Archives pour la catégorie ‘Chroniques - La Mère poule et ses poids plumes’

La princesse de son père

Mon père me manque quand je prends des décisions importantes. Même quand je n’ai aucun doute et que je sais que j’ai pris la bonne décision. Mais c’est peut-être ma mère qui m’a, sans le savoir, appris à foncer. En me montrant l’exemple. En travaillant beaucoup, en étudiant jusqu’à sa retraite, en se battant pour les causes auxquelles elle croyait, elle m’a montré à sa façon que l’indépendance financière d’une fille, c’est sa survie. Et c’est probablement pour ça que je suis si fonceuse dans ma vie professionnelle. Que je ne dépends de personne. Que je ne dois rien à personne. Je ne serai jamais aussi fonceuse qu’elle aurait souhaité, bien sûr, mais si elle ne l’avait pas été avant moi, je l’aurais été beaucoup moins. Ou en tous cas j’aurais été différente.

Mais quand même, ça me manque de ne pas pouvoir annoncer à mon père que commence un nouvel emploi. Ça me manque de ne pas l’entendre me dire « C’t’une maudite bonne job que t’as là, ma tit’ fille. » Même à mon âge. Je trouve ça fou.

- Qui c’est qu’on connaît qui travaille là? Y a-tu des anciens ministres?

Tiens, revoilà mon père qui me parle dans mes souvenirs. C’est le fun de l’entendre encore après tout ce temps.

- ‘Tention, tu vas renverser ton café, là.

Tu me fais rire, papa. J’ai beau vieillir et t’as beau ne plus être là, je resterai toujours ta princesse.

 

Arrêter la roue

Fistonne veut faire un voyage humanitaire. Au Sénégal. Et la semaine dernière, quand elle a lu dans le journal que la Banque alimentaire de la ville est vide, elle a utilisé une partie de son salaire de l’été pour acheter des denrées non périssables qu’elle y apportera.

Une partie de moi est vraiment fière d’elle. L’autre partie a peur pour elle. Peur qu’elle soit trop généreuse. Qu’on abuse d’elle. Qu’elle ne sache pas fixer ses limites. Qu’elle soit vulnérable. Qu’elle attire les profiteurs. Les fraudeurs. Qu’elle donne au point d’y sacrifier sa santé. Qu’elle prenne soin des autres plus que d’elle-même. Qu’elle s’oublie. Qu’elle finisse par être une victime parfaite pour un chum violent.

Je me souviens de cette dame, à la maison pour victimes de violence familiale, qui répétait : « Les filles, vous ferez la différence pour vos enfants. La violence est une roue qui tourne, et lorsque vous aurez cessé d’être victime, lorsque vous cesserez d’avoir peur, alors vous aurez arrêté la roue. Pour vous, mais aussi pour vos enfants qui vous regardent. »

La violence n’est pas seulement physique, on le sait. La violence psychologique, celle qui isole la victime et lui fait perdre confiance en elle, fait autant sinon plus mal que la violence physique. Parce qu’elle est plus difficile à reconnaître. Et qu’elle s’installe sournoisement. Jusqu’à se transformer graduellement en violence physique et à faire d’innocentes victimes comme on en voit toutes les semaines dans les journaux.

Je suis peut-être idéaliste. Et bien que je sache depuis longtemps que rien d’humain n’est parfait, j’ai espoir qu’un jour la violence diminuera. Que chaque femme apprendra à arrêter la roue. Quand il n’y aura plus de victimes, il n’y aura plus de violence. Ça fait un peu « John Lennon », mais moi… moi j’y crois.

Et du coup, j’ai moins peur pour ma fille. Et je me rappelle que ma fille est ma fille, elle n’est pas moi. Elle est elle, juste elle. Je reprends confiance. Elle a ses propres rêves, ses propres projets, ses propres passions. Je n’ai pas le droit de lui mettre des barrières faites de mes propres peurs. Je n’ai tout simplement pas le droit.

 

La scèneuse

Chéri : Me semble que ça fait longtemps que je n’ai pas vu la voisine. Me semble que je ne vois plus sa voiture quand je pars le matin.

Moi : Elle était là ce matin, en tous cas.

Chéri : T’es sûre?

Moi : Ben oui, je regarde chez elle chaque matin quand je me lève.

Chéri : Ah! okay.

Fistonne, qui passe toujours par là au bon moment : Vous avez l’air de deux « scèneux »!

Moi : C’est pas être « scèneux » que de se soucier de ses voisins! Non mais, franchement. Elle habite devant. Je ne peux pas regarder dehors sans voir chez elle. Quand ça fait longtemps que je n’ai pas vu un voisin, j’ai peur qu’il soit malade ou mal pris, je m’inquiète pour lui, c’est normal, non?

Fistonne rit : Non.

Là, je la trouve franchement effrontée. Pis si je veux « scèner », c’est bien de mes affaires, non?

Ça finit à quel âge, l’adolescence, donc?!?!

 

Fleur

Fistonne m’a raconté que, tandis qu’elle ouvrait la porte de la maison de son père, une petite chatte qui ressemblait à notre Allumette s’est glissée entre ses jambes et est entrée dans la maison. Fistonne a crié :

- Eh! toi, tu ne peux pas entrer, tu n’habites pas ici!

Et elle s’est lancée à la poursuite du minou, qui s’est réfugiée dans la sale de lavage, pour la découvrir en train de manger dans un bol rempli de nourriture pour chats. Près du bol, on avait deposé un autre bol, rempli d’eau, et une litière.

- Ah! bon, tu as raison, tu habites ici. Moi, c’est Fistonne. J’habite aussi ici de temps en temps. Tu veux du lait?

Je lui ai demandé comment elle allait l’appeler.

- Je ne sais pas. Elle sent la moufette.

- Pourquoi pas Fleur, comme la moufette dans le film de Bambi?

- Quel film de Bambi?

Ah! ben, j’ai mon voyage! Le film de Bambi que j’ai regardé des dizaines et des dizaines de fois avec elle pendant des années!!!