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Les Enfants de mon chum (la suite)

Suite de Les Enfants de mon chum – Récit fictif
Toute ressemblance avec des personnes réelles est une pure coïncidence.

CHAPITRE HUIT
DINER AVEC JASMINE

- Encore un peu de café? demanda la serveuse.

Jasmine acquiesça. Nous terminions notre diner, dans une sandwicherie située tout près du bureau. La serveuse remplit nos deux tasses et s’éloigna.

- Tout nu, répéta Jasmine pour la troisième fois, en prenant une dernière bouchée de gâteau au fromage.

- Ouais. La salle de bain se trouve entre nos deux chambres, et il prétend qu’il s’est levé pour s’y rendre et a tourné du mauvais côté en sortant, de sorte qu’il s’est retrouvé dans ma chambre sans le savoir et, surtout, sans le vouloir.

- Il avait bu ou quoi?

- Non, non, je ne pense pas. Il était juste à moitié endormi.

- Ça se peut.

- Bien sûr que ça se peut. Là n’est pas la question. Je refuse qu’un ado que je connais à peine dorme chez moi sans qu’on me demande mon avis. Voilà. Mon condo n’est pas un hôtel.

- Et Gérald, qu’est-ce qu’il dit?

- Il dit que tous les ados font ça.

- Dormir tout nu?

- Dormir chez leur chum ou leur blonde. J’étais très mal à l’aise.

- En fait, le problème, c’est qu’il s’est trompé de chambre. Sinon, tu n’en aurais pas fait toute une histoire. Il avait le droit d’être là, mais pas de son tromper de chambre, voilà.

- Non, le problème, c’est que personne ne me demande jamais mon avis et que je ne me sens plus chez moi. Je me sens envahie.

- Et toi tu leur as demandé leur avis avant d’installer les deux filles dans ton bureau et le marmot dans votre chambre.

Je soupirai :

- Ce n’est pas pareil. Ils sont chez moi. Je peux décider comment je les installe, non?

- Sans l’avis de Gérald?

Nouveau soupir. Jasmine prit une gorgée de café et ajouta :

- On dirait que tu détestes les filles.

- Les ados sont insupportables.

- Tu parles de l’adolescence comme si c’était une maladie. C’est juste un âge. C’est à toi de leur fixer des limites claires. En collaboration avec le père, bien sûr. Pourquoi n’élaborez-vous pas ensemble des règles claires, Gérald et toi?

- Elles vont encore critiquer.

- Et alors? Elles ont le droit de critiquer. L’important, c’est qu’elles respectent les règles.

- Ça me fâche quand elles rouspètent.

Jasmine hocha la tête de gauche à droite.

- Ma vieille, t’es encore plus ado que tes ados.

- C’est pas MES ados.

- Peu importe. N’oublie jamais que c’est toi, l’adulte. Tu fixes les règles et tu les appliques. C’est normal que ça les mette de mauvaise humeur. Et c’est normal qu’elles essaient sans arrêt de contourner ou de repousser les règles. Mais toi, tu devrais avoir suffisamment de maturité pour passer par-dessus leurs bouderies.

- Je n’ai pas l’habitude qu’on me manque de respect.

- Ah! non? tu contrôles l’attitude de tout le monde, toi? La madame qui passe devant toi à la caisse de l’épicerie? Le monsieur qui te pousse dans l’ascenseur? Le gars qui te coupe, qui te klaxonne ou qui te fait un doigt d’honneur en voiture? La matante qui t’engueule parce que tu as manqué le souper de l’Action de Grâce? Le voisin qui laisse son chien faire ses besoins chez vous?

- Arrête. Tu comprends ce que je veux dire.

- Tu n’as pas d’expérience avec les ados, c’est tout. Les filles n’agissent pas dans l’intention de te manquer de respect, elles essaient d’atteindre un but, de repousser des limites, de faire à leur tête, c’est tout. Tu n’es même pas assez importante pour elles pour qu’elles planifient de te nuire. Elles agissent uniquement dans leur intérêt à elles. Arrête de penser que tout ce qu’elles font est dirigé contre toi.

- Arrête, tu m’épuises. T’as peut-être raison. Faudrait que je parle à Gérald. Mais c’est pas évident. Il y a toujours du monde dans toutes les pièces du condo. C’est pas si grand, chez nous.

- Pourquoi tu commences pas par sortit le petit de votre chambre.

- Pour le mettre où?

- Je sais pas, moi. Dans le salon, au pire. Ou dans ta salle de musique.

- Dans ma salle de musique?!? T’es folle! C’est ma passion, la musique! S’il touchait à mon piano, ça me tuerait!

