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Les Enfants de mon chum (la suite)

Suite de Les Enfants de mon chum – Récit fictif
Toute ressemblance avec des personnes réelles est une pure coïncidence.

CHAPITRE DIX-SEPT – SOUPER EN AMOUREUX

Je lisais un magazine au salon quand Gérald rentra ce soir-là.

- Salut, dit-il presque tout bas.

Je levai la tête. Il tenait dans les mains un bouquet de marguerites.

- Salut, répondis-je en souriant.

- Euh… ce matin tu avais suggéré un souper en amoureux… alors… bien j’ai demandé à Germaine de garder Microbe… on ira le chercher plus tard…

Je souris.

- Tu as déjà soupé?

- Non, non, pas encore.

- Alors, c’est oui?

Je me levai et allai l’embrasser.

- On va d’abord mettre les fleurs dans un vase, ensuite je me poudre le nez et je suis prête.

- J’ai réservé à la crêperie, ajouta-t-il, rassuré.

- Excellent choix, répondis-je doucement. Tu as donc toujours ton cellulaire? demandai-je en me dirigeant vers la salle de bain.

- Comment ça?

- Morgane t’a téléphoné ce matin et tu n’as pas répondu.

- oh…

- Si t’as décidé de ne pas répondre parce que tu pensais que c’était moi, t’es pas mal bébé et tu t’es mis un doigt dans l’œil et l’autre dans les feuilles.

- oh…

- Ta fille avait besoin de toi, ajoutai-je en me donnant un coup de brosse.

- C’est pas fort, ça, hein?

Ça n’était pas vraiment une question. Plutôt une affirmation. Il avait pris un air piteux.

- Non certain, répondis-je calmement. C’est vraiment pas fort.

- Les enfants sont ma priorité, tu le sais.

- Prouve-le, ajoutai-je. Parce que là c’est moi qui suis allée la reconduire à l’école et je te signale que, comme tu l’as dit toi-même, je ne suis pas sa mère.

- Un à zéro pour toi.

Je ris.

- Euh… non, Monsieur, plutôt dix à zéro pour moi. Tu as perdu pas mal de points aujourd’hui.

- Oh…

- Hum.

- Tu es fâchée, hein?

- Non. Mais tu vas devoir te payer une bonne discussion de couple ET de parents parce que, que tu le veuilles ou non, j’ai mon rôle à jouer et j’ai ma place dans cette famille.

- C’est pas tes enfants. Surtout Microbe.

- Là, je t’arrête. Microbe, je remplace sa mère en ce moment et tu le sais. Microbe, c’est mon bébé.

- En attendant seulement.

- Depuis plusieurs mois.

- Ouais. De toutes manières, celui-là, il faudrait le sortir de notre chambre parce que là…

- Oh! que oui!

- Tu veux que je l’envoie vivre chez Germaine?

- T’es sourd ou quoi? Je viens de te dire que je remplace sa mère en ce moment. T’es bouché, là? Microbe et moi, c’est pour toujours!

- T’es pas…

Je le coupai sèchement.

- NON JE NE SUIS PAS SA MÈRE, JE LE SAIS!!! Mais en ce moment, dans les faits, dans la réalité, là, c’est moi sa mère. C’est moi qui le borde, qui le console, je suis sa référence. Il m’a choisie, tu comprends. Je l’ai adopté dans mon cœur. Et je m’en occuperai tant que sa mère ne pourra pas le faire.

- Il a une tutrice.

- Chipie a seulement 18 ans.

- Elle l’adore.

- Oui, mais c’est une ado. Elle a sa vie d’ado, ses études, ses amis.

- Tu t’en mets trop sur les épaules.

Je m’approchai de lui et mit mes bras autour de son cou.

- Tu ne m’écoutes pas, Gérald. Tu ne m’entends pas.

- Quoi?

- Je suis en train de te dire que ça me convient de vivre au milieu des enfants de mon chum, même si c’est bordélique. Je veux faire partie de cette famille.

- T’es sérieuse?

Je l’embrassai.

- Très sérieuse. Même que j’ai eu une idée.

- Laquelle?

- On devrait déménager. Tous.

- On ne va pas s’acheter une maison, voyons. Mon ex va finir par guérir.

- Qui a parlé d’acheter une maison?

- Je ne te suis pas, là.

- Mon chalet.

- C’est loin en titi.

- Pas si loin que ça. Et c’est grand. Tout le monde aurait sa chambre, même Olivia. Et nous surtout. On serait tous seuls dans notre grande chambre

- C’est pas très moderne.

- Justement. Les petits pourront jouer sans qu’on ait toujours peur qu’ils salissent ou cassent tout. C’est grand. Les plus vieilles pourront inviter leur chum ou leurs amis sans qu’on entende tout.

