Les Enfants de mon chum (la suite)
Publié dans Le feuilleton du lundi à 12/07/2009 12:13 par Joan DurandSuite de Les Enfants de mon chum – Récit fictif
Toute ressemblance avec des personnes réelles est une pure coïncidence.
CHAPITRE HUIT
DINER AVEC JASMINE
- Encore un peu de café? demanda la serveuse.
Jasmine acquiesça. Nous terminions notre diner, dans une sandwicherie située tout près du bureau. La serveuse remplit nos deux tasses et s’éloigna.
- Tout nu, répéta Jasmine pour la troisième fois, en prenant une dernière bouchée de gâteau au fromage.
- Ouais. La salle de bain se trouve entre nos deux chambres, et il prétend qu’il s’est levé pour s’y rendre et a tourné du mauvais côté en sortant, de sorte qu’il s’est retrouvé dans ma chambre sans le savoir et, surtout, sans le vouloir.
- Il avait bu ou quoi?
- Non, non, je ne pense pas. Il était juste à moitié endormi.
- Ça se peut.
- Bien sûr que ça se peut. Là n’est pas la question. Je refuse qu’un ado que je connais à peine dorme chez moi sans qu’on me demande mon avis. Voilà. Mon condo n’est pas un hôtel.
- Et Gérald, qu’est-ce qu’il dit?
- Il dit que tous les ados font ça.
- Dormir tout nu?
- Dormir chez leur chum ou leur blonde. J’étais très mal à l’aise.
- En fait, le problème, c’est qu’il s’est trompé de chambre. Sinon, tu n’en aurais pas fait toute une histoire. Il avait le droit d’être là, mais pas de son tromper de chambre, voilà.
- Non, le problème, c’est que personne ne me demande jamais mon avis et que je ne me sens plus chez moi. Je me sens envahie.
- Et toi tu leur as demandé leur avis avant d’installer les deux filles dans ton bureau et le marmot dans votre chambre.
Je soupirai :
- Ce n’est pas pareil. Ils sont chez moi. Je peux décider comment je les installe, non?
- Sans l’avis de Gérald?
Nouveau soupir. Jasmine prit une gorgée de café et ajouta :
- On dirait que tu détestes les filles.
- Les ados sont insupportables.
- Tu parles de l’adolescence comme si c’était une maladie. C’est juste un âge. C’est à toi de leur fixer des limites claires. En collaboration avec le père, bien sûr. Pourquoi n’élaborez-vous pas ensemble des règles claires, Gérald et toi?
- Elles vont encore critiquer.
- Et alors? Elles ont le droit de critiquer. L’important, c’est qu’elles respectent les règles.
- Ça me fâche quand elles rouspètent.
Jasmine hocha la tête de gauche à droite.
- Ma vieille, t’es encore plus ado que tes ados.
- C’est pas MES ados.
- Peu importe. N’oublie jamais que c’est toi, l’adulte. Tu fixes les règles et tu les appliques. C’est normal que ça les mette de mauvaise humeur. Et c’est normal qu’elles essaient sans arrêt de contourner ou de repousser les règles. Mais toi, tu devrais avoir suffisamment de maturité pour passer par-dessus leurs bouderies.
- Je n’ai pas l’habitude qu’on me manque de respect.
- Ah! non? tu contrôles l’attitude de tout le monde, toi? La madame qui passe devant toi à la caisse de l’épicerie? Le monsieur qui te pousse dans l’ascenseur? Le gars qui te coupe, qui te klaxonne ou qui te fait un doigt d’honneur en voiture? La matante qui t’engueule parce que tu as manqué le souper de l’Action de Grâce? Le voisin qui laisse son chien faire ses besoins chez vous?
- Arrête. Tu comprends ce que je veux dire.
- Tu n’as pas d’expérience avec les ados, c’est tout. Les filles n’agissent pas dans l’intention de te manquer de respect, elles essaient d’atteindre un but, de repousser des limites, de faire à leur tête, c’est tout. Tu n’es même pas assez importante pour elles pour qu’elles planifient de te nuire. Elles agissent uniquement dans leur intérêt à elles. Arrête de penser que tout ce qu’elles font est dirigé contre toi.
- Arrête, tu m’épuises. T’as peut-être raison. Faudrait que je parle à Gérald. Mais c’est pas évident. Il y a toujours du monde dans toutes les pièces du condo. C’est pas si grand, chez nous.
- Pourquoi tu commences pas par sortit le petit de votre chambre.
- Pour le mettre où?
- Je sais pas, moi. Dans le salon, au pire. Ou dans ta salle de musique.
- Dans ma salle de musique?!? T’es folle! C’est ma passion, la musique! S’il touchait à mon piano, ça me tuerait!
- Ouais, bien pour le moment il touche à ta vie de couple. Tu vas devoir faire des choix, ma vieille.
- Appelle-moi pas « ma vieille ».
Jasmine rit.
- Pas facile d’être mère, hein?
- Arrête ça! rouspétai-je.
- Belle-mère, d’abord. Tu aurais pas un petit faible pour Microbe, toi?
- Ben voyons donc! J’aime pas ça, les enfants, tu le sais.
- Oui, je le sais, mais des fois il y a des enfants qu’on aime malgré soi. Et qu’on aime entendre respirer et regarder dormir, la nuit.
(la suite lundi prochain)