Archives pour la catégorie ‘Au revoir et merci papa et autres souvenirs’

All set!

Aujourd’hui, c’est le grand jour. Je suis convoquée devant le sous-comité des équivalences de mon ancien ordre professionnel. Je dois le convaincre que je n’ai pas cessé de pratiquer la profession même si j’ai cessé d’être membre et que je n’avais pas les moyens de payer la cotisation. Ma réinscription est une condition implicite de mon nouvel emploi. Je me prépare depuis plusieurs semaines à cette entrevue.

- Pas rien qu’ toi!

Oui, oui, j’emmène mon père, descendu directement de son nuage du paradis pour l’occasion.

- Tu veux que j’leur parle?

- Non, c’est beau papa, je voudrais juste que tu viennes avec moi.

- T’as pas besoin d’aide pour ça, t’es capable de faire ça toute seule. Je le sais que t’es capable.

Il me semble que j’ai déjà vécu ce moment. Ah! Oui, je me rappelle. Décembre 2009. Déjà.

- Viens donc, papa. Ça me tente pas d’y aller toute seule.

- Okay, mais c’est la dernière fois. Je commence à être tannée de descendre ici-bas chaque fois que t’as un problème. C’est quoi c’t’affaire là, sur ton bureau?

- Quelle affaire?

- L’affaire poilue jaune.

- Ah! Ça? Le canard. Fistonne me l’a apporté pour qu’il me donne du courage.

- Y é tu habillé, cout’ donc?

- Oui, elle lui a mis une cravate pour qu’il soit présentable devant le sous-comité.

- T’emmènes pas ça, là?

- Oui Monsieur!

- Ah! Ben, on aura tout vu!

- C’est une idée de Fistonne.

- Ah! Ben, c’t’une bonne idée, d’abord! Es drôle, la p’tite, hein?

- Ça, pour être drôle, elle l’est. Comme son grand-père.

- Bon, c’est pas l’temps de faire des farces, faut y aller. All set?

- All set!

Ne vous inquiétez pas, le canard se cachera dans mon sac pendant l’entrevue.

 

Le footbal pour les nuls

- Allô, c’est moi. Où c’est que t’étais samedi?

Tiens, papa qui m’appelle de son paradis.

- Salut papa. Samedi? Je sais pas… attends, oui, oui, je suis allée voir une partie de football.

- Football? Tu connais pas ça, le football, toi!

- Avant, je ne connaissais pas ça, mais là je suis une pro, tu sauras!

- Qui c’est qui jouait? Pas les enfants, toujours?

- Non, non, notre neveu du côté de Chéri. Il est « botteur » pour son école.

- C’est quoi, ça, « botteur »?

- Tu vois, papa, au football, il y a deux équipes. Ils se mettent en ligne, face à face. Il y un joueur qui cache le ballon entre ses jambes et qui le donne à un autre qui, lui, fait une passe à un troisième joueur. Le troisième, lui, il court jusqu’à ce qu’il traverse la ligne avec le ballon.

- Pis les autres joueurs, ils font rien?

- Oui, oui, les autres se rentrent dedans à toute vitesse et là tout le monde tombe à terre.

- Me semble qu’ils devraient courir après le ballon au lieu de se tirer à terre, non?

- Ben oui, me semble. Je t’avoue que j’ai pas trop compris moi non plus.

- Pis le « botteur », lui, il fait quoi?

- Ah! Ben ça, c’est facile. Quand tout le monde qui est à terre s’est relevé, il essaie de lancer le ballon entre deux poteaux en donnant un coup de pied dessus.

- Ah… c’est tout.

- Ben oui, c’est tout.

- C’est plate, comme jeu. Les jeunes, au lieu de jouer à se faire mal, ils devraient faire de la politique.

- Eh! Bien, c’est pas exclu du tout, tu sais. Savais-tu que le grand-père de Chéri était un proche collaborateur de René Lévesque? Et que le père de mon neveu « botteur » s’intéresse beaucoup à la politique? Ça ne m’étonnerait pas qu’il devienne célèbre, un jour.

