Archives pour la catégorie ‘La Mère poule au travail’

Dans l’autobus

Assise dans l’autobus, j’essaie de me concentrer sur ma lecture pour oublier mon « horrrrrrrrrrrrible » mal de dos, accentué par les travaux routiers et les nids de poule. Un gars et une fille placotent derrière moi.

Lui : T’as passé une belle fin de semaine?
Elle : Vraiment pas.

Vite comme ça, je gagerais sur les SPM.

Lui : Ah.
Elle : J’ai pleuré ma vie.
Lui : Ah.

De toutes évidences, il préfèrerait être ailleurs.

Elle : C’était ma fête.
Lui : Ah.
Elle : J’ai réalisé que je serais plus jamais un « tit cul ».

Ah! Mon doux, la pauvre, elle a sûrement mon âge…

Lui : Comment ça?
Elle : Je suis maintenant une vieille mama.

Ben là, franchement. C’est quoi, ça, une vieille mama?

Lui : Ben voyons donc, t’as quel âge?
Elle : 27 ans.

Je me retiens pour ne pas éclater de rire. Quel bel âge, 27 ans!

Lui : T’es toute jeune, voyons.
Elle : Non, vraiment pas. J’ai réalisé que presque la moitié de ma vie a passé depuis que j’ai commencé à boire de la bière.

C’est quoi, cette conversation?

Lui : T’as commencé à boire à 14 ans?

C’est pas un peu jeune, 14 ans?

Elle : Ouais. Là il faut que j’arrête de fumer. J’essaie d’être enceinte, tu comprends.

Non il ne comprend sûrement pas. La vie est dure, à 27 ans, quand même. Pas de blague, là, je suis contente d’avoir presque 50 ans, finalement. Bon okay, je suis un peu contente. Bon, presque contente. Sauf pour le mal de dos.

 

La maman de Viviane

Il y a quelques années, le bureau où je travaille a engagé un gentil traducteur. Le gentil traducteur tomba amoureux d’une gentille fille qui travaillait au service du marketing. Ils achetèrent une maison dans je-ne-sais-pas-quelle banlieue, pas trop loin de Montréal (quoi qu’en ce moment, avec les travaux et les manifestations, toutes les banlieues sont loin de Montréal), et eurent une jolie petite fille, blonde comme sa maman, qui est maintenant âgée de deux ans. L’hiver dernier, le gentil traducteur nous a annoncé qu’un deuxième petit bébé était en route et tout le monde était content. Il y a tellement d’espoir, dans une grossesse. Puis il y a eu l’échographie : une autre belle fille était en route. Le papa et la maman étaient très contents et nous tous avec eux. Puis un beau matin, le gentil traducteur quitta le bureau en catastrophe. On venait de diagnostiquer à sa blonde un cancer du sein. La chimiothérapie a commencé. Trois semaines après la naissance de Viviane, ce sera la radiothérapie.

Au bureau, tout le monde a peur et a de la peine. Mais sûrement pas autant que les futurs parents. Le gentil traducteur a demandé si on voulait former une équipe de coureurs pour la Course à la vie CIBC de la Fondation canadienne du cancer du sein. On a tous dit oui. C’est une course de 5 kilomètres qui aura lieu le 30 septembre, au parc Maisonneuve. Notre équipe s’appelle les « Coureurs du dimanche » (ben quoi, c’est mieux que « Les pieds plats » qui a d’abord été suggéré!) J’ai déjà ramassé 185 $ et je m’entraîne quelques soirs par semaine. Quand je suis fatiguée, je me dis que je le suis moins que tous ces gens qui ont le cancer, et ça me donne l’énergie de continuer.

Vous pouvez faire un don, vous joindre à notre équipe ou prendre des nouvelles de la maman de Viviane en cliquant ici.

Et venez nous encourager au parc Maisonneuve! Zed et moi, on court déjà 2,5 kilomètres!

 

La Porsche

Hier, en traversant à pied la rue Cathcart, au coin de McGill College, j’ai failli me faire frapper par une Porsche. Non, c’est vrai, je l’ai évitée de justesse. J’ai ensuite longé la rue Cathcart pour me rendre à la librairie et, quelle surprise, la Porsche était garée juste là. Le conducteur était en train de payer à la borne, sur le trottoir. Je me suis approchée de lui, j’ai attendu qu’il ait fini et, dès qu’il s’est retourné je lui ai demandé :

- C’est à vous, la Porsche?

- Oui…

- Belle voiture!

- Merci.

- Par contre, on ne voit rien quand on est assis là-dedans, non?

