Archives pour la catégorie ‘Au revoir et merci papa!’

Le retour de Madame X

Je dois (encore!) téléphoner à la compagnie d’assurance vie de mon père qui ne m’a pas envoyé l’indemnité promise.

Je leur ai téléphoné une première fois, et ils m’ont communiqué le numéro de toutes les polices d’assurance et envoyé les demandes à remplir et à retourner avec une attestation de décès. Je leur ai téléphoné une deuxième fois pour demander quand je pouvais espérer une réponse.

- Toutes mes sympathies, Madame, nous ne savions pas que Monsieur votre père était décédé.

- Mais oui, vous le saviez, vous m’avez même envoyé des documents à remplir. Et, en plus, vous m’avez rappelée pour me demander le numéro d’assurance sociale de la bénéficiaire d’un autre défunt portant le même nom que mon père.

- Non, non, euh… je n’ai rien au dossier. Vous avez dû les envoyer au mauvais endroit.

- J’ai utilisé l’enveloppe-réponse.

- Non, non, euh… nous n’avons rien reçu. Je vais devoir vous envoyer une nouvelle demande.

J’ai reçu la nouvelle demande hier. Le nom de la bénéficiaire : Madame X. Tiens donc, quelle surprise… J’ai donc rappelé à la compagnie en question pour leur dire qu’ils se sont encore mêlés, que Madame X est bénéficiaire d’une autre police, et non de la police XYZ de mon père.

- Toutes mes sympathies, Madame, nous ne savions pas que Monsieur votre père était décédé.

Pincez-moi quelqu’un! À moins que… Et si, au lieu d’avoir attribué la mauvaise bénéficiaire à la police de mon père, on lui avait attribué la mauvaise police… Ça expliquerait pourquoi le dossier n’indique rien sur le décès. L’autre monsieur est peut-être toujours vivant?

- Écoutez, vous m’avez donné ce numéro de police en me disant qu’elle appartenait à mon père et que je devais remplir une demande d’indemnité de décès, et moi je vous appelle sans arrêt et vous ne semblez au courant de rien. Vous êtes sûr que vous m’avez donné le bon numéro de police?

- non, non, euh… Monsieur votre père est-il né le 16 avril 1942 et est-il le conjoint de Madame X?

- Il est né le 3 juillet 1937 et s’il avait une conjointe, je n’étais pas au courant.

- non, non, euh… c’est probablement une simple erreur de notre part. Tiens, je vois ici une dame V. au dossier, qui voulait une copie de la désignation de bénéficiaire. Je me demande qui c’est.

- Ça je peux vous aider. Devinez : dame V. travaille chez vous. C’est elle qui cherchait le numéro d’assurance sociale de Madame X. C’est le bordel, cette affaire-là.

- Non, non, euh… c’est une simple erreur.

Une simple erreur? La bonne nouvelle, c’est qu’au moins je n’aurai plus besoin de les rappeler!!!

- Pouvez-vous m’expliquer comment vous avez pu faire cette simple erreur à l’ère de la confidentialité absolue, où les clients ne sont plus reconnus par leur nom mais par leur numéro de ceci et numéro de cela. Parce que si j’ai bien compris, le seul point en commun de vos deux clients, c’est leur nom. Vous n’avez pas de politique de confidentialité?

- Non, non, euh… c’est un peu étonnant.

- C’est le moins qu’on puisse dire.

Bonne chance dans votre carrière, Monsieur non-non, et j’espère que vous n’avez pas envoyé vos condoléances à Madame X!

 

Cuisinons avec papa

Papa avait promis de m’apprendre à faire un jambon avant Pâques. Ce sera Pâques dans deux semaines. J’ai acheté un jambon et trouvé une recette pas trop compliquée.

T’es prêt, papa? On commence!

