Archives pour la catégorie ‘Chroniques - La Mère poule et ses poids plumes’

Qui dresse qui?

Mettant en vedette : Allumette, chatte abyssin et chef de meute, et Zed, bébé Labrador.

Allumette : Eh! le chien! T’es vraiment stupide. T’as pas besoin d’obéir quand tu es dehors et qu’ils te tendent un brin d’herbe comme récompense, parce que des brins d’herbe, tu peux en avoir à volonté, y en a plein le terrain.

Zed : Mais non, t’as rien compris. Je les dresse. Je suis en train de leur apprendre à me mettre les brins d’herbe directement dans la gueule quand je fais une pirouette. Tu devrais essayer, ça marche!!!

 

Bienvenue dans le monde des adultes

Je joue à la balle avec mon chien Zed, sur la pelouse. Assise sur la bordure du trottoir, Fistonne mâchonne un brin d’herbe. Zed s’arrête et tente de le lui piquer. Fistonne rit et le pousse. Je m’assois par terre, sous le grand chêne. Quelle belle journée!

- Maman?

- mmm?

- Qu’est-ce qu’il faisait, grand-papa, comme travail?

- Arbitre à la Commission de l’assurance-emploi.

- C’est quoi, un arbitre?

- Une sorte de juge. Quand tu perds ton emploi et que l’assurance-emploi refuse de te payer une indemnité, tu peux aller en appel devant trois arbitres qui vont décider si tu y as droit ou pas.

- Comment on devient arbitre?

- Euh… ça dépend qui tu connais.

- Comment ça?

- Ben… il faut avoir des contacts au gouvernement fédéral.

Fistonne se redresse d’un coup.

- Tu me niaises?

- Hein? Euh… non…

- Attends… s’ils ont le choix entre un gars vraiment compétent qui ne connait personne au gouvernement et un gars qui ne sait rien et qui connaît quelqu’un au gouvernement, ils vont engager le gars incompétent???

Ouache.

- Ben… c’est un peu plus compliqué que ça… ça dépend de la personne qui engage…

- Oui ou non????

- ils ne vont pas engager un incompétent, quand même… en tous cas, je ne pense pas…

- Oui ou non?!?!

- Si le gars moins compétent a rendu de grands services à celui qui engage, oui.

- Mais c’est INJUSTE!!!

Bienvenue dans le monde des adultes, ma toute belle.

- Ouin.

Il faut que je me prépare au jour où elle va me demander qui ils vont engager entre la fille compétente et l’autre candidat.

 

Du fond du coeur… merci

Je viens de comprendre à quoi sert Facebook. Mieux vaut tard que jamais, non? Je ne vais pas beaucoup sur mon profil Facebook. Je ne sais pas trop quoi y écrire, à vrai dire. Mais hier soir, j’ai reçu un message qui m’a beaucoup touchée. Un message d’une dame que je ne connaissais que de nom et qui a enseigné à Fiston. Comme elle enseignait une matière que Fiston aime beaucoup et qui ne lui causait pas de difficulté, je n’avais pas eu l’occasion de lui parler. Je ne l’avais pas vue, non plus, aux réunions que l’école organise pour les bulletins, parce que Fiston oublie généralement de me remettre les lettres d’information et que le courrier scolaire est envoyé chez son père qui, de son côté, oublie souvent de passer prendre son courrier à la boîte aux lettres. Facebook a permis au professeur de Fiston de me trouver et de m’envoyer un message que je garderai longtemps dans mon cœur. Un message « plein de couleurs » où elle me dit à quel point elle a aimé enseigner à Fiston, et où elle me parle, avec des mots très « vivants », de son sens de l’humour et de son ouverture d’esprit.

