Les Enfants de mon chum (suite)
Publié dans Le feuilleton du lundi à 04/25/2011 12:01 par Joan DurandSuite de Les Enfants de mon chum – Récit fictif
Toute ressemblance avec des personnes réelles est une pure coïncidence.
- Bonsoir, Gérald est là?
C’était Ève. Je m’obligeai à lui sourire.
- Oui, oui, il s’est absenté une minute, entre. Morgan donne le bain à Olivia. Elle adore sa sœur. Ça ne sera pas long.
Elle entra, regarda mes mains et mes vêtements huileux :
- Un problème?
- Nan, une simple maladresse. Je peux tellement être maladroite, des fois, c’est fou, non?
- Je sais, Gérald m’a dit.
- Quoi?
- Pour tes maladresses.
Ah! ben, maudit. Si seulement j’avais pu lui enlever son petit sourire provocateur! Je respirai. Je n’allais certainement pas répondre à ça, ça lui ferait trop plaisir. Et c’était probablement faux. Gérald lui parlait à peine. Il n’aurait jamais fait ça. Pas mon Gérald. Allez, Annette, fais une femme de toi.
- Vraiment? Oh! Il n’a pas pu tout te raconter, il y en a trop! Mais comme dit Gérald, c’est ce qui fait mon charme.
Et vlan. Elle sourit. Mais jaune. Un à zéro pour moi.
Morgan arriva avec Olivia. Je les laissai et retournai à ma corvée de nettoyage. Ève dit encore quelques plateries et finit par partir.
Je sommeillais sur le divan, quand Gérald rentra. Microbe était déjà couché depuis longtemps, et Morgan s’était enfermée dans sa chambre.
- Ça va? me demanda-t-il en s’approchant pour m’embrasser sur le front, tu as passé une belle soirée?
- T’étais où, toi?
- Une visite urgente d’un gros client. Tout va bien?
- Je te raconterai ça demain, répondis-je en m’étirant.
- Ça s’est bien passé entre Morgan et Ève?
- Mmmm.
- Penses-tu que 10 $, c’est raisonnable?
- Raisonnable pour quoi?
- Pour Morgan. Son salaire de gardienne.
- Quoi, tu la payes en plus?
- Ben oui, elle me rend service.
Je me sentis devenir rouge. Je me levai et arrangea ma jupe.
- Ben là moi je veux être payée aussi! Parce que figure-toi donc que j’ai gardé Microbe, Olivia ET Morgan, ce soir!
Gérald grimaça. Je quittai la pièce et m’enfermai dans la salle de bain. Gérald me suivit.
- Annette?
Je ne répondis pas.
- Annette, tu es là?
Drôle de question. Je commençai à me démaquiller. Il frappa.
- Réponds, Annette, s’il te plait. Qu’est-ce qui s’est encore passé?
- Demain, Gérald. Je suis trop fatiguée, là.
- Ouais, ben demain tu en profiteras pour me dire comment tu t’y prends pour toujours de disputer avec les filles!
J’allais ouvrir la porte et me lancer dans une vraie engueulade avec mon chum, quand j’entendis Morgan se lever et venir le rejoindre. J’allais avoir droit à une nouvelle séance de dévalorisation de la belle-mère, je le sentais. Eh! ben, pourquoi pas une engueulade à trois?!?
- Papa, je ne veux plus garder Olivia, dit Morgan d’une voix larmoyante, elle est trop petite, elle fait des bêtises, et après Ève risque de se fâcher contre toi si je n’arrive pas à la surveiller comme il le faut. Si Annette n’avait pas été là…
Et elle lui raconta ce qui s’était passé. J’eus l’impression, à ce moment, que Morgan était la plus adulte de nous deux. J’eus honte d’avoir pensé provoquer une chicane à trois. Je repensai à ce que m’avait dit Jasmine. Les laisser se débrouiller. Est-ce que j’en avais encore trop fait? Est-ce que j’aurais dû laisser Morgan se débrouiller et Gérald apprendre, par Ève, qu’Olivia avait nagé dans l’huile d’olive? J’aurais pu rester dans le salon à écouter mes nouvelles, je le savais. Mais non, il avait fallu que je prenne en charge les opérations de sauvetage. Annette alias « Superman ».
Quand je sortis de la salle de bain, plusieurs minutes plus tard, Morgan était retournée dans sa chambre. Je me rendis dans la mienne et vis le 10 $ sur mon oreiller. Avec une petite note : « Merci. M. » « M » pour « Morgane ». Mon cœur se serra. La plus adulte de nous deux, c’était l’ado. Vraiment. Ce soir, en tous cas.
Gérald parlait tout seul dans le salon :
- Morgan m’a raconté que tu avais été odieuse avec Annette. T’as pas changé, toi. T’as rien compris, hein? Tu m’emmènes Olivia pratiquement sans avis, je te dépanne et tu te permets d’insulter la femme que j’aime!
Je compris qu’il était au téléphone avec Ève. Et que Morgan avait tout raconté à son père en prenant ma défense et en blâmant Ève. C’était une bonne fille, après tout. Juste une ado. Et moi aussi, une ado. Une enfant. Un gros bébé, tiens.
J’étais émue, aussi, que Gérald prenne ma défense devant son ex. J’eus l’impression que nous formions, finalement, une vraie famille.
(à suivre)