Il soupira.

- Tu penses que c’est une bonne idée?

- T’en as une meilleure, Monsieur l’agent d’immeuble?

Il m’embrassa.

- Je t’aime, Annette.

- Oh… une dernière chose. À partir de maintenant, tu réponds au téléphone quand ta famille t’appelle.

- Promis. Je t’aime vraiment, tu sais.

- Je sais, je suis irrésistible. On déménage quand?

Il rit.

- Je suis certain que tu as déjà prévu la date, alors si on commençait par aller au restaurant? Si Madame a fini de se poudrer, bien sûr!

Je lui souris. Il me serra fort contre lui et éclata de rire.

- Il y a de la grand-mère Annette en toi, tu le savais, ça?

Et c’est ainsi que se termine l’histoire de Les Enfants de mon chum. Ils ne se marièrent pas, n’eurent pas d’autres enfants et vécurent longtemps longtemps longtemps entourés d’enfants et du chat de Microbe.

LA FIN

 

Les Enfants de mon chum (la suite)

Suite de Les Enfants de mon chum – Récit fictif
Toute ressemblance avec des personnes réelles est une pure coïncidence.

Notre première vraie dispute. Je me laissai glisser contre le mur et m’assieds sur le sol. Morgane s’assieds près de moi.

- Tu veux qu’on s’en aille…

- Jamais de la vie.

- T’es sûre?

J’eus une pensée pour Louis, mon « collègue sans enfant ». Puis je hochai la tête.

- Absolument certaine.

- Comment tu fais pour endurer mon père?

Je ris.

- C’est une vraie soie quand vous n’êtes pas là!

Elle fit la moue.

- C’est pas si pire que ça, allez. Il vous adore. Personnellement, j’ai eu un père pas mal pire que le vôtre.

- Ah…

Je remarquai qu’elle portait des bas non assortis.

- Tu n’as pas trouvé de bas identiques?

- Hein? Oh! ça… non, non, c’est la mode de porter des bas différents.

Je ris.

- Moi qui croyais que la sécheuse avalait les bas parce que je ne trouvais jamais le deuxième de la paire!!!

Elle rit aussi et dit :

- Des fois tu gosses, mais j’aime ça, habiter ici, même si c’est petit.

- Je « gosse »?

- Oui. Des fois tu me fais suer. Mais pas tout le temps.

Grosse consolation. Au moins elle était franche.

- Quand, ça?

- Ben j’sais pas. Quand tu chiales pour que je me ramasse. Quand tu sors mal arrangée.

Mal arrangée, moi?

- Quand tu me pousses dans le dos pour que je me dépêche le matin.

Puis elle ajouta :

- Mais j’aime quand même ça, ici. Par contre, c’est un peu trop petit. On devrait agrandir.

Je haussai les épaules. Et quoi d’autre, encore?

- Alors on fait quoi, maintenant, Annette?

- On n’agrandit pas, ça c’est certain.

- Non, je veux dire… papa est parti fâché.

- Ben… on ne fait rien pour le moment.

- Qui va nous reconduire?

- Microbe a dormi chez votre tante Germaine et Chipie, chez son chum… moi je vais aller travailler et toi tu vas aller à l’école en métro.

- Y a un petit petit petit tout petit problème.

- Lequel?

- Mon père a oublié de renouveler ma passe de métro.

- Il paraît que t’es pas ma fille et que j’en fais trop.

- Euh… oui… bon, je vais l’appeler.

Elle se leva et signala le numéro de son père. Au bout d’une minute, elle raccrocha.

- Il ne répond pas.

Nous éclatâmes de rire toutes les deux.

- Tu me reconduis ou tu me donnes de l’argent pour ma passe de métro? demanda-t-elle d’un ton moqueur.

- T’es pas ma fille!

- J’ai une idée! Tu appelles à l’école pour dire que je suis malade!

- Je ne peux pas : t’es pas ma fille!

Elle revint s’assoir près de moi.

- Bon, okay, je suis pas ta fille. Tans mieux, parce que t’es pas toujours drôle. Et comme je suis pas ta fille, je peux le dire. Mais bon. Disons que je suis une ado en détresse. Quelle femme sensée abandonnerait à son sort une pauvre petite adolescente en détresse, hein?

Je souris.

- Bon, okay, je te reconduis.

- Et je dois me changer?

Je réfléchis.

- Vaudrait mieux. Ou bien mets une veste par-dessus.

- Une veste? Ça va être trop laid!

- Donne-nous une chance, Morgane, s’il te plaît. Si ton père te revois habillée comme ça en arrivant ce soir, on va recommencer à se disputer.

