Archives pour la catégorie ‘Chroniques - La Mère poule et ses poids plumes’

Soyons optimistes

Fistonne est de mauvaise humeur parce qu’elle a l’impression qu’elle n’arrivera jamais à terminer son projet scolaire, commencé à la dernière minute.

- J’aimerais ça être moins stressée!!! dit-elle en « garochant » un crayon de couleur sur la table.

Assise à l’ordinateur, concentrée à essayer pour la centième fois d’installer le programme d’accès à distance qui me permettra d’accéder jour et nuit à mon nouveau bureau, j’essaie quand même de l’encourager :

- J’ai lu sur LCN ce matin que les gens optimistes minimisent les risques et se mettent en danger.

- C’est quoi cette nouvelle là!?!?! réplique-t-elle, énervée.

Cliquez ici.

- Ils ont fait une étude. Ils disent que les optimistes sont plus exposés aux dangers.

- Et ça veut dire quoi?!?!?!

L’installation a échoué. Veuillez recommencer.

- Ben je sais pas. Les optimistes prennent peut-être plus de risques et vivent moins longtemps.

- N’importe quoi!?!?! Cessez d’être optimistes, sinon vous aller mourir!!! C’est ça!?!?!?

L’installation a échoué. Veuillez recommencer.

- Eh! Oh! Je sais pas, moi. Je voulais juste dire que les optimistes ne sont pas nécessairement plus heureux.

- Ben c’est ça! Cessez d’être optimistes sinon vous serez malheureux!

Je ferme l’ordinateur et je m’énerve à mon tour :

- J’ai pas dit ça, on jase, là, c’est tout!

Ça y est, maintenant on est deux à être stressées. Pas de danger qu’on devienne optimistes, nous deux!

 

Samedi soir

Samedi soir. Il joue de la guitare. Le chien dort à ses pieds. En déposant une bougie d’Halloween sur le piano, je le regarde discrètement. Toujours aussi beau. La musique me ramène au jour où je crois que j’ai commencé à l’aimer.

C’était l’été. J’habitais depuis plusieurs mois au troisième étage d’un vieil immeuble qui tombait en ruines. Je m’y étais réfugiée pour fuir un ex-conjoint violent. Je sommeillais sur le vieux balcon qui donnait sur le stationnement. Il était en bas, dos à moi, en jeans, t-shirt et espadrilles, bras croisés, jambes légèrement écartées, en grande discussion avec un autre gars, assis sur une moto. Je l’entendais rire et ça me donnait envie de sourire.

Je le connaissais un peu. Il habitait le logement voisin. Je l’entendais partir pour aller travailler le matin tandis que je dormais sur un petit sofa-lit. Je le croisais souvent dans l’escalier. L’hiver d’avant, il était sorti à plusieurs reprises pour m’aider à déprendre ma petite voiture ensevelie dans la neige. On placotait de temps en temps. J’aimais sa voix grave.

Il joue « Heaven », maintenant. J’aime le voir jouer, concentré comme si rien au monde n’avait d’importance. Il chante tout bas. J’aime chacune des fossettes dans ses joues et son front. Il a toujours l’air aussi cool qu’il y a 11 ans. Toujours en jeans, t-shirt et espadrilles. Il dépose sa guitare et se met à siffler.

- Tu l’aimes, cette chanson-là, hein? me demande-t-il.

- C’est toi que j’aime.

Il rit et se remet à siffler. J’adore le samedi soir.

 

Une fleur et du chocolat

Joan, bienvenue parmi nous

Ça y est. Je suis installée dans mon nouveau bureau. J’y ai été accueillie comme une reine. Avec une fleur et du chocolat. Des sourires et des mots accueillants. Je me suis tout de suite sentie chez moi. Ça fait du bien.

Mon ancienne patronne, Me H.B. m’a envoyé un mot pour me féliciter. Quand je l’ai appelée pour la remercier, elle m’a dit qu’elle était vraiment contente pour moi. Elle a insisté sur le fait qu’elle le pensait « vraiment ». Avec la même chaleur dans la voix que du temps où nous étions collègues. Ça m’a fait du bien, ça aussi. On s’est promis un lunch bientôt. Dès qu’on a une minute.

Mon chum m’attend chaque soir avec son beau sourire et ses bras forts qui me rassurent quand je doute. Il a l’air de savoir à quel point ça me fait du bien, ce nouveau travail, malgré ma tristesse d’avoir laissé derrière des collègues que j’aime sincèrement. Et qui m’ont donné une jolie carte où ils ont écrit des mots qui m’ont beaucoup émue. Même les mots drôles m’ont émue. Est-ce que c’est moi qui m’attache facilement ou bien est-ce que je suis particulièrement chanceuse d’avoir souvent eu des collègues attachants? Je les aurais tous emmenés avec moi. Ils s’entendraient bien avec mes nouveaux collègues, si accueillants.

Je sais bien que mon nouveau travail emploi ne sera pas toujours facile. Je sais les nombreuses responsabilités et les longues heures qui m’attendent bientôt. Mais je me sens motivée et prête à relever le défi. C’est un bon début.

Ce nouveau bureau me plaît beaucoup.

 

La princesse de son père

Mon père me manque quand je prends des décisions importantes. Même quand je n’ai aucun doute et que je sais que j’ai pris la bonne décision. Mais c’est peut-être ma mère qui m’a, sans le savoir, appris à foncer. En me montrant l’exemple. En travaillant beaucoup, en étudiant jusqu’à sa retraite, en se battant pour les causes auxquelles elle croyait, elle m’a montré à sa façon que l’indépendance financière d’une fille, c’est sa survie. Et c’est probablement pour ça que je suis si fonceuse dans ma vie professionnelle. Que je ne dépends de personne. Que je ne dois rien à personne. Je ne serai jamais aussi fonceuse qu’elle aurait souhaité, bien sûr, mais si elle ne l’avait pas été avant moi, je l’aurais été beaucoup moins. Ou en tous cas j’aurais été différente.

Mais quand même, ça me manque de ne pas pouvoir annoncer à mon père que commence un nouvel emploi. Ça me manque de ne pas l’entendre me dire « C’t’une maudite bonne job que t’as là, ma tit’ fille. » Même à mon âge. Je trouve ça fou.

- Qui c’est qu’on connaît qui travaille là? Y a-tu des anciens ministres?

Tiens, revoilà mon père qui me parle dans mes souvenirs. C’est le fun de l’entendre encore après tout ce temps.

- ‘Tention, tu vas renverser ton café, là.

Tu me fais rire, papa. J’ai beau vieillir et t’as beau ne plus être là, je resterai toujours ta princesse.