce que tu fais! s’indigna-t-elle.

- Toi tu laves Olivia et Microbe pendant que je nettoie le dégât dans la cuisine, dis-je en lui mettant Olivia dans les bras.

- Moi je l’ai pris, mon bain, chigna Microbe.

Olivia pleurait toujours et je commençais à être vraiment énervée.

- Ouache, se plaignit Morgan, c’est dégueulasse! Qu’est-ce que tu lui as fait!

- Ève s’en vient, alors grouille-toi. Je ne veux pas qu’elle engueule Gérald parce que toi tu n’as pas surveillé les enfants comme tu devais le faire. Allez! Dans la salle de bain IM-MÉ-DIA-TE-MENT.

À ma grande surprise, elle cessa de rouspéter et obéit. Olivia pleurait de plus en plus fort. Je pris des guenilles et du détergent et entrepris de nettoyer la cuisine.

Quelques minutes plus tard, on sonna à la porte. J’avais encore les mains huileuses. Je respirai un grand coup, pris un torchon propre et l’utilisai pour ouvrir la porte.

 

Les Enfants de mon chum (suite)

Suite de Les Enfants de mon chum – Récit fictif
Toute ressemblance avec des personnes réelles est une pure coïncidence.

CHAPITRE QATORZE – JOURNÉE DE CAFÉ ET HUILE D’OLIVE

- Tu me fais rire! dit Jasmine quand je lui racontai mon aventure de chauffeuse de taxi avec Morgan, quelques jours plus tard.

- Je ne vois vraiment pas ce qu’il y a de drôle là-dedans! J’ai été manipulée. Rien de moins.

- Tu prends tellement tout « personnel », ma vieille!

- Ben là! Elle m’a manipulée et, en plus, elle a été carrément méchante avec moi.

- Manipulée, je suis d’accord. Mais toutes les ados font ça. Elles cherchent le moyen le plus rapide de parvenir à leurs fins. Et tant que tu ne leur dis pas « non », elles repoussent les limites. C’est ça, être adolescente.

- Dire non, dire non, c’est facile, encore de dire non quand elle te raconte qu’elle a promis à sa mère.

- Et en quoi ça te concerne, dis-moi, qu’elle ait fait une promesse à sa mère? C’est pas toi, sa mère. C’est son problème à elle. Si tu l’avais laissée se débrouiller, elle aurait appris à mieux planifier ses affaires la prochaine fois.

- Je voulais l’aider, moi!

- Oui bien tu lui as nui, ma vieille. Il faut les laisser se débrouiller. C’est comme ça qu’ils apprennent.

- Ciboulette que t’es plate!

Elle rit et prit une gorgée du café qu’elle avait déposé sur ma table de travail.

- Pis arrête de m’appeler ta vieille! On voit bien que t’as pas d’enfants!

Elle s’étouffa de rire et le café qu’elle n’avait pas encore avalé se répandit en jet sur mes dossiers éparpillés sur la table de travail.

- Jasmine! soupirai-je.

Je pris des mouchoirs pour essayer d’éponger le café. Jasmine s’excusait, ou s’expliquait, je ne savais pas… elle riait tellement que je ne comprenais pas un mot de ce qu’elle essayait de me dire. Elle finit par sortir de mon bureau en courant, revint avec du papier absorbant et m’aida à nettoyer les dégâts.

- Qu’est-ce qui se passe, ici? demanda un collègue en poussant la porte entrouverte, on vous entend rire jusque dans le couloir!

Avant que j’aie eu le temps de répondre, Jasmine dit, toujours en rigolant :

- Oh! rien, c’est Annette qui pense me vexer en me lançant une phrase qui la fait sortir de ses gonds quand on la lui dit. Alors j’en ai renversé mon café!

- Quelle phrase? demanda le collègue, amusé.

- On voit bien que tu n’as pas d’enfants, répétai-je, bougonne.

Le collègue rit avec Jasmine et quitta la pièce.

- Tu devrais peut-être te lancer dans une carrière de psychologue, dis-je avec humeur.

Jasmine se calma.

- Désolée, Annette, mais c’est trop drôle. Moi, des enfants, j’en n’ai jamais voulu.

- Moi non plus.

- Jusqu’à maintenant, Annette, seulement jusqu’à maintenant.

Je figeai sur place.

- J’ai pas raison, Annette?

Je ne répondis pas. Jasmine sourit et suggéra :

- Prends donc congé de tes ados, ce soir, et laisse-les donc se débrouiller. Prends soin de toi, à la place. Après tout, ils ont un père.

- C’est sûr que je ne la dépannerai pas de sitôt, la belle Morgan, en tous cas.

Du moins, c’est ce que je croyais.

(à suivre

 

Les Enfants de mon chum (la suite)

Suite de Les Enfants de mon chum – Récit fictif
Toute ressemblance avec des personnes réelles est une pure coïncidence.

CHAPITRE TREIZE – CHAUFFEUSE DE TAXI

Ce soir-là, j’avais quitté le travail plus tôt qu’à l’habitude. J’étais allée m’entraîner au gym, étais passé me chercher un bon roman à la bibliothèque municipale et m’étais hâtée de rentrer. Le condo était vide. Microbe était à son cours de natation avec Chipie, Morgan terminait un travail de fin d’étape chez une copine et Gérald finalisait une vente chez le notaire. Je me promettais un bon bain chaud débordant de bulles.

