Archives pour la catégorie ‘Chroniques - La Mère poule et ses poids plumes’

La Boîte à étoiles


J’apporte un panier de vêtements à ranger dans la chambre de Fistonne, je le dépose près de sa bibliothèque et j’aperçois, sur une des tablettes, une petite boîte à motifs d’étoiles, ouverte, qui contient un truc de magie qui appartenait à mon père, des cartes d’identité, des cartons d’allumettes et des clés inutiles qu’elle a trouvées dans le tiroir de la commode de mon père, après son décès. Je m’approche de la petite boîte aux motifs d’étoiles et je ferme les yeux. Je respire. Je sens mon père. C’est comme s’il était là.

- Salut papa.

- Allô Joe, comment ça va?

Je peux même voir son sourire et sa cigarette au coin des lèvres. Il porte son chandail rouge qui lui allait si bien, le même qu’au dernier jour de l’An.

- Je te dérange?

- Tu me dérange jamais, voyons. Y a tu un problème avec les enfants?

- Non, non. Ben y a Fistonne qui se fait snober par une bitch, à l’école.

- Oui, elle m’a appelé hier après-midi. Attends, c’était tu hier ou avant-hier? Non, non, c’était hier, je venais de finir ma sauce à spaghetti. Inquiète-toi pas, je m’en occupe.

- Merci, t’es fin.

- Chu là pour ça.

- T’es pas tanné qu’on t’appelle chaque fois qu’on a des problèmes?

- J’me doutais ben que j’aurais encore des problèmes à régler rendu ici. Qu’est ce que vous allez faire quand j’s’rai pu là?

- Papa, t’es déjà pu là.

- T’as ben raison.

- Pis j’m’ennuie de toi.

- Commence pas, Joe.

- Ben non, je suis correcte. C’est juste que des fois j’m’ennuie, j’ai ben le droit.

- Bon ben, je suis en train de faire mes conserves, veux-tu du ketchup aux tomates pis des cornichons? Pis inquiète-toi pas pour Fistonne, j’m’en occupe.

- Okay papa, bonne semaine.

- Bonne semaine, Joe! Pis rappelle-moi si y a quelque chose.

- Promis.

- Okay bye!

- Bye papa.

Je sors de la chambre de Fistonne, sereine. Ça me fait toujours du bien de sentir mon père.

 

La fée

Notre stagiaire est partie hier. Ça m’a fait quelque chose. C’est toujours un peu difficile de voir les gens partir. En même temps, on se trouve chanceux que le destin les ait mis sur notre route. C’est ma collègue Sue qui a, une fois encore, su trouver les mots :

- On a essayé de ne pas s’attacher. Mais ça n’a pas marché.

Sue a à peine 30 ans, mais souvent quand je l’écoute parler, je lui trouve la sagesse d’une fille qui en a vécu 100. On dirait un vieux sage déguisé en jeune maman qui tente de concilier travail et famille, sans affrontement. Déguisé en jeune maman doublée d’une employée à temps plus que plein, qui court du matin au soir pour satisfaire tout le monde et qui en a souvent bien lourd sur les épaules. Et pourtant, jour après jour, Sue sourit. Même quand elle est fatiguée, elle sourit. Parce qu’elle est sage. Et qu’elle sait que c’est la meilleure chose à faire pour arriver à tout faire. Et elle y arrive.

Je ne l’ai dit à personne, mais je pense que Sue est une fée.

 

Les 50 ans de mon beau-frère

Ça se passait dimanche dernier.

Chéri et moi roulions sur la 20 Est, en direction de Québec, pour aller rejoindre la parenté qui préparait une fête « surprise » pour les 50 ans de mon beau-frère. Nous roulions donc à une bonne vitesse (réglementaire, j’entends), placotant de tout et de rien, lorsque Chéri a remarqué que la voiture qui nous précédait ressemblait vraiment beaucoup à celle de mon beau-frère. Celui qu’on allait fêter.

- Ça ne peut pas être lui, voyons donc, ai-je dit.

- Ça lui ressemble pas mal, a dit Chéri.

- Si c’est lui, il va arriver avant nous à sa fête « surprise ».

- Je vais le dépasser par la gauche, et toi, regarde dans la voiture si c’est lui.

Chéri a accéléré. Je me suis enfoncée dans mon siège et ai levé la tête juste au moment où nous avons été à la hauteur du véhicule de mon beau-frère. Chéri et moi avons crié en même temps :

- C’est lui!!!

Je me suis baissée. Il n’a pas semblé nous avoir vus. Dans le miroir, j’ai aperçu ma belle-sœur sur le siège du passager. Chéri a accéléré et nous les avons pratiquement perdus de vue, jusqu’à ce que… misère… un embouteillage… et la voiture de mon beau-frère s’est retrouvée juste derrière nous. C’est à peine si j’osais lever la tête.

