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Le plus fort, c’est mon père!

Bonne fête des pères à tous les papas! Prenez soin de vous, surtout, vous êtes importants du premier au dernier jour.

Oui, je sais, votre « ex » passe son temps à vous critiquer et à vous dire que vous n’êtes pas un bon père. Rappelez-vous, au fond, que c’est au chum que vous avez été qu’elle parle, quand elle dit ça. Vous n’êtes pas son père. Demandez donc plutôt à vos enfants ce qu’ils en pensent. Ils vous diront : « Le plus fort, c’est mon père ».

Vous avez vos défauts, c’est bien sûr. Vous n’êtes pas parfait non plus. Mais vous êtes tout au long de votre vie le phare qui leur sert de guide. Même si vous avez parfois l’impression qu’ils prennent la mauvaise voie.

Aujourd’hui, le numéro de téléphone de mon père me trotte dans la tête. À l’heure qu’il est, il serait probablement revenu de prendre son café au centre commercial, avec ses « chums », comme il disait. Je lui téléphonerais. Je lui raconterais que Fistonne achève ses examens de fin d’année. Il lui reste Espagnol et Sciences. « Dis-lui que c’est important, les études, pis que grand-papa est sûr que ça va ben aller », répondrait-il. Je lui dirais que Fiston a égaré son téléphone cellulaire. « Y a-tu regardé dans son siège de char pis dans ses poches de culotte? » demanderait-il. « Je vas mettre Fernande là-dessus » ajouterait-il probablement. Fernande était sa tante. Elle a pris soin de lui au décès de sa mère (il n’avait que 9 mois), de moi quand la mienne était malade, et j’ai habité avec elle quand j’étudiais au cégep. Je me souviens encore de son numéro de téléphone. Elle faisait un délicieux « gâteau manqué » pour faire plaisir à mon père. C’est lui qui a pris soin d’elle la dernière fois qu’elle a été hospitalisée. Elle a été pour lui une mère et pour moi une grand-mère, mais elle disait toujours qu’elle m’aimait comme sa fille, et ces mots d’amour me faisaient du bien, même quand je suis devenue adulte. Quand je lui ai présenté Chéri, elle lui a bien recommandé d’être gentil avec moi. Sérieux, il aurait trouvé Fernande sur son chemin s’il ne l’avait pas été. À moi, elle avait dit que c’était un gars gentil, qu’elle le sentait. C’était important pour elle de savoir que j’étais heureuse.

Fernande et moi

Mon père était loin d’être parfait. Mais après qu’il a pris sa retraite, surtout, il a été très présent pour moi et pour les enfants. Et ce sont ces souvenirs que je chéris encore et qui me font dire aujourd’hui que c’est important, un papa. Toute la vie, même quand on est grands.

Joyeuse fête des pères à tous les papas! Vous comptez beaucoup pour vos enfants.

Et bonne fête à toi, mon papa, où que tu sois. Une copine à moi a écrit sur Facebook qu’elle espère que son père passe la journée d’aujourd’hui à jouer au golf, dans son paradis. Moi je te souhaite, dans ton paradis, un gros steak sur le barbecue, au bord d’une piscine, et plein de monde autour de toi, comme tu aimais.

Joe xxx

 

À couper au couteau

Fistonne et Chéri discutent de rénovations de l’autre côté du comptoir. Fistonne veut savoir si on peut déplacer la lumière de la future chambre de télévision/chambre d’amis.

Je suis en train de remplir le lave-vaisselle, de mon côté du comptoir.

- Qu’est-ce qu’il y a? me demande tout-à-coup Fistonne.

Je réalise que je fixe le couteau à viande que je tiens dans la main. Je dois avoir l’air d’un assassin, parce que Chéri se moque :

- C’est pas moi, c’est pas moi! J’ai rien fait, je le jure!

- Ben non, je pensais juste à quelque chose.

- Quoi? demande Fistonne.

- Je ne le dis pas, vous allez rire de moi.

- Okay, dit Chéri.

- Non, réplique Fistonne, moi je veux savoir. Je ne rirai pas, promis.

- Bien, tu vois, ils ont prévu des coches sur le manche du couteau pour placer le pouce et l’index quand on coupe la viande, et je me disais qu’en coupant le roasbif, tantôt, j’ai posé les doigts au même endroit que grand-papa quand il coupait le sien.

