Archives pour la catégorie ‘Chroniques - La Mère poule et ses poids plumes’

Ma fête sans toi

- Ouin, ça a l’air que t’as fêté ta fête dans l’Sud, cette année?

- Ben oui. Avec Chéri et les enfants. Et Copine.

- Copine aussi?

- Oui. Elle fait partie de la famille, tu sais. Je suis contente que tu l’aies connue avant de mourir.

- Ben oui. C’t’une bonne tite fille.

- Tu dis ça parce qu’elle riait de tes blagues plates?

- Arrête donc. Pis, ça a tu ben été?

- Oui, j’ai eu toute une soirée. T’aurais dû voir ça.

- Conte-moi ça!

- Le matin on avait essayé de réserver un restaurant à la carte, mais il était trop tard alors nous sommes allés au buffet. Ce que je ne savais pas, c’est que, la veille, Chéri avait parlé à un des serveurs. Alors quand nous sommes arrivés, Roberto nous a tout de suite conduit à la plus belle table, au bord de la mer. C’était magique. Après le souper, tous les serveurs sont arrivés à notre table en chantant « Happy Birthday chica », avec un gâteau confectionné juste pour moi! Puis ils m’ont tous fait un câlin, et à un moment donné j’ai réalisé que chacun se remettait en ligne pour me donner une autre accolade et là j’ai été prise d’un fou rire incontrôlable. Eh! qu’on a ri ! Les serveurs apportaient toutes sortes de drinks, même Fistonne en a eu un, des drinks qu’on ne connaissait pas…

- Tu bois pas!

- Je le sais, c’est pour ça qu’on ne les connaissait pas. Il y en avait un que Roberto avait créé à l’époque où il était barman et pour lequel il avait gagné un prix. Un drink qui racontait l’histoire d’une fille qui voulait se marier et qui avait fini égorgée sur une roche, je ne sais plus…

- C’est joyeux, comme histoire…!

- En tous cas, ça a été une vraiment belle soirée. J’ai adoré.

- Les enfants ont pas pris un « coup », toujours? Arrange-toi pas pour qu’ils retiennent de moi, là!

- Bon non, voyons papa, il y avait très peu d’alcool dans les verres. T’inquiète pas. Et puis à un moment donné Roberto a servi à Chéri un mélange bleu avec un bâton lumineux. Tout le monde en voulait un pareil, aux autres tables, et Roberto a passé la soirée à expliquer qu’il n’avait plus de bâton lumineux, qu’il avait fait un spécial pour ma fête et c’était très drôle.

- Bon, j’ai manqué ça.

- Pas vraiment. J’ai pensé à toi toute la soirée. C’était la deuxième fois seulement, en 48 ans, que je fêtais mon anniversaire sans toi.

- Joe, commence moi pas ça, là.

- Ben non, papa, c’était correct. On a beaucoup ri.

- Il faut rire. Je veux pas que tu pleures pour moi.

T’es plus là pour m’en empêcher, papa. Mais je te jure que je ris plus souvent que je pleure, quand je pense à toi.

 

À cheval donné…

- Je te dis que je me suis embarquée dans quelque chose, là.

- Qu’est-ce qui se passe encore?

Tiens, mon papa descendu de son nuage pour placoter avec moi.

- Je travaille vraiment fort.

- Ouais, pis? Dis-moi pas que tu vas te plaindre de travailler?

- Ben là, c’est beaucoup.

- À cheval donné…

- On regarde pas la bride, j’le sais! Mais j’avais rien demandé, moi.

- Aie, commence pas. Tu te plaignais de pas aimer ta job, je t’en ai trouvée une autre, pis tu te plains encore.

- J’me plains pas, je constate.

- Ouais, moi aussi je constate. Je constate que t’es jamais contente.

- Ah! Ben… c’est pas vrai, ça. Je suis TRÈS contente de mon nouveau travail.

- De quoi tu t’plains, d’abord?

- J’aimerais ça avoir une petite journée de congé, des fois. Le dimanche, par exemple. Sept jours semaines, ces temps-ci…

- Ben c’est ça. Ça veut plus d’argent, mais ça veut pas travailler pour.

- Sais-tu, papa, retourne donc sur ton nuage.

- Ça demande mon aide, mais ça veut pas que je donne mon avis. Avoir su, je serais resté en haut, j’étais bien, moi! En bas, on gèle, il y a de la sluch, un vrai temps de fou. Dans mon temps…

- Oui, on le sait, dans ton temps, c’était pas mal mieux.

- Oui Madame. C’était l’hiver en hiver, pis l’été en été. On avait des méchants bancs de neige, ma tit’ fille!

- Tu m’as pas raconté qu’une fois vous étiez allés à la messe de minuit en souliers?

- Ben oui! Pis pendant la messe, ça s’était mis à tomber, on en avait eu toute une! Après la messe, l’grand-père avait envoyé Léo pis Gaston chercher la voiture pis atteler pour ramener les femmes! Annette, Georgette, Fernande, y étaient toutes en p’tits souliers dans la neige, imagine-toi donc! C’était beau de voir ça en sortant de l’église de Lorretteville! Ah! Ah! Ah!

- C’était pas mieux dans ton temps.

- Ben en tous cas, on avait plus de fun.

- Moi aussi, quand j’étais p’tite, y avait plus de neige, tu sauras. Je l’ai connu, ce temps-là.

- Ah! Ben oui. C’est vrai que t’es pu jeune jeune. Mais nous autres, chez l’grand-père, on n’avait rien que la radio, pas de télévision. Pis on t’avait un fun noir.