- S’il me dépasse, on est « faits » a dit Chéri.

- Ouache, ai-je dit en m’enfonçant sur la tête la casquette de Chéri pour tenter de passer inaperçue.

- S’il me reconnaît, il va m’appeler. Qu’est-ce que je lui dis?

- On va lui dire qu’on s’en va à Jonquière aider Fiston à déménager.

- Il ne croira jamais ça!

- Ben oui, le cégep commence demain, ça va marcher.

- Tu penses?

Pendant ce temps, mon beau-frère a reconnu la voiture de son frère. Sa blonde, qui nous a également reconnus, lui a fait remarquer que Chéri n’est pas le seul à conduire cette marque de voiture. Mon beau-frère a alors vu la plaque du garage où Chéri avait acheté sa voiture, et sa blonde s’est hâtée de le distraire en lui parlant de la nouvelle voiture de son collègue.

De mon côté, j’ai suggéré à Chéri :

- À moins qu’on appelle le cellulaire de sa blonde.

Chéri m’a tendu son téléphone. J’ai cherché… cherché… cherché… pitonné… et pitonné encore… appuyé sur le bouton…

- Attends, dit Chéri, il doit avoir le bluetooth!!!

J’ai raccroché le plus rapidement possible en retenant mon souffle. Ça n’a pas sonné. Sauvés.

- Il va m’appeler, dit Chéri, je suis sûr qu’il va m’appeler.

- Il ne t’a peut-être pas reconnu.

- Il se rapproche. S’il a l’idée de regarder dans mon miroir, il va me voir.

Nous avons alors essayé tous les deux de regarder dans le miroir de la voiture qui nous précédait pour vérifier si on pouvait voir le conducteur.

- On voit…

- Non, non, pas tant que ça…

- S’il nous dépasse et nous voit…

- Je me tourne et je te cache!

- Ça va avoir l’air suspect.

- On fait semblant d’être surpris et on lui demande ce qu’il fait là…

- Si le camion se tassait, je pourrais prendre une sortie.

- On va arriver trop tard pour la surprise…

- Est-ce que le camion me laisse passer…?

- De toutes manières on rate la surprise…

- Okay j’y vais.

Et Chéri, qui rêve depuis toujours d’être pilote de Nascar, a appuyé sur l’accélérateur, s’est glissé entre un camion et une voiture et, à la dernière seconde, a pris la sortie à droite.

- Le camion va nous cacher, il ne pourra pas nous voir.

Mais en voyant la voiture se faufiler ainsi pour prendre la sortie, mon beau-frère a eu la certitude que c’était bien son frère qui était au volant.
Chéri a garé la voiture. Nous avons attendu, le cœur battant (le mien, en tous cas!)

- Je le vois, il est passé! Et le camion aussi!

- Okay, on repart.

Nous ayant vus sortir de la route et pour permettre à tous les invités d’arriver AVANT le beau-frère, ma belle-sœur s’est fait inventive, a suggéré un arrêt pour aller à la salle de bains (dont elle a profité pour appeler ses enfants et leur raconter que mon beau-frère nous avait reconnus sur l’autoroute mais ne s’était pas demandé ce que nous faisions là…!!!), un autre pour acheter un médicament à la pharmacie et finalement un dernier arrêt pour manger de la poutine (ben quoi, une fille s’essaye!) que mon beau-frère, pressé de rentrer à la maison, a refusé net.

Pendant ce temps, mon pilote et moi sommes arrivés chez mon beau-frère juste à temps pour la surprise. Et ce fut un succès. Le beau-frère ne s’était douté de rien et a bien ri de nous voir là. Malgré la pluie, tout le monde était de bonne humeur, tout le monde a mangé du gâteau, les plus jeunes se sont baignés, mononcle Jules a réussi à se faire photographier et s’est tassé juste à temps pour éviter de recevoir sur la tête le gazebo qui s’est effondré sans avertissement, pendant la séance de photos immortalisant les 50 ans de mon beau-frère. À la fin de la soirée, nous avons repris la route vers l’Ouest en nous demandant, encore une fois, pourquoi mais pourquoi donc nous n’habitons pas à Québec.

Quelle belle soirée!

 

Don d’organes

Ce matin, j’ai reçu pour Fistonne, avec le renouvellement de sa carte d’assurance-maladie, un formulaire de consentement au don d’organes au décès.

- Fistonne, tu veux faire un don d’organes?

Elle a semblé y réfléchir.

- Euh… est-ce qu’on peut donner du gras?

J’ai ri. Du Fistonne, tout craché. Chéri, qui passait par là, a commenté :

- Il n’y en aura pas beaucoup.

En effet! Ma fille donne ce qu’elle n’a pas. Ce n’est pas très généreux…