- Ouais, bien pour le moment il touche à ta vie de couple. Tu vas devoir faire des choix, ma vieille.

- Appelle-moi pas « ma vieille ».

Jasmine rit.

- Pas facile d’être mère, hein?

- Arrête ça! rouspétai-je.

- Belle-mère, d’abord. Tu aurais pas un petit faible pour Microbe, toi?

- Ben voyons donc! J’aime pas ça, les enfants, tu le sais.

- Oui, je le sais, mais des fois il y a des enfants qu’on aime malgré soi. Et qu’on aime entendre respirer et regarder dormir, la nuit.

(la suite lundi prochain)

 

Les Enfants de mon chum (la suite)

Suite de Les Enfants de mon chum – Récit fictif
Toute ressemblance avec des personnes réelles est une pure coïncidence.

L’homme se tut et, à ma grande surprise, je vis qu’il s’agissait de Quentin. Il était couché tout nu, près de moi.

- Oh! non, oh! non, c’est pas vrai, gémit Chipie, elle-même à moitié habillée.

- J’allais à la salle de bain, je me suis trompé de chambre, dit rapidement Quentin en se levant. Il sortit en courant.

- QU’EST-CE QU’IL FAIT ICI? gueulai-je.

Chipie sortit de la chambre elle aussi, en pleurant. Gérald la suivit en la harcelant de questions. Morgan s’avança vers Microbe pour le consoler. Je restai là, sans bouger. Le cœur me battait dans les tempes. J’entendais Gérald et Chipie discuter fort mais j’avais du mal à me concentrer sur ce qu’ils disaient.

- Il n’a pas de voiture, gémit Chipie, et il est 3 h du matin!

- Il peut rester ce soir, mais j’aurais à te parler sérieusement, l’avertit son père. Je ne tolérerai aucun manque de respect dans cette maison!

Chipie brailla :

- On n’a rien fait! Tu es le pire père du monde! Je te déteste! Je m’en vais chez ma tante Germaine! Je ne veux plus jamais te voir. JAMAIS!

J’entendis claquer la porte de sa chambre. J’étais estomaquée. Moi, à la place de Chipie et à son âge, je me serais excusée à plat ventre, tandis qu’elle insultait son père. Et à la place de Gérald, j’aurais mis l’ado à la porte. Je pense. En tous cas, Gérald ne semblait pas du tout se rendre compte de la gravité de la situation. Le chum de sa fille se promenait tout nu chez nous et, le pire de tout, s’était couché dans notre lit. Et tout ce qu’il trouvait à dire est qu’on allait en reparler le lendemain. Avec un père aussi tolérant, pas étonnant que Chipie soit aussi insolente!

Gérald vint me rejoindre dans ma chambre.

- Ça va? me demanda-t-il gentiment.

- Non, répondis-je de mon air le plus grognon. Non, ça ne va pas du tout.

Il s’assied dans le lit, près de moi et posa la main sur ma joue.

- Tu as eu peur?

- Oui, j’ai eu peur. J’ai eu très peur. Et je suis insultée, si tu veux savoir. Je ne pensais pas qu’un jour quelqu’un dormirait sous mon toit à mon insu. Et sans mon consentement. Tout nu, en plus.

Il haussa les épaules.

- Les jeunes font ce genre de choses.

- Qu’est-ce que tu entends par « ce genre de choses »?

- Pourquoi Quentin il était tout nu? demanda Microbe à Morgan, dont j’avais oublié la présence.

- Je t’expliquerai demain, ma petite bibitte d’amour, répondit sa sœur en le serrant dans ses bras. Mais là, tu vas faire un beau dodo et moi aussi.

Elle l’embrassa sur le front et sortit en nous disant bonne nuit. Microbe se recoucha et ferma les yeux.

- On reprendra cette conversation demain, murmura Gérald.

- Je veux discuter maintenant, répliquai-je.

- Pas en présence des « jeunes oreilles ». C’était ton idée, qu’on l’installe ici. Je te rappelle que moi, je n’y voyais que des inconvénients.

- C’est temporaire, leur mère va bientôt guérir. Sinon je n’aurais pas sacrifié notre intimité, tu le sais bien.

- Ouais, bien on reparlera de tout ça demain, dit-il en refermant la lumière.