- Chez nous il y avait la télévision, mais c’est mon père qui décidait ce qu’on regardait!

- Ah! Ben… pauvre p’tite fille! J’décidais pas grand chose, j’tais jamais là.

- Ben non, t’étais pris quelque part dans un banc de neige!

- Aie t’en souviens-tu d’la grosse tempête de 71? J’étais parti le lundi matin pis j’étais pas rendu au bout de la rue! C’est Archambeault pis l’autre voisin qui étaient venus me déprendre!

- Oui, on avait fait un fort dans le rond-point. Ça c’était dangereux!

- Ouais, ben dans ce temps-là, on l’savait pas. Y a ben des affaires qu’on savait pas. C’tait pas comme aujourd’hui.

- Donc c’est mieux aujourd’hui.

- C’était peut-être ben pas mieux dans mon temps, mais se stressait moins avec des niaiseries.

- Ben oui. Pis personne se plaignait de son travail.

- On avait pas le temps. Pis j’te dis que pendant la crise, ceux qui travaillaient étaient ben contents!

- Tsé papa, je l’aime, mon nouveau travail. Vraiment. Je suis juste un peu fatiguée cette semaine.

- Plains-toi pas, ma p’tite fille.

- Okay, papa. T’as raison.

- Bon, ben je te laisse, on a une partie de cartes en haut. Pis je reçois à souper. Je reviendrai faire un tour. Embrasse les enfants.

Promis. Merci d’être passé dans ma vie et de m’avoir laissé tous ces souvenirs. J’entends encore ton rire dans ma tête, tu sais.

 

sourire

Il est assez tard. Comme tous les soirs depuis deux semaines, j’ai rapporté du travail à la maison. Je bûche sur mon texte, les pieds appuyés sur le chien qui ronfle. Qu’est-ce que je donnerais pour être enfin dans mon lit!

Fistonne monte l’escalier et me lance un de ces regards dont elle seule a le secret depuis quelques mois.

- Tu penses pas qu’il serait temps que tu défasses le sapin de Noël?

Je réussis à sourire et à hocher la tête de droite à gauche. Je n’ai même pas envie de me fâcher. Dans mon cœur, je lui réponds que quand je serai une vieille dame et qu’elle trimera dur pour payer les comptes, les vacances en famille, les broches et les études de ses enfants, ça me fera plaisir d’aller défaire son arbre de Noël pour lui donner un peu de répit.

Je t’aime, ma petite Fistonne. Et même quand tu fais tout pour le cacher, je sais que tu m’aimes.

 

Disparition

Bon. Ça y est. Le sous-comité des équivalences a rendu sa décision. Ils vont me réinscrire au Tableau de l’Ordre du Barreau du Québec (merci papa et le canard) dès que j’ai terminé la lecture des 12 volumes de la collection du Barreau du Québec, « dirigée », par un avocat membre du Barreau depuis au moins 10 ans sans dossier disciplinaire. Pour chaque livre d’environ 400 pages en moyenne, je dois rencontrer pendant au moins une heure un avocat qui « dirigera » ma lecture.

Un ex-collègue avocat m’a demandé si « diriger » ma lecture signifie qu’il pointera du doigt un passage du livre pour que je le lise à haute voix. Petit comique. J’aimerais bien, mais non. Comme la responsable au Barreau persiste à ne pas me rappeler, je ne sais pas exactement ce que veut dire « diriger », sauf que j’imagine qu’on souhaite que l’avocat qui se considère honnête, intègre et digne de confiance vérifie si j’ai bien fait mes lectures et y ajoute sa touche personnelle.

J’ai déjà trouvé quelques avocats disposés à diriger mes lectures en Éthique, déontologie et pratique professionnelle, en Contrats, sûretés, publicité des droits et droit international privé et en Droit du travail. Il me manque des tuteurs pour :

Volume 2 – Preuve et procédure;
Volume 3 – Personnes, famille et successions;
Volume 4 – Responsabilité;
Volume 5 – Obligations et contrats;
Volume 7 – Droit public et administratif;
Volume 9 – Entreprises et sociétés;
Volume 10 – États-financiers et fiscalité corporative;
Volume 11 – Droit pénal : Procédure et preuve;
Volume 12 – Droit pénal : Infractions, moyens de défense et peine.

Je suis une élève sérieuse (même si j’ai parfois du mal à garder mon sérieux) qui fais toutes ses lectures (oui, oui, j’ai même apporté le volume 1 en vacances pour le lire sur la plage!) et je suis un excellent public pour l’avocat qui voudra profiter de l’occasion pour se vanter de ses plus belles réussites après avoir dirigé ma lecture.

Des volontaires?

- Moi, mes amis avocats sont tous morts.

Tiens, papa qui vient me parler dans ma tête.

- C’est pas grave, papa, je trouverai bien. J’ai quelques connaissances.

- Ton ami Alain, l’avocat, celui qui était venu passer une fin de semaine, là, il t’aiderait pas?

- J’y ai pensé, mais il semble être disparu.

- Comment ça, disparu?

- Son cabinet m’a dit qu’il avait quitté l’an dernier.

- Vérifie au Barreau, ils vont te dire où il est rendu.

- Justement! Il n’est plus inscrit au Barreau. J’ai cherché sur Internet, je n’ai rien trouvé. On dirait qu’il a disparu de la Terre.

- Demande à Émile.

- Disparu lui aussi!

- Moi je les ai pas vus ici, en tous cas. Il sont sûrement encore avec vous autres.

- J’espère bien!

Ils sont peut-être en sabbatique… à l’étranger… j’imagine. Enfin, j’espère…You! Hou! Alain! Émile? Où êtes-vous???