- Ouin.

- Tu pourrais peut-être porter une camisole en-dessous?

Elle grimaça.

- Une écharpe?

Elle réfléchit.

- Okay pour la veste.

- Bien. Dépêche-toi, on va être en retard.

Elle leva les yeux au ciel et partit se changer.

- N’oublie pas de te brosser les dents et de replacer le bouchon sur le tube de dentifrice!

- Tu gosses! me cria-t-elle.

Je me levai, appelai au bureau pour dire que je serais un peu en retard et préparai mes affaires pour partir.

(à suivre)

 

Les Enfants de mon chum (la suite)

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CHAPITRE SEIZE – CHICANE DANS LA CABANE

Mes quelques minutes de flirt avec Louis m’avaient préoccupée plus que je l’aurais voulu. Je me trouvais tellement ridicule. Flirter à mon âge. Et dans ma situation!

Heureusement, après quelques jours, je retrouvai ma sérénité et l’espoir que ma vie de couple retrouverait bientôt un peu de piquant. Je commençai à faire des plans dans ma tête. Peut-être pourrais-je vendre le piano et transformer ma salle de musique en chambre pour Microbe et Olivia? Comme ça nous aurions au moins un peu d’intimité dans la chambre, ce qui serait, ma foi, un excellent début. Et pourquoi pas prévoir des petits soupers en tête à tête avec mon amoureux, une fois de temps en temps?

Ce matin-là, je parlai à Gérald de ma nouvelle idée, tout en me lissant les cheveux avec le fer plat pour les empêcher de frisotter.

- Qu’en penses-tu, un petit souper, juste nous deux?

- Excellente suggestion! répondit-il en me donnant un baiser sur la nuque. On pourrait demander à Morgane de garder Microbe.

- Oh! non, cria l’adolescente du fond de sa chambre, moi je ne garde plus!

Gérald la rejoignit pour la convaincre.

- Allez, pas longtemps, juste le temps d’un souper.

Puis il changea de ton :

- Tu n’iras pas à l’école comme ça, toi!

- Ben là… toutes les filles s’habillent de même.

- Quand bien même le monde entier s’habillerait de cette manière, il n’en est pas question. Tu vas te couvrir décemment.

- Maman me laisse m’habiller comme je veux, elle!

- Ça ne m’étonne pas! Mais tant que tu vis sous mon toit, tu m’obéis.

La méthode forte, bravo. Je décidai d’intervenir.

- Qu’est-ce qui se passe?

- Papa ne veut pas que je porte ce chandail, se plaignit Morgane.

- C’est pas un chandail, c’est une camisole de strip-teaseuse, répondit Gérald.

Je jetai un œil sur Morgan. Elle portait un chandail mince, sans manche, décolleté dans le dos, qui me semblait assez standard pour une ado. C’est vrai que j’avais l’habitude de voir des jeunes filles porter des vêtements encore plus osés sur la rue Sainte-Catherine, l’été.

- T’as l’air d’une dévergondée, renchérit maladroitement Gérald.

- Franchement papa! dit Morgane.

- T’exagères pas un peu, là, Gérald? suggérai-je.

- Regarde la! On dirait qu’elle s’en va dans un bar.

- Je le trouve très bien, moi, ce chandail, dis-je.

- Tu vois! dit Morgane à son père.

Gérald se tourna vers moi, les sourcils froncés :

- Annette, mêle-toi pas de ça, c’est pas ta fille!

J’explosai :

- C’est sûr que c’est pas ma fille! C’est pas ma fille quand ça fait ton affaire! C’est pas ma fille, sauf quand t’es pas là pour faire le taxi, ramasser les dégâts, donner les bains, faire leur lavage, les aider à faire leurs devoirs!

- Je ne t’ai jamais demandé ça!

Le ton commençait à monter.

- Tu m’as jamais demandé ça?!? Et qui le fera, si je ne le fais pas, hein? Qui ira chercher Microbe à la garderie quand tu ne réponds pas au cellulaire! Qui s’occupera d’Olivia quand les jeunes n’en peuvent plus?!

- T’as juste à ne pas le faire. Je ne t’ai rien demandé, moi. T’as juste à me laisser tout faire tout seul!

- Tout faire tout seul! T’ES JAMAIS LÀ! Faut bien que quelqu’un s’en occupe, de TES enfants!

- C’est pas mon problème si t’en fais trop! Je suis là quand il le faut!

- Ah! oui?!? Où étais-tu quand Microbe et Olivia ont vidé la bouteille d’huile d’olive?!?

- Il faut bien que je gagne ma vie! T’avais juste à demander à Morgane de le faire ou à attendre que j’arrive!