Je me déshabillai et enfilai une robe de chambre en ratine et chaussai mes grosses pantoufles mauves de matante. Je fis couler le bain, me sortis un petit cabaret multicolore et y déposai un gros morceau de Cheddar vieilli 7 ans, un verre de vin et mon tout nouveau roman. Je savourais déjà l’heure à venir, lorsque le téléphone sonna. J’hésitai. Il n’y a pas si longtemps, j’aurais laissé sonner. Mais maintenant que les enfants habitaient ici, j’avais perdu beaucoup d’insouciance et acquis un nouvel instinct quasi-maternel. Je soupirai et décrochai. C’était Morgan.

- Est-ce que mon père est là? Il ne répond pas au cellulaire.

- Non, Morgan, il n’est pas ici.

- Il arrive bientôt?

- Je ne crois pas, dis-je en jetant un coup d’œil à ma montre. À l’heure qu’il est, il est sûrement encore chez le notaire avec son client.

- J’ai appelé son cellulaire et il ne répond pas!

- Laisse-lui un message, il va te rappeler dès qu’il pourra.

- Mais il faut qu’il vienne me chercher chez ma copine.

- Il ira dès qu’il aura terminé.

- J’ai besoin de lui maintenant!

- Si c’est si urgent, prends le métro.

- Non, je ne peux pas, j’ai trop de livres à transporter.

Je soupirai.

- Je suis certaine qu’il va te téléphoner dès qu’il sera libre.

- Tu ne comprends pas, dit-elle en reniflant. On doit absolument finir ce travail. C’est urgent! L’ordinateur ne fonctionne plus chez ma copine, alors on veut aller travailler chez nous, mais on a plein de cartables et de livres à transporter, on ne peut pas prendre le métro! C’est horrible! Je vais couler! Déjà que ma moyenne est faible en Histoire! C’est sûr que je vais couler. Et j’ai promis à ma mère…

- Quoi, Morgan? Qu’est-ce que tu as promis à ta mère?

Elle se mit à sangloter.

- J’ai promis à ma mère que je travaillerais plus fort en Histoire et que je remonterais ma moyenne! Et là je vais encore couler et…

- Je suis sûre que Gérald arrivera bientôt, ne te décourage pas.

Elle renifla.

- Allez, Morgan, ça va s’arranger.

Elle soupira et dit :

- Tu es occupée, là, Annette?

Ah! non… elle n’allait quand même pas…

- Tu viendrais pas me chercher? S’il te plaît, Annette, c’est vraiment urgent…

Je m’apprêtais à refuser quand elle renifla de nouveau. Et encore. Je soupirai très fort.

- Je ferai la vaisselle demain, dit-elle.

Misère.

- Toute la semaine. Je ferai la vaisselle toute la semaine.

Je me grattai la nuque, soupirai de nouveau et lui demandai à contrecœur :

- Elle habite où, ta copine?

- MERCI! MERCI! MERCI ANNETTE! OH! MERCI! Dans l’Est. Attends, je demande l’adresse exacte.

Comment est-ce que j’avais pu accepter une idée pareille, me demandai-je en enfilant un manteau court par-dessus ma robe de chambre. Je ne trouvai pas mes bottes et décidai d’y aller en pantoufles. Après tout, il n’y avait pas trop de neige dehors et les chauffeurs de taxi ne sortent pas de la voiture quand ils vont chercher un client. J’avais l’intention de faire comme eux. Je n’irais sûrement pas me faire geler en allant sonner. Les filles viendraient me rejoindre dans la voiture et personne ne verrait mon ridicule accoutrement. Je ramassai mon sac à main et sortit.

La copine habitait à environ 30 minutes de chez nous mais, heureusement, il n’y avait pas trop de trafic. Je stationnai la voiture devant la maison et attendis. Cinq minutes. Dix minutes. Je signalai le numéro de cellulaire de Morgan. Une voix nasillarde me répondit :

- L’abonné que vous essayez de joindre n’est pas disponible. Veuillez rappeler un peu plus tard.

Un travail urgent, hein? Je commençai à avoir l’impression de m’être fait avoir. J’attendis encore cinq minutes, puis je sortis de la voiture et me dirigeai vers la porte d’entrée d’un pas décidé, en pantoufles dans la neige, la robe de chambre dépassant du manteau et la sacoche au bout du bras. Je sonnai. La dame qui m’ouvrit et que je supposai être la mère de la copine me regarda d’un air stupéfait. Au fond de la pièce, j’entrevis Morgan et sa copine qui s’habillaient en rigolant. On était loin de la jeune fille en sanglots qui m’avait téléphoné une demi-heure plus tôt. J’expliquai que je venais chercher les filles et entrai. Quand Morgan me vit, elle cessa de rire net et dit :

- Oh! mon Dieu… ta figure…

Je me rappelai m’être appliqué un masque d’argile sur le visage avant d’avoir fait couler mon bain. Et bien sûr, j’avais oublié de le rincer avant de partir…

- Tu m’avais dit que c’était urgent, alors…

La copine et sa mère éclatèrent de rire. Morgan ramassa ses affaires et me chuchota en passant près de moi :

- J’ai tellement trop honte…

On m’y reprendrait à rendre service!

(à suivre)