- Je te dis que je me suis embarquée dans quelque chose, là.
- Qu’est-ce qui se passe encore?
Tiens, mon papa descendu de son nuage pour placoter avec moi.
- Je travaille vraiment fort.
- Ouais, pis? Dis-moi pas que tu vas te plaindre de travailler?
- Ben là, c’est beaucoup.
- À cheval donné…
- On regarde pas la bride, j’le sais! Mais j’avais rien demandé, moi.
- Aie, commence pas. Tu te plaignais de pas aimer ta job, je t’en ai trouvée une autre, pis tu te plains encore.
- J’me plains pas, je constate.
- Ouais, moi aussi je constate. Je constate que t’es jamais contente.
- Ah! Ben… c’est pas vrai, ça. Je suis TRÈS contente de mon nouveau travail.
- De quoi tu t’plains, d’abord?
- J’aimerais ça avoir une petite journée de congé, des fois. Le dimanche, par exemple. Sept jours semaines, ces temps-ci…
- Ben c’est ça. Ça veut plus d’argent, mais ça veut pas travailler pour.
- Sais-tu, papa, retourne donc sur ton nuage.
- Ça demande mon aide, mais ça veut pas que je donne mon avis. Avoir su, je serais resté en haut, j’étais bien, moi! En bas, on gèle, il y a de la sluch, un vrai temps de fou. Dans mon temps…
- Oui, on le sait, dans ton temps, c’était pas mal mieux.
- Oui Madame. C’était l’hiver en hiver, pis l’été en été. On avait des méchants bancs de neige, ma tit’ fille!
- Tu m’as pas raconté qu’une fois vous étiez allés à la messe de minuit en souliers?
- Ben oui! Pis pendant la messe, ça s’était mis à tomber, on en avait eu toute une! Après la messe, l’grand-père avait envoyé Léo pis Gaston chercher la voiture pis atteler pour ramener les femmes! Annette, Georgette, Fernande, y étaient toutes en p’tits souliers dans la neige, imagine-toi donc! C’était beau de voir ça en sortant de l’église de Lorretteville! Ah! Ah! Ah!
- C’était pas mieux dans ton temps.
- Ben en tous cas, on avait plus de fun.
- Moi aussi, quand j’étais p’tite, y avait plus de neige, tu sauras. Je l’ai connu, ce temps-là.
- Ah! Ben oui. C’est vrai que t’es pu jeune jeune. Mais nous autres, chez l’grand-père, on n’avait rien que la radio, pas de télévision. Pis on t’avait un fun noir.
- Chez nous il y avait la télévision, mais c’est mon père qui décidait ce qu’on regardait!
- Ah! Ben… pauvre p’tite fille! J’décidais pas grand chose, j’tais jamais là.
- Ben non, t’étais pris quelque part dans un banc de neige!
- Aie t’en souviens-tu d’la grosse tempête de 71? J’étais parti le lundi matin pis j’étais pas rendu au bout de la rue! C’est Archambeault pis l’autre voisin qui étaient venus me déprendre!
- Oui, on avait fait un fort dans le rond-point. Ça c’était dangereux!
- Ouais, ben dans ce temps-là, on l’savait pas. Y a ben des affaires qu’on savait pas. C’tait pas comme aujourd’hui.
- Donc c’est mieux aujourd’hui.
- C’était peut-être ben pas mieux dans mon temps, mais se stressait moins avec des niaiseries.
- Ben oui. Pis personne se plaignait de son travail.
- On avait pas le temps. Pis j’te dis que pendant la crise, ceux qui travaillaient étaient ben contents!
- Tsé papa, je l’aime, mon nouveau travail. Vraiment. Je suis juste un peu fatiguée cette semaine.
- Plains-toi pas, ma p’tite fille.
- Okay, papa. T’as raison.
- Bon, ben je te laisse, on a une partie de cartes en haut. Pis je reçois à souper. Je reviendrai faire un tour. Embrasse les enfants.
Promis. Merci d’être passé dans ma vie et de m’avoir laissé tous ces souvenirs. J’entends encore ton rire dans ma tête, tu sais.