Le père de Fiston et moi avons tous les deux fait nos études secondaires à l’école privée. L’enseignement y était excellent, bien sûr, mais arrivés au cégep, nous avons tous les deux eu l’impression de « tomber de haut » dans la vraie vie. Nous avons tous les deux eu de la difficulté à retourner dans le vrai monde, à côtoyer des gens qui n’avaient pas été façonnés dans le moule « parfait » de l’école privée, qui n’étaient pas tous fils de médecin ou de dentiste (c’était le cas à notre époque). Et de mon côté, l’intégration à l’école privée avait été très pénible. Je manquais de confiance en moi et je m’y suis longtemps sentie très seule. L’école privée a peut-être beaucoup changé, depuis, et peut-être que nos enfants auraient aimé y étudier, à leur époque. Mais nous, les deux parents, étions décidés : nos enfants fréquenteraient l’école publique.

Pour Fiston, ça a été un succès. Fiston n’a jamais été un élève discipliné et studieux. Il a souvent oublié de noter les devoirs à faire ou d’apporter ses livres à la maison. Pour compenser, il a dû développer d’autres talents. Le charme, l’humour, la sociabilité, la facilité à communiquer avec les autres et la capacité de les écouter et de comprendre rapidement ce qu’on attend de lui, la créativité aussi. Je me trompe peut-être, mais j’ai vraiment l’impression que c’est l’école publique qui le lui a permis. Et aux deux écoles qu’il a fréquentées (la première n’offrait que les trois premières années du secondaire), le profil « Musique » offert était exceptionnel. Je n’exagère pas.

En tous cas, une chose est sûre, il a aimé l’école, malgré les difficultés. Tout au long de son parcours au secondaire, j’ai fait la connaissance de professeurs extraordinaires, pour qui Fiston était loin d’être seulement un numéro. Des professeurs qui nous ont conseillés, qui ont pris le temps de connaître Fiston, de l’encadrer et de le motiver dans les périodes difficiles (en Maths et en Sciences, entre autres).

Merci beaucoup à tous ces professeurs qui ont contribué, grâce à leur générosité et à leur sensibilité, à la réussite de mon artiste un peu lunatique, peu porté sur l’étude mais rempli de bonne volonté. Du fond du cœur, merci.

 

Petit garçon devenu grand

Dimanche soir après souper. Chéri écoute la Formule 1 au sous-sol. Zed ronfle sous la table. Fistonne essaie de se convaincre de commencer à étudier son Histoire pour l’examen de fin d’année de mardi. Une surprise : Fiston, qui a apporté ses livres d’école dans la salle à manger (d’habitude il fait ses travaux dans sa chambre), est assis à table avec nous.

Fistonne : Tu fais des devoirs, toi?

Fiston : On se calme, ma sœur. M’as-tu déjà vu faire des devoirs?!?

Fistonne : Jamais.

Fiston : Bon. J’en ai fait, quand même. Là, j’étudie mes Maths pour l’examen du Ministère. Ça va bien en Maths, mais ce serait trop stupide de devoir suivre des cours d’été maintenant que j’achève mon secondaire.

Fistonne : Moi je suis « fru » parce que le prof nous a pas laissés assez de temps pour étudier et finir notre projet d’Histoire.

Fiston : Mon expérience d’étudiant de secondaire V, c’est que quand tu trouves que le prof t’as pas laissé assez de temps, ça veut dire que t’as attendu à la dernière minute pour commencer.

Fistonne pouffe de rire. Je joue la « nounoune » :

- Vraiment?

Fiston : Ben c’est sûr, m’man. On braille au prof qu’on a pas eu assez de temps, là il répond qu’on a eu trois semaines et nous demande ce qu’on a fait depuis trois semaines. Rien. On n’a rien fait. On a attendu à la dernière minute pour commencer et on n’est pas prêt.

Eh! ben. Il a tellement vieilli. Tout d’un coup.