Chéri sourit. C’est vrai, c’est comme ça. Je suis à pleins pieds dans ma vie, je ne pense à rien et puis, soudain, il me revient un souvenir de mon père qui me sort de mon univers et me ramène dans le passé. Juste un moment. Mais chargé d’émotions. Des fois ça me rend triste. D’autres fois, ça me fait rire. Comme la fois où je cherchais une photo et que je suis tombée sur cette image ridicule de mon père, sur la plage, avec son chapeau trop petit, son maillot trop long et son t-shirt trop grand. Ça m’a rappelé quand il était venu se baigner à la maison à sa fête, le dernier été. Il était tout fier de son nouveau maillot de bain. Rouge Sauf que dès qu’il a plongé dans l’eau, des têtes de mort noires sont apparues dans le tissu du maillot. Il était tout insulté, et les enfants avaient tellement ri!

 

Les chaudrons verts

Ce jour-là, j’étais allée chez mon père pour l’aider à faire le gâteau du jour de l’An.

- Joe, viens voir les nouveaux chaudrons que je me suis achetés.

- Ils sont verts?

- Ben quoi?

- T’aurais dû les acheter bleus.

- Que t’es haïssable. Tu t’en achèteras des bleus si tu veux, mais moi je voulais des verts.

- Je m’en achèterai pas des bleus ni des verts, ça coûte les yeux de la tête des chaudrons de même.

- Tu les prendras quand je serai mort.

- Ah! non, moi je veux pas hériter de chaudrons verts!

- Que t’es haïssable. À cheval donné, on regarde pas la bride, ma ‘tite fille.

Tantôt, quand je faisais le souper dans tes chaudrons verts, je me suis dit que tu devais bien rire de moi, dans ton paradis.

Depuis que t’es parti, plus personne ne m’aime inconditionnellement. Mais t’inquiète pas, je te promets que je vais m’y habituer. Il reste tout plein de gens qui m’aiment tout court.

 

Cousines

Marie et Carie sont mes cousines.

Marie est la fille de la sœur de ma mère. La première fois que je l’ai vue, elle avait quatre ans, moi 12 ans. Elle me suivait partout, elle voulait que je lui apprenne à tricoter. Je la prenais par la main pour l’emmener dans le fleuve à Sainte-Flavie. Une douzaine d’années plus tard, j’ai téléphoné chez elle pour transmettre un message à sa mère, ma tante Mi, de la part de la mienne. Ma tante Mi était absente et c’est Marie qui a répondu au téléphone. Je l’ai aimée tout de suite. Elle me parlait et j’avais l’impression de la reconnaître, comme si elle avait toujours fait partie de ma vie.

Elle a le sourire de ma grand-mère maternelle.

Ma grand-mère maternelle

J’ai revu Marie à des funérailles. Elle est venue chez moi, une fois. Elle a eu des jumeaux. Je la vois très peu, mais quand on se parle, c’est comme si on s’était vues la veille. C’est magique.

Carie est la fille du frère de mon père. La première fois que je l’ai vue, elle avait une vingtaine d’années. Je venais d’avoir 46 ans. Nous étions au salon funéraire pour mon père. Elle est venue vers moi. Je l’ai aimée tout de suite. Elle me parlait et j’avais l’impression de la reconnaître, comme si elle avait toujours fait partie de ma vie.

Elle a le sourire de ma grand-mère paternelle.

Ma grand-mère paternelle

Je me demande si elle aura des jumeaux. Je la vois très peu, mais quand on se parle, c’est comme si on s’étaient vues la veille. C’est magique.

L’autre lien entre nous trois, c’est la maladie. Marie est greffée du rein. Deux fois. Carie est diabétique. Comme moi. Je me suis demandé si c’est de là que vient notre lien. Peut-être pas. Mais aucune de nous n’a connu l’insouciance de la jeunesse, partir quelque part sans savoir où, prendre des risques, ne penser qu’au présent. Ça, aucune de nous n’a pu le faire. Nous avons été des adolescentes responsables. Un peu trop, peut-être, mais ce n’est pas dramatique. Nous sommes loin d’être les seules. Et aucune de nous trois ne s’apitoie sur son sort.

Peut-être que notre lien vient d’ailleurs. De gènes qui se reconnaissent. Ou d’un ange, quelque part, qui rapprocherait les cousines qui se ressemblent de l’intérieur. Ou bien d’un tour de passe-passe du cerveau qui envoie des messages quand il rencontre des gens qui portent les mêmes couleurs, dans leur cœur. Je ne sais pas. Il y a quelque chose, quand même, de fascinant, à « reconnaître » quelqu’un qu’on voit pour la première fois. C’est une si jolie magie. Un si beau cadeau de la vie.