- C’est sûrement un bon « botteur », d’abord! Attends que je conte ça à mes chums au paradis! Dire que je manque tout ça…

Tu ne manques rien, papa, je passe mon temps à te raconter nos vies dans mon cœur.

ouch!

 

La princesse de son père

Mon père me manque quand je prends des décisions importantes. Même quand je n’ai aucun doute et que je sais que j’ai pris la bonne décision. Mais c’est peut-être ma mère qui m’a, sans le savoir, appris à foncer. En me montrant l’exemple. En travaillant beaucoup, en étudiant jusqu’à sa retraite, en se battant pour les causes auxquelles elle croyait, elle m’a montré à sa façon que l’indépendance financière d’une fille, c’est sa survie. Et c’est probablement pour ça que je suis si fonceuse dans ma vie professionnelle. Que je ne dépends de personne. Que je ne dois rien à personne. Je ne serai jamais aussi fonceuse qu’elle aurait souhaité, bien sûr, mais si elle ne l’avait pas été avant moi, je l’aurais été beaucoup moins. Ou en tous cas j’aurais été différente.

Mais quand même, ça me manque de ne pas pouvoir annoncer à mon père que commence un nouvel emploi. Ça me manque de ne pas l’entendre me dire « C’t’une maudite bonne job que t’as là, ma tit’ fille. » Même à mon âge. Je trouve ça fou.

- Qui c’est qu’on connaît qui travaille là? Y a-tu des anciens ministres?

Tiens, revoilà mon père qui me parle dans mes souvenirs. C’est le fun de l’entendre encore après tout ce temps.

- ‘Tention, tu vas renverser ton café, là.

Tu me fais rire, papa. J’ai beau vieillir et t’as beau ne plus être là, je resterai toujours ta princesse.

 

La Boîte à étoiles – prise 2

Je m’ennuie de mon père, cette semaine. Peut-être parce qu’il appelait beaucoup les enfants, quand arrivait la rentrée scolaire. Il leur apportait des petits gadgets : calculatrice, stylos, bonbons au beurre.

Qu’est-ce qu’il me dirait s’il m’appelait cet après-midi?

- Salut Joe, comment ça va?

- Bien et toi?

- Pas pire, pas pire. Faut que je te parle.

- De quoi?

- La table de la salle à manger. Veux-tu ben me dire pourquoi vous avez enlevé le tapis de table?

- C’est pas moi. Il n’y en avait plus quand j’ai eu la table.

- Ah…

- Il était fini. Tout craqué. J’imagine qu’ils l’ont jeté.

- C’est fin, ça! Achètes-en un autre. Là vous êtes en train de me briser ma belle table coloniale.

- Franchement p’pa, c’était vraiment laid le tapis de table.

- C’est pas la question, ça la protégeait.

- Inquiète-toi pas, on va y faire attention à ta table.

- Me semble, oui. Mettez des sous-verre, là.

- Ben oui, ben oui.

- Bon. Pis une autre affaire : mes chaudrons, fais-les tremper avant de les nettoyer.

- P’pa, arrête donc de t’inquiéter.

- C’est pour votre bien. Vous m’appréciez pas. Vous voyez pas tout ce que je fais pour vous autres?

- Quand est-ce que tu vas arrêter de t’en faire pour moi? J’ai quasiment 50 ans.

- Déplaisante. Depuis que je suis parti, tu manques toujours de lave-glace pour ton auto. Penses-tu que je te vois pas faire?

- Moi aussi, j’taime. Ah! pis merci de t’être occupée de Fistonne, elle va mieux.

- Elle va bien, la petite?

- En pleine forme.

- Est tu assez belle, c’t’enfant là. A ressemble à son grand-père!

Je vais aller nous acheter des petits bonbons au beurre, tiens. Ça va me rappeler quand tu arrêtais à la maison, en allant chez Cosco.