Faire mariner un jambon de 1,5 kg dans… oups! le mien pèse 4,5 kg… Papa, au secours! Bof, je n’ai qu’à tripler la recette. Trois bières, trois oignons, trois carottes, 1 ½ tasse de sirop d’érable, 13 cuillerées à soupe de mélasse, sel et poivre, facile! Mariner? ah? oui, okay, mariner. Euh… dans quoi? Il me faut un chaudron assez grand pour couvrir le jambon. Celui-ci? Non, trop petit, ça couvre le jambon mais ça déborde. Zed lèche le comptoir. Beurk. Fistonne essaie de l’occuper pendant que je verse le tout dans un chaudron plus grand. Ouache, ça coule partout. Zed se lèche les babines. Fistonne zizague autour de lui pour attirer son attention ailleurs. Rien à faire. Le chaudron est assez grand mais le liquide ne couvre pas le jambon. Est-ce que ça va quand même « mariner »? Et si je coupais le jambon pour respecter les quantités originales. Je sors le jambon du chaudron. Le chien saute sur le comptoir.

- Assis, Zed!

Je dépose le jambon sur une planche et commence à le découper. Un os… Ouache. Okay, bon. Je reprends mon jambon à moitié découpé et le dépose dans une grande assiette. Trop petite. Bon, je vais le remettre dans le chaudron et faire la recette en triple. Je l’échappe dans la marinade. Splash!

- Aaaaaahhhhhrrrrrggggg…. j’en ai partout!

- Même dans la tête, dit Fistonne.

- Sur la tête.

- Non, dans la tête. Tu n’as pas renversé de marinade et tu chiales. Elle est DANS ta tête, la marinade.

Charmante Fistonne.

- Toi, ramasses ton sac d’école et ta boîte à lunch.

- OOOOKAY!

Ça y est, elle est fâchée. Et ma cuisine a l’air d’un bordel. Papa, t’es où là?

- Quelqu’un peut sortir le chien de la cuisine?!?

Je respire. Je compte juqu’à dix. Je finis par mettre mon jambon pas totalement couvert par la marinade dans le réfrigérateur et par tout nettoyer. C’est fini. Je n’aurai qu’à tourner le jambon de temps en temps. On verra ce que ça donne demain. C’est pas évident de cuisiner avec toi, papa, quand t’es pas là.

Papa,… je voulais te dire, tu sais la photo que je t’ai promise avant Noël, la photo de graduation laminée de Fiston… bien, je l’ai reçue.

Ce soir, il est parti voir son premier spectacle au Centre Bell. Et il est accepté en postproduction au Cégep de Jonquière, comme il voulait. Il conduit, maintenant, tu sais. Il a beaucoup vieilli, cette année. Tu vas veiller sur lui, hein?

 

La mystérieuse Madame X

J’ai l’impression que la liquidation d’une succession est un vrai travail de détective. Et pourtant j’ai de la chance : deux jours avant de mourir, alors qu’il pouvait à peine parler, mon père m’avait dressé la liste de toutes ses rentes et polices d’assurance, donné le nom de son comptable, fait lire certaines clauses du testament, dicté l’avis de décès pour les journaux et communiqué ses volontés pour les funérailles. Il avait même préparé sa demande de remboursement d’assurances-médicaments! Mais il ne m’avait pas parlé de Madame X…

Madame X est entrée dans ma vie la semaine dernière. C’est la préposée de la compagnie d’assurance qui m’a appris son existence, en me téléphonant au bureau :

- Bonjour, ici V. de la compagnie d’assurance XYZ, je parle bien à la fille de Monsieur VotrePère?

- Oui, c’est bien moi.

- Désolée de vous déranger au travail…

Ça, pour me déranger, elle me dérangeait. J’en avais plein les bras, du travail pour deux dans un dossier mélangeant comme ça ne se peut pas et j’étais mitraillée de courriels tous plus urgents les uns que les autres (oui, bon, j’exagère un peu).

- Pas de problème.

- Pourriez-vous me donner le numéro d’assurance sociale de la bénéficiaire de la rente de votre père, Madame X?

- Madame X?

- Oui.

- Madame X, vous êtes sûre?

- Oui.

- Je ne la connais pas.

- Mais vous êtes bien la fille de Monsieur VotrePère, n’est-ce pas?

- Oui, oui, mais je n’ai jamais entendu ce nom.

- En plus, c’est une bénéficiaire irrévocable… La fille du siège social a besoin de son numéro d’assurance sociale pour faire le chèque.

