Archives pour la catégorie ‘Chroniques - La Mère poule et ses poids plumes’

Histoire de passeports

- Joe, c’est donc ben compliqué vos histoires de passeports. Qu’est-ce qui se passe?

- Écoute papa, tout tout tout nous est arrivés.

- Conte-moi donc ça.

- Fiston a envoyé une demande de passeport en juillet. Le bureau des passeports lui a retourné des documents et lui a téléphoné. Chez son père. Qui prend rarement ses messages et son courrier. Quand Fiston a rappelé pour demander ce qui se passait, la dame lui a dit qu’il n’avait jamais fait de demande de passeport. Ils n’ont rien dans son dossier, ni vu ni connu.

- Incompétente! T’aurais dû les appeler, toi.

- Je l’ai fait! Le monsieur m’a dit qu’il ne pouvait pas me parler parce que Fiston a maintenant 18 ans. Alors Fiston a rappelé. Plusieurs fois. Jusqu’à ce qu’il finisse par tomber sur un autre monsieur qui lui a dit que sa demande avait été refusée parce qu’il avait payé par chèque non visé.

- Ils ne lui ont pas retourné sa demande?

- Oui, mais Fiston habitait chez son père qui n’est pas allé chercher son courrier, alors tout est retourné à Passeport Canada qui n’a plus la demande ni les originaux de documents que Fiston avait envoyés.

- Sacrament…

- Alors là j’ai téléphoné pour commander un autre acte de naissance original.

- Pis, tu l’as reçu?

- Non, Fiston a 18 ans. Il m’ont dit qu’il devait venir le chercher lui-même, en personne, dans un bureau de l’État civil à Jonquière.

- Ils lui ont donné?

- Non, parce son adresse permanente est à Chambly. Ils ont donc envoyé l’acte de naissance à Chambly. C’est le règlement, qu’ils ont dit.

- Ben oui, mais ça a pas d’allure! Il a été obligé de revenir à Chambly chercher son acte de naissance pour le ramener à Jonquière pour le joindre à sa demande de passeport?

- Il ne peut pas, il n’a pas le temps de conduire 12 heures aller-retour pour un acte de naissance, il est en examen de fin de session.

- Ah…tu lui as envoyé par la poste?

- Non, parce que Fiston a un problème avec la poste. Il reçoit son courrier avec plusieurs mois de retard parce qu’il y a un mélange dans les numéros d’appartement de son immeuble. Une histoire de fous, et Postes Canada disent qu’ils ne peuvent rien faire.

- C’est pas nouveau!

- Alors c’est Fiston qui m’a envoyé sa demande de passeport remplie. Par poste prioritaire.

- Bon, là tu l’as reçue et tu es allée déposer la demande de passeport?

- Non, je ne l’ai pas reçue. Mais Postes Canada disaient qu’ils l’avaient livrée à mon bureau, et personne ici n’avait vu l’envoi. Je me suis obstinée pendant une semaine avec tout le monde… jusqu’à ce que le père de Fiston s’aperçoive que c’est lui qui avait reçu la lettre depuis une semaine! Fiston s’était trompé d’adresse et Poste Canada n’a même pas pu me dire où ils avaient livré la lettre, même si nous avions un numéro de repérage!

- C’est ça, les fonctionnaires!

- T’étais pas fonctionnaire, toi?

- Justement!

- Toujours est-il que j’ai récupéré les papiers. Et là je me suis aperçue que Fiston n’avait pas signé toutes les feuilles de la demande… Je te le dis, papa, j’étais découragée. J’ai failli me mettre à brailler.

- Je connais ça! Moi aussi, dans le temps! T’as signé à sa place, j’espère!

- Papa! Franchement! Ben non, j’ai demandé à Fiston de remplir et de signer une autre demande. Copine a fait un aller-retour à Jonquière et a rapporté les documetns. Je suis allée attendre Copine à Longueuil, au terminus d’autobus, pour les récupérer.

- Bon, pis il l’as-tu, son passeport, là?

- Non, mais j’ai déposé la demande, et quand le bureau des Passeports m’ont dit qu’ils allaient envoyer le passeport par la poste, j’ai dit NON!!! Je vais aller le récupérer en personne. Mais là il me faut une procuration de Fiston.

- C… que c’est compliqué! Pis le passeport de Fistonne, l’as-tu?

- Je l’attends encore. Imagine-toi donc que je l’ai envoyé par poste prioritaire et qu’il est arrivé au bureau des Passeports avec 10 jours de retard!

- (soupir) Arrête de m’en conter, ça me stresse. Ça va faire deux ans que chuis parti pis je me stresse encore pour vous autres!

- Dis-le donc, que t’aime ça!

- Ben oui, tu l’sais.

 

All set!

Aujourd’hui, c’est le grand jour. Je suis convoquée devant le sous-comité des équivalences de mon ancien ordre professionnel. Je dois le convaincre que je n’ai pas cessé de pratiquer la profession même si j’ai cessé d’être membre et que je n’avais pas les moyens de payer la cotisation. Ma réinscription est une condition implicite de mon nouvel emploi. Je me prépare depuis plusieurs semaines à cette entrevue.

- Pas rien qu’ toi!

Oui, oui, j’emmène mon père, descendu directement de son nuage du paradis pour l’occasion.

- Tu veux que j’leur parle?

- Non, c’est beau papa, je voudrais juste que tu viennes avec moi.

- T’as pas besoin d’aide pour ça, t’es capable de faire ça toute seule. Je le sais que t’es capable.