- Ben oui! Laisser l’huile d’olive se répandre encore plus sur le plancher!!! Mon beau plancher tout neuf!!!

- Morgane aurait très bien pu s’en occuper!

- Morgane est une adolescente! Tu ne peux pas lui demander de te remplacer dans ton rôle de père!

- Tu veux que je fasse quoi, Annette, HEIN??? Que j’arrête de travailler? Que j’engage une nounou? On n’a déjà pas assez de place pour les enfants et nous! Tu veux que je déménage, c’est ça? T’en as assez, des enfants!?!

Et il sortit en claquant la porte.

(à suivre)

 

Les Enfants de mon chum (suite)

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Toute ressemblance avec des personnes réelles est une pure coïncidence.

CHAPITRE QUINZE – LE COLLÈGUE

- Bon, alors c’est tout pour aujourd’hui, annonça mon patron. Bon lundi tout le monde. On se retrouve la semaine prochaine à la même heure.

Quinze cartables se refermèrent à peu près en même temps, tandis que M. Lacaille fils quittait la salle de réunion, l’air satisfait.

- Passé une belle fin de semaine? me demanda Jasmine en passant près de moi.

- Mmm. Et toi?

- Super. Ski. Ski. Et ski. Les conditions étaient idéales. T’es libre pour diner?

Je déclinai son invitation. J’avais promis à Microbe de rentrer tôt pour l’emmener à l’hôpital voir sa maman, et pour ça je devais écourter mon heure de diner.

- Les conjoints de fait font l’amour trois fois par semaine, selon les statistiques. Je te dis que le monde est menteur! dit une de mes collègues à une autre.

- Qu’est-ce que t’en sais, t’es même pas mariée? lança Louis, mon plus jeune collègue, s’immisçant dans leur conversation.

- Qu’est-ce que t’en penses, Annette? me demanda la première.

Je haussai les épaules. Trois fois par semaine, avec quatre enfants et un chum qui travaille le soir et les week-ends… je n’avais tout simplement pas envie de répondre à ça.

- Tu vis en union de fait, toi, Annette? s’enquit Louis, l’air étonné.

- Oui, pourquoi? J’ai pas l’air?

- Non, non, je pensais que t’étais célibataire, c’est tout.

- Je ne suis pas assez bien pour intéresser un gars?

Bon, ça y est, le retour du syndrôme prémenstruel.

- J’ai jamais pensé ça, répondit-il, avec un regard qui me sembla plein de sous-entendu. Vous avez des enfants?

- Moi non. Lui oui.

- Quel âge?

- Tous les âges. Ils sont quatre.

Il siffla.

- Ça ne doit pas être facile, pour toi.

- Comment ça?

- Je dis ça comme ça, probablement parce que moi, les enfants, je serais pas capable.

- T’es encore jeune.

- Tu me donnes quel âge?

Je réalisai qu’il s’était rapproché et que nos autres collègues avaient quitté la pièce.

- Euh… 30 ans?

- 32. Tu me feras pas croire que t’es plus vieille que moi.

Je fus flattée, même s’il était peu probable qu’il pense réellement ce qu’il venait de dire.

- 40. Je suis pas mal plus vieille que toi.

- Je côtoie des filles de 30 ans qui ont l’air plus vieille que toi.

- Vraiment?

- Sûr.

- Alors toi, tu n’as pas d’enfant?

Il sourit. Est-ce que j’étais en train de flirter, là? C’est sûr qu’un compliment comme celui-là d’un homme qui paraissait aussi bien que Louis, c’était flatteur. Jeune. Beau bonhomme. Pas d’enfant. Il ne pouvait de toute évidence pas s’intéresser à une fille de presque dix ans son aînée un peu enveloppée et pas particulièrement belle. Pas avec le physique qu’il avait. Il ne devait sûrement pas avoir de difficulté à rencontrer des filles, et je me dis qu’il devait simplement s’amuser avec moi. J’eus même un peu honte de m’être laissée aller à flirter avec lui. Je devais avoir l’air totalement ridicule.

- Non, célibataire sans enfant.

Je ne savais pas quoi répondre à ça.

- Faut croire que j’ai pas encore rencontré la bonne, ajouta-t-il.

- C’est sûrement ça.

Je fis mine de ramasser mes affaires et me levai pour quitter la salle de réunion.

- Bon, bien, à lundi prochain à la réunion, Annette.

Quel sourire. Ce gars-là savait comment faire pour qu’une femme se sente belle. Je pensai à Gérald. Mon Gérald. Mon amour. Lui aussi savait. Du moins il avait su. Jusqu’à l’arrivée des quatre mousquetaires. Je regagnai mon bureau, songeuse.

(à suivre)