J’étais bleu marine. J’acquiesçai tout de même, pour qu’on ne se dispute pas devant Microbe. N’empêche qu’il venait de marquer un point. On ne pouvait plus discuter dans la chambre depuis que Microbe dormait avec nous. Et pas seulement discuter, d’ailleurs. Il avait tout à fait raison, et je comprenais qu’il soit en désaccord avec cette décision que j’avais prise sans le consulter. Mais il ne m’avait pas consultée non plus avant de décider que Quentin pourrait terminer la nuit chez nous. On le connaissait à peine, ce jeune homme. Et il s’en permettait beaucoup. En plus, il nous avait sacrement manqué de respect. Et Chipie aussi. Chipie encore plus. Inviter son chum ici alors qu’elle n’était même pas chez elle. Et dans la chambre qu’elle partageait avec sa sœur, en plus. Elle avait du culot, la jeune demoiselle. En tous cas, ces trois enfants étaient arrivés ici avec leurs valises sans que Gérald me demande mon avis. Mais j’avais dit à Germaine que j’étais d’accord pour qu’ils prolongent leur séjour avec nous. Méchante gaffe. J’étais douée pour me mettre les pieds dans les plats, en tous cas. Après Gaston Lagaffe, accueillez Annette Lagaffe, pour vous servir. Heureusement que grand-maman Annette n’était plus là pour voir ça.

Grand-maman Annette me manquait encore, après toutes ces années. Ses rondeurs, son chignon gris, son nez trop long, ses fossettes, ses rides et son tablier à fleurs. Pour moi, grand-mère Annette était la plus belle. Je me rendormis en imaginant que j’étais redevenue une fillette et que j’entourais grand-mère Annette de mes petits bras.

(la suite lunci prochain)

 

Les Enfants de mon chum (la suite)

Suite de Les Enfants de mon chum – Récit fictif
Toute ressemblance avec des personnes réelles est une pure coïncidence.

CHAPITRE VII – UNE NUIT MOUVEMENTÉE

Le dimanche suivant, j’offris à Chipie de border moi-même Microbe, prétextant que ce serait plus simple ainsi puisqu’il dormait dans notre chambre. La vérité, c’est que, curieusement, j’en avais envie. Les choses ne s’arrangeaient pas entre Chipie et moi, et elle évitait autant que possible de m’adresser la parole. Elle se contenta donc d’un léger signe de tête affirmatif, avant d’aller ouvrir la télé et de s’étendre sur mon beau divan de cuir blanc près de son amoureux qui avait (encore!) soupé chez nous. Je soupirai et allais lui demander de garder les pieds par terre, lorsque Microbe me tira par la manche :

- Môa je veux une histoire, môa.

Je souris. Une histoire… Je me sentais d’humeur à le faire, ce soir-là, même si de toute ma vie de femme je n’avais jamais raconté d’histoire. Il me traîna dans « notre » chambre.

- Tu veux que je te raconte l’histoire de Blanche Neige?

- Non non non, répondit-il en se donnant un élan pour sauter dans son lit, je veux pas une histoire de filles, je veux une histoire pour les garçons.

- C’est pas une histoire de filles, répliquai-je en m’assoyant au bord de son lit, il y a des garçons dans l’histoire.

Il fronça les sourcils.

- Combien de garçons?

- Euh… sept. Non, huit avec le prince Charmant. Neuf avec le chasseur.

Il écarquilla les yeux.

- Un chasseur?

- Oui.

- Avec un fusil?

- Ah! non, désolée, je ne crois pas que les fusils existaient à cette époque.

- Ben là, moi je veux une histoire avec des fusils.

Je faillis lui demander si sa mère approuverait, mais je m’abstins. Mieux valait ne pas lui faire penser à sa maman.

- Je trouve que les fusils, c’est un peu violent.

Il réfléchit un peu.

- Ah… comme à la garderie.

Fiou. Je ne connaissais aucune histoire de fusils, de toutes manières.

- Mais…

Bon, quoi encore.

- Est-ce que le Père Noël il est violent, lui? demanda-t-il.

Ah! non, pas encore des questions sur le Père Noël…

- Non, le Père Noël n’est pas violent. Il est pacifique.

- Ah… ben d’abord, le Père Noël il m’a donné des soldats avec des fusils l’autre jour, ça veut dire que les fusils sont « passéfélics »?

Ouache.

- Euh…

Qu’est-ce que j’allais bien répondre à ça.

- On dit « pacifique ».

- « pa-ssé-fi-que ».

Bon. Je changeai de sujet.

- Tu aimerais que je te chante une chanson?

Il se remit à sautiller sur le lit :

- Oui! Oui! Oui!

- D’accord. Mais avant tu dois te coucher.

- Mais je ferme pas mes yeux.

Je soupirai. Après seulement quelques minutes avec Microbe, j’étais exténuée. Mais comment faisaient donc les autres… les autres « aidantes »? Et les mamans?

- D’accord, tu peux garder les yeux ouverts.

Je lui chantai la même chanson que la veille. Quand j’eus terminé, il dormait déjà. Je le couvris jusqu’au cou avec sa doudou et allai dire bonsoir à Gérald, qui travaillait dans son bureau. Il n’était pas tard, mais j’étais fatiguée et je décidai de me coucher tôt.