- Comment ça?

- Ben vous venez tout juste de passer à deux poils de frapper une p’tite grosse avec une tuque bleu pâle. Ça aurait fait une méchante bosse sur votre belle Porsche! Moi, si j’avais une belle voiture comme celle-là, je ferais attention!

Okay, allez, soyez honnête. Qui a cru que j’avais vraiment accosté le propriétaire de la Porsche?

Bien voyons donc, je n’aurais jamais fait ça!

 

À cheval donné…

- Je te dis que je me suis embarquée dans quelque chose, là.

- Qu’est-ce qui se passe encore?

Tiens, mon papa descendu de son nuage pour placoter avec moi.

- Je travaille vraiment fort.

- Ouais, pis? Dis-moi pas que tu vas te plaindre de travailler?

- Ben là, c’est beaucoup.

- À cheval donné…

- On regarde pas la bride, j’le sais! Mais j’avais rien demandé, moi.

- Aie, commence pas. Tu te plaignais de pas aimer ta job, je t’en ai trouvée une autre, pis tu te plains encore.

- J’me plains pas, je constate.

- Ouais, moi aussi je constate. Je constate que t’es jamais contente.

- Ah! Ben… c’est pas vrai, ça. Je suis TRÈS contente de mon nouveau travail.

- De quoi tu t’plains, d’abord?

- J’aimerais ça avoir une petite journée de congé, des fois. Le dimanche, par exemple. Sept jours semaines, ces temps-ci…

- Ben c’est ça. Ça veut plus d’argent, mais ça veut pas travailler pour.

- Sais-tu, papa, retourne donc sur ton nuage.

- Ça demande mon aide, mais ça veut pas que je donne mon avis. Avoir su, je serais resté en haut, j’étais bien, moi! En bas, on gèle, il y a de la sluch, un vrai temps de fou. Dans mon temps…

- Oui, on le sait, dans ton temps, c’était pas mal mieux.

- Oui Madame. C’était l’hiver en hiver, pis l’été en été. On avait des méchants bancs de neige, ma tit’ fille!

- Tu m’as pas raconté qu’une fois vous étiez allés à la messe de minuit en souliers?

- Ben oui! Pis pendant la messe, ça s’était mis à tomber, on en avait eu toute une! Après la messe, l’grand-père avait envoyé Léo pis Gaston chercher la voiture pis atteler pour ramener les femmes! Annette, Georgette, Fernande, y étaient toutes en p’tits souliers dans la neige, imagine-toi donc! C’était beau de voir ça en sortant de l’église de Lorretteville! Ah! Ah! Ah!

- C’était pas mieux dans ton temps.

- Ben en tous cas, on avait plus de fun.

- Moi aussi, quand j’étais p’tite, y avait plus de neige, tu sauras. Je l’ai connu, ce temps-là.

- Ah! Ben oui. C’est vrai que t’es pu jeune jeune. Mais nous autres, chez l’grand-père, on n’avait rien que la radio, pas de télévision. Pis on t’avait un fun noir.

- Chez nous il y avait la télévision, mais c’est mon père qui décidait ce qu’on regardait!

- Ah! Ben… pauvre p’tite fille! J’décidais pas grand chose, j’tais jamais là.

- Ben non, t’étais pris quelque part dans un banc de neige!

- Aie t’en souviens-tu d’la grosse tempête de 71? J’étais parti le lundi matin pis j’étais pas rendu au bout de la rue! C’est Archambeault pis l’autre voisin qui étaient venus me déprendre!

- Oui, on avait fait un fort dans le rond-point. Ça c’était dangereux!

- Ouais, ben dans ce temps-là, on l’savait pas. Y a ben des affaires qu’on savait pas. C’tait pas comme aujourd’hui.

- Donc c’est mieux aujourd’hui.

- C’était peut-être ben pas mieux dans mon temps, mais se stressait moins avec des niaiseries.

- Ben oui. Pis personne se plaignait de son travail.

- On avait pas le temps. Pis j’te dis que pendant la crise, ceux qui travaillaient étaient ben contents!

- Tsé papa, je l’aime, mon nouveau travail. Vraiment. Je suis juste un peu fatiguée cette semaine.

- Plains-toi pas, ma p’tite fille.

- Okay, papa. T’as raison.

- Bon, ben je te laisse, on a une partie de cartes en haut. Pis je reçois à souper. Je reviendrai faire un tour. Embrasse les enfants.

Promis. Merci d’être passé dans ma vie et de m’avoir laissé tous ces souvenirs. J’entends encore ton rire dans ma tête, tu sais.