Ça a commencé quand son père s’est opposé à ce qu’il ait une voiture sous prétexte qu’il n’est pas assez responsable pour s’en occuper. On parle ici de la voiture usagée de Grand-papa Poule, décédé en janvier. Je venais de me « ruiner » pour des cours de conduire, des plaques d’immatriculation, des assurances, en me disant que j’aurais plus de liberté si Fiston conduisait sa propre voiture. Le papa, pour sa part, a jugé qu’au lieu de me « ruiner », j’aurais dû garder mon argent pour me gâter, moi, au lieu des enfants, et laisser Fiston ramasser son argent pour se payer lui-même une voiture et tous les frais connexes, quand il aurait un emploi et serait suffisamment responsable pour s’occuper de tout. Quitte à refuser de le conduire à gauche et à droite quand je suis trop fatiguée ou que je n’ai pas le temps. Il me reproche de ne pas être assez égoïste. Pour une fois, il a raison.

Puis Blondine, ma filleule, est venue souper avec son nouveau chum. Tous les deux ont trouvé Fiston bien chanceux d’avoir une voiture, l’essence payée pour aller à l’école (oui, bon, ici je préciserai que Fiston n’a pas droit au service d’autobus scolaire puisqu’il a choisi une école publique d’une autre commission scolaire que la nôtre – c’est une longue histoire – et que c’est nous, ses parents, qui assumons le transport). Il faut dire que Blondine et son nouvel ami assument tous les deux les frais de leurs études post-secondaire (universitaires dans le cas de Blondine), paient leur appartement, leurs vêtements et tous leurs frais de déplacement. Ça fait réfléchir. En tous cas, ça a fait réfléchir Fiston. Surtout quand je lui ai annoncé que je n’aurais pas les moyens de payer son essence à l’été et que je commençais à trouver que son père n’avait pas tort, et qu’il faudrait qu’il lui prouve qu’il est responsable en assumant à l’avenir les frais liés à la voiture. Je m’attendais à ce qu’il se plaigne au moins un peu, mais pas du tout. Il s’est déclaré tout-à-fait d’accord avec son père.

La semaine suivante, quand son feu arrière de voiture a brûlé et que je lui ai offert de payer la réparation au garage (oui, j’assume les frais tant que l’année scolaire n’est pas terminée), il a annoncé fièrement qu’il voulait apprendre à réparer sa voiture lui-même et s’est organisé avec Chéri (il faut dire qu’ici, on est presqu’aussi équipés qu’un vrai garage pour les réparations de voiture, et ce n’est pas une blague!) qui lui a montré comment faire. La réparation a coûté 2 $. Fiston était très fier. Et moi aussi!

La semaine suivante, j’ai entendu Fiston demander à Chéri de lui apprendre à changer ses pneus d’hiver contre des pneus d’été, pour économiser. Chéri est d’une disponibilité et d’une patience infinies quand un jeune veut apprendre.

Fiston avait tout ça en lui, cette indépendance, cette autonomie, et je continuais à le gâter comme Grand-papa Poule m’avait gâtée, moi. Je continuais à avoir peur de ne pas en faire assez. Comme Grand-papa Poule. Pourtant, il aurait suffi que je sois là, que Fiston sache qu’il pouvait compter sur moi au besoin. Il était prêt et je ne l’ai pas compris. Je ne l’ai pas vu. Il fallait juste lui donner de l’air, de l’espace, pour qu’il l’occupe lui-même, et m’effacer derrière mon tout-petit devenu assez grand pour quitter le nid (ce qu’il fera très bientôt, pour aller au cégep à l’autre bout du Québec).

Je ne l’avais pas réalisé, mais j’écris de moins en moins sur lui. Je comprends maintenant pourquoi : il ne dit presque plus de phrases d’ados, il discute avec nous à table au lieu de dire automatiquement « noir » quand on dit « blanc », il argument pour vrai, il a un sens de l’humeur à lui, il ne ressemble plus à tous les ados. Il construit, jour après jour, l’adulte qu’il sera bientôt. Il a grandi.

Cette fois, je crois que j’ai compris (je me donne le droit de faire quelques rechutes, quand même, sinon ce ne serait pas moi). C’est magnifique de le voir grandir ainsi.