Je m’ennuie de mon père, cette semaine. Peut-être parce qu’il appelait beaucoup les enfants, quand arrivait la rentrée scolaire. Il leur apportait des petits gadgets : calculatrice, stylos, bonbons au beurre.
Qu’est-ce qu’il me dirait s’il m’appelait cet après-midi?
- Salut Joe, comment ça va?
- Bien et toi?
- Pas pire, pas pire. Faut que je te parle.
- De quoi?
- La table de la salle à manger. Veux-tu ben me dire pourquoi vous avez enlevé le tapis de table?
- C’est pas moi. Il n’y en avait plus quand j’ai eu la table.
- Ah…
- Il était fini. Tout craqué. J’imagine qu’ils l’ont jeté.
- C’est fin, ça! Achètes-en un autre. Là vous êtes en train de me briser ma belle table coloniale.
- Franchement p’pa, c’était vraiment laid le tapis de table.
- C’est pas la question, ça la protégeait.
- Inquiète-toi pas, on va y faire attention à ta table.
- Me semble, oui. Mettez des sous-verre, là.
- Ben oui, ben oui.
- Bon. Pis une autre affaire : mes chaudrons, fais-les tremper avant de les nettoyer.
- P’pa, arrête donc de t’inquiéter.
- C’est pour votre bien. Vous m’appréciez pas. Vous voyez pas tout ce que je fais pour vous autres?
- Quand est-ce que tu vas arrêter de t’en faire pour moi? J’ai quasiment 50 ans.
- Déplaisante. Depuis que je suis parti, tu manques toujours de lave-glace pour ton auto. Penses-tu que je te vois pas faire?
- Moi aussi, j’taime. Ah! pis merci de t’être occupée de Fistonne, elle va mieux.
- Elle va bien, la petite?
- En pleine forme.
- Est tu assez belle, c’t’enfant là. A ressemble à son grand-père!
Je vais aller nous acheter des petits bonbons au beurre, tiens. Ça va me rappeler quand tu arrêtais à la maison, en allant chez Cosco.