Je dormais depuis longtemps lorsque j’entendis Gérald s’allonger près de moi. Sans ouvrir les yeux, je me rapprochai pour me coller contre lui. Je réalisai soudain que ça n’était pas Gérald, me réveillai en sursaut et criai à pleins poumons :

- AU SECOURS!!! QUI EST LÀ??? AU SECOURS!!!

L’homme se mit à hurler à son tour, Microbe se réveilla en pleurant et les filles arrivèrent en courant, suivies de Gérald qui ouvrit la lumière.

(La suite lundi prochain)

 

Les Enfants de mon chum (la suite)

Suite de Les Enfants de mon chum – Récit fictif
Toute ressemblance avec des personnes réelles est une pure coïncidence.

Je ne dis rien. Je ne savais pas quoi dire, de toutes manières. Il commençait à pleuvoir et j’entendis le tintement de la pluie à la fenêtre. J’entendis le vent dans les arbres. Je tenais entre mes bras un tout petit bonhomme malheureux et je ne savais pas comment le consoler. Je lui demandai tout bas :

- Qui t’as mis dans la tête que c’est parce que tu n’as pas été sage que tu ne vois pas ton papa et ta maman?

- Personne. C’est ma tête qui l’a deviné toute seule.

- Elle s’est trompée, ta tête.

Il leva vers moi son petit visage mouillé de larmes.

- C’est vrai, poursuivis-je, il y a plein d’enfants sages qui n’ont pas de papa ni de maman.

- Et les enfants pas sages?

- Il y a aussi plein d’enfants pas sages qui ont un papa et une maman. Ça n’a rien à voir.

- Alors qu’est-ce qui arrive aux enfants pas sages? demanda-t-il d’une toute petite voix.

- Rien, répondis-je.

- Rien de rien?

- Rien de rien.

- Et le père Noël?

- Quoi, le père Noël?

- Il ne punit pas les enfants pas sages?

Ouf…

- Non, il ne punit pas les enfants pas sages.

Il réfléchit quelques secondes et dit :

- Ma maman elle dit que le Père Noël m’apportera pas de cadeau si je suis pas sage. Et moi ami, lui, il dit que le Père Noël il existe pas.

Misère…

- Ah…

- Est-ce que le Père Noël existe?

Comment changer de sujet…?

- Quel ami? Celui qui mange des céréales d’abeilles?

- Est-ce que le Père Noël existe?

Réfléchis. Ça presse.

- Euh… je vais m’informer, d’accord? Mais… je crois que oui, le Père Noël existe.

Faites qu’il ne me demande pas de preuves.

- Est-ce que c’est lui qui enlève les papas et les mamans aux enfants pas sages?

- Bien non.

- Comment tu sais?

Ouache.

- Tu vois, le Père Noël il est très occupé. Il n’a pas le temps de courir après les papas et les mamans.

- Pourquoi il est occupé?

- Il fabrique des cadeaux.

- Ma maman dit que c’est les lutins qui fabriquent les cadeaux.

- Oui… mais… le Père Noël il fabrique les cadeaux pour la Mère Noël et pour les lutins.

- C’est qui, la Mère Noël?

- C’est la blonde du Père Noël.

- Peut-être que c’est elle qui enlève les papas et les mamans aux enfants pas sages.

- Non.

- C’est qui d’abord?

- C’est personne. Personne n’enlève les papas et les mamans et les papas aux enfants pas sages.

- Mon papa et ma maman… ils vont revenir, alors?

- Je ne sais pas, Microbe. Je ne sais pas s’ils vont revenir. Mais je sais que rien n’est ta faute. Ça n’est pas ta faute s’ils ne sont pas là. Et tu ne peux rien faire pour les faire revenir plus vite. Même si tu es très sage, ça ne les fera pas revenir plus vite. C’est la maladie qui décide. Et les médecins, tu vois.

- J’aime pas la maladie. Elle est méchante.

- J’aime pas la maladie non plus.

Il appuya sa petite tête blonde sur mon épaule et se blottit contre moi. Le vent sifflait plus fort, à présent. La pluie fouettait la fenêtre. Une vraie soirée d’automne.

Pendant un instant, je me dis que j’avais bien fait de faire demi-tour. Ça aurait été pénible de conduire longtemps par ce temps.

Puis je réalisai que Microbe s’était assoupi. Je déposai sa tête sur l’oreiller et le regardai dormir. Il avait l’air d’un petit ange. J’avançai la main et caressai la petite tête échevelée. Drôle de petit bonhomme.

(la suite lundi prochain)