Il me semble que j’ai déjà vécu ce moment. Ah! Oui, je me rappelle. Décembre 2009. Déjà.

- Viens donc, papa. Ça me tente pas d’y aller toute seule.

- Okay, mais c’est la dernière fois. Je commence à être tannée de descendre ici-bas chaque fois que t’as un problème. C’est quoi c’t’affaire là, sur ton bureau?

- Quelle affaire?

- L’affaire poilue jaune.

- Ah! Ça? Le canard. Fistonne me l’a apporté pour qu’il me donne du courage.

- Y é tu habillé, cout’ donc?

- Oui, elle lui a mis une cravate pour qu’il soit présentable devant le sous-comité.

- T’emmènes pas ça, là?

- Oui Monsieur!

- Ah! Ben, on aura tout vu!

- C’est une idée de Fistonne.

- Ah! Ben, c’t’une bonne idée, d’abord! Es drôle, la p’tite, hein?

- Ça, pour être drôle, elle l’est. Comme son grand-père.

- Bon, c’est pas l’temps de faire des farces, faut y aller. All set?

- All set!

Ne vous inquiétez pas, le canard se cachera dans mon sac pendant l’entrevue.

 

Le footbal pour les nuls

- Allô, c’est moi. Où c’est que t’étais samedi?

Tiens, papa qui m’appelle de son paradis.

- Salut papa. Samedi? Je sais pas… attends, oui, oui, je suis allée voir une partie de football.

- Football? Tu connais pas ça, le football, toi!

- Avant, je ne connaissais pas ça, mais là je suis une pro, tu sauras!

- Qui c’est qui jouait? Pas les enfants, toujours?

- Non, non, notre neveu du côté de Chéri. Il est « botteur » pour son école.

- C’est quoi, ça, « botteur »?

- Tu vois, papa, au football, il y a deux équipes. Ils se mettent en ligne, face à face. Il y un joueur qui cache le ballon entre ses jambes et qui le donne à un autre qui, lui, fait une passe à un troisième joueur. Le troisième, lui, il court jusqu’à ce qu’il traverse la ligne avec le ballon.

- Pis les autres joueurs, ils font rien?

- Oui, oui, les autres se rentrent dedans à toute vitesse et là tout le monde tombe à terre.

- Me semble qu’ils devraient courir après le ballon au lieu de se tirer à terre, non?

- Ben oui, me semble. Je t’avoue que j’ai pas trop compris moi non plus.

- Pis le « botteur », lui, il fait quoi?

- Ah! Ben ça, c’est facile. Quand tout le monde qui est à terre s’est relevé, il essaie de lancer le ballon entre deux poteaux en donnant un coup de pied dessus.

- Ah… c’est tout.

- Ben oui, c’est tout.

- C’est plate, comme jeu. Les jeunes, au lieu de jouer à se faire mal, ils devraient faire de la politique.

- Eh! Bien, c’est pas exclu du tout, tu sais. Savais-tu que le grand-père de Chéri était un proche collaborateur de René Lévesque? Et que le père de mon neveu « botteur » s’intéresse beaucoup à la politique? Ça ne m’étonnerait pas qu’il devienne célèbre, un jour.

- C’est sûrement un bon « botteur », d’abord! Attends que je conte ça à mes chums au paradis! Dire que je manque tout ça…

Tu ne manques rien, papa, je passe mon temps à te raconter nos vies dans mon cœur.

ouch!

 

Lettre à R.

J’ai pensé à toi un million de fois depuis que nous ne sommes plus collègues. Je suis partie exercer les mêmes fonctions que toi, mais ailleurs, et les mots que tu as écris dans la « carte d’au revoir » me sont revenus encore et encore : « Maintenant tu prendras toutes les décisions. » Depuis, j’ai pensé à ces mots chaque fois que j’ai dû faire un choix entre deux termes. J’ai pensé à toi un million de fois, à toi quand tu te moquais gentiment, et ça m’a fait rire. Maintenant, depuis que j’ai reçu le courriel, je reçois un coup en plein ventre quand je pense à toi. Maintenant que je sais que tu as une tumeur au cerveau. Je ne trouve plus ça drôle.

Je n’ai pas rencontré souvent de personne aussi gentille que toi. Aussi calme. Je me suis dit, un soir où on travaillait tard au bureau, avec deux autres collègues, qu’à être si gentil tu devais parfois bouillir en dedans. Et quand j’ai appris que tu étais à l’hôpital, je me suis demandé à quoi ça sert de passer sa vie à être gentil si le cancer frappe (et refrappe, dans ton cas) quand même. Si ça ne l’éloigne pas. C’est une terrible maladie. Une maladie qui fait me vraiment peur.

Et puis soudain, j’ai compris. Quand j’ai compté tous ces gens qui pensent à toi et qui, chacun à sa manière, prient pour que tu guérisses rapidement, j’ai compris. Quand j’ai senti toute la tristesse dans les mots d’autant de tes collègues, anciens collègues, amis, j’ai compris. J’ai compris à quoi ça sert d’être gentil.

Être gentil, ça sert à recevoir plein d’affection quand on traverse une grosse épreuve. Je ne sais pas si tu le sens, mais on est beaucoup à lutter avec toi dans nos cœurs. Ça ne peut pas faire autrement que t’aider à
« passer au travers ». Ça ne peut pas faire autrement, je le sens.

Guéris vite, s’il te plaît. Nous on ne bouge pas, on t’attend.