Ciboulette, qu’est-ce que c’était que ça? Irrévocable? Une conjointe? Une blonde, mon père? Mon papa à moi? Ça alors…! Quelle surprise! J’ai quand même un petit doute, et je demande une copie de la désignation de bénéficiaire?

Mon père… amoureux… Ce serait si romantique! À moins que… à moins qu’il ait eu une autre fille dont il n’a jamais parlé. Moi qui ai toujours rêvé d’avoir une sœur!

Je prends quelques minutes pour faire des recherches sur Internet. Il y a bien une Madame X, massothérapeute à Ottawa. Mon père y a déjà travaillé… Il y a une autre Madame X au service de la compagnie d’assurance. Et si la préposée avait mal compris et inversé le nom de la bénéficiaire avec le nom de « la fille du siège social »?

Le soir, à la maison, je me gratte la tête. Je fais et refais des recherches. Je réfléchis et j’essaie de me rappeler si mon père a déjà dit quelque chose qui pourrait me donne un indice sur la mystérieuse Madame X. Qui qu’elle soit, si mon père a jugé qu’il devait lui léguer une rente, il faut ab-so-lu-ment que je la trouve. J’espère qu’elle n’aura pas un choc en apprenant le décès de papa. Je me vois déjà lui annoncer la triste nouvelle. C’est horrible. D’un autre côté, il le faudra bien.

La fin de semaine passe… je cherche et cherche, je relis les notes de mon père, les articles de journaux qu’il m’a laissés, j’essaie de lire entre les lignes. Rien à faire je ne vois pas.

Ce serait merveilleux que mon père ait été le prince charmant secret d’une Madame X cachée quelque part. Mais alors il aurait voulu être certain que je trouve Madame X et m’aurait donné plus que moins d’instructions. Je le connais, il n’aurait jamais pris le risque que Madame X ne reçoive pas sa rente.

Je réalise finalement que la compagnie nous a déjà envoyé le chèque. À moins que… et si, au lieu d’une erreur de bénéficiaire, la compagnie d’assurance s’était trompée de « défunt »?

Dès 9 h, ce matin, je rappelle V. à la compagnie d’assurance XYZ.

- Ça tombe bien que vous m’appeliez, parce que j’ai justement reçu la désignation de bénéficiaire du siège social, et Monsieur VotrePère a bien désigné Madame X. Et figurez-vous qu’elle est sa conjointe.

- Êtes-vous certain qu’il s’agit bien de mon père? Pourriez-vous vous être trompée de défunt?

- Euh… on parle bien de Monsieur VotrePère né le 16 avril 1942 et décédé le 1er janvier 2010?

- Et voilà! Bien non… moi mon père est né le 3 juillet 1937.

- Fiou! Je commençais à me demander…

- Deux personnes qui portent le même nom sont décédées à la même date?

- Il faut croire que oui. Heureusement que vous m’avez appelée. Je me demandais vraiment comment vous pouviez ne pas connaître la conjointe de votre père!

- Moi aussi!

Dommage, quand même. Ça aurait été si « romantique », mon papa qui lègue sa rente à une princesse d’autrefois, en souvenir des beaux jours passés…!

 

Mon âme au diable

Nous sommes assises toutes les deux dans le noir, Fistonne dans la berceuse, moi dans le gros fauteuil. Le lampadaire, dehors, éclaire la neige et les arbres sans feuille. Nous parlons tout bas.

Moi : Je voudrais que mon père revienne.

Fistonne : Tu pourrais toujours vendre ton âme au diable.

Moi : Comment fait-on?

Fistonne : C’est peut-être pas une bonne idée, dans le fond. Grand-papa était malheureux, à la fin. Il était content que tu lui dises qu’il pouvait partir, tu t’en souviens?

Moi : Oui.

Silence.

Moi : Je voudrais lui parler au téléphone, alors.

Fistonne : As-tu essayé 1-800-PARADIS?

Moi : Non, mais j’ai essayé 1-800-ÉTOILE.

Fistonne : Ça a marché?

Moi : Non. Mais des fois je l’entends dans mon cœur. Je veux dire, j’entends les phrases qu’il me répétait souvent.

Fistonne : Oui.

Silence.

Fistonne : On est bien, hein maman?

Moi : Oui.