Archives pour la catégorie ‘Au revoir et merci papa!’

Le raconteur

Papa était avant tout un raconteur. Il savait rendre une histoire drôle. Et je crois que c’est l’image que nous, sa famille et ses amis, garderons de lui.

Alors j’ai pensé distribuer à ses frères et soeurs un enregistrement sur cassette qu’il m’avait donné à Noël 1985 et dans lequel il racontait les Noëls de son enfance.

L’enregistrement est loin d’être triste. Un peu émouvant, peut-être, parfois drôle, mais sûrement pas triste. En 1985, papa avait la voix d’un homme de 40 ans. Cet homme là était au meilleur de sa forme et loin d’imaginer sa mort. Ce qui fait toute la différence.

Reste à convertir la cassette sur CD. Je décide donc de m’« attaquer » au convertisseur de disques en vinyle et de cassettes que mon père venait d’acheter et n’avait pas encore eu le temps de déballer. C’est facile, il suffit de lire les instructions et d’appuyer sur les boutons. Trois heures, quatre CD et une couple de mots pas beaux plus tard, j’ai réussi à appuyer sur les bons boutons dans le bon ordre et j’ai mon enregistrement. Je le mets en marche. Je me demande si papa m’aurait donné cette cassette s’il avait su qu’un jour je la partagerais. J’écoute jusqu’à la fin. Et là, mon père dit :

- Je voudrais dire à tous ceux qui m’auront connu et aimé… qu’il m’a fait plaisir de prendre quelques minutes de ma vie pour raconter…

Pourquoi dit-il « qui m’auront connu et aimé » au lieu de « qui me connaissent et m’aiment »? Ciboulette! Il savait. Je ne l’avais pas remarqué à l’origine, mais il s’adressait à nous comme s’il était déjà parti. Il savait que je distribuerais l’enregistrement aux gens qui l’ont aimé. J’en reviens pas!

 

Une histoire qui finit bien

Des fois, la mort fait éclater la famille. D’autres fois, elle la réunit. Et alors, c’est comme un beau cadeau. Un de ces miracles s’est produit il y aura bientôt deux ans, lors du décès du père de Chéri.

Chéri avait 16 ans quand ses parents se sont séparés. Il perdit alors contact avec son père (que j’appellerai ici Beau-papa), mais aussi avec la famille de Beau-papa.

Au printemps 2008, Chéri commença à chercher son père. Où se trouvait-il? Était-il toujours vivant? Il entreprit des démarches pour le retrouver, mais sans succès. Peu après, alors qu’il se trouvait dans une quincaillerie, il se retrouva face à face avec un frère de Beau-papa, accompagné ce jour-là d’un autre oncle de Chéri. Il ne les avait pas revus depuis de nombreuses années. Curieux comme la vie replace parfois les gens sur notre chemin.

Nous avons retrouvé Beau-papa peu après. Il était en phase terminale d’un cancer à l’hôpital. Deux jours plus tard, on téléphona à Chéri pour lui dire que son père ne passerait pas la fin de semaine. Les choses déboulaient.

Nous sommes partis le lendemain matin. Chéri se rendit à l’hôpital. Il eut toute une surprise. Plusieurs des frères et sœurs de Beau-papa s’y trouvaient. Certains venaient de loin. Beau-papa mourait bien entouré.

Le soir, après la mort de son père, Chéri vint me rejoindre avec ses oncles et tantes que je ne connaissais pas. Pour Chéri, c’étaient de grandes retrouvailles. Un oncle de Chéri nous invita à son mariage, qui avait lieu la semaine suivante. Et il y eut d’autres retrouvailles. Puis de nouveaux cousins et cousines le retrouvèrent sur Facebook. Et les frères et sœurs de Beau-papa, qui se voyaient moins depuis le grand départ de leurs parents, recommencèrent à se réunir aux anniversaires de l’un et de l’autre, à organiser des réunions de famille auxquelles nous étions et sommes encore régulièrement invités, même à l’autre bout du Québec. Chéri y retrouve encore de nouveaux cousins et cousines, et c’est une fête chaque fois.

En partant, Beau-papa a redonné à Chéri une famille. Une famille qui lui ressemble. Et cette fois, Chéri ne les perdra pas de vue, comptez sur lui!

 

Bonne fête à tous les papas

Bonne fête des pères à tous les papas
Que leurs enfants peuvent encore embrasser.

Sachez que vous êtes, pour eux, un phare.
Un pilier.
Les fondations
De leur monde, de leur vie
Peu importe leur âge.

Sachez bien
Même s’ils sont loin
Et même s’ils ne le disent pas,
Qu’ils vous aiment
Et auront toujours besoin de vous,
De vos conseils,
Du son de votre voix
Et de celui de vos pas.

Sachez
Même si ça ne paraît pas,
Qu’ils sont rassurés de vous savoir là.

Sachez que votre main
Sur leur épaule
Est leur plus belle récompense,
Et votre admiration,
Leur plus grande victoire.

Sachez
Même si ça ne paraît pas
Que personne, jamais,
Ne vous remplacera
Et que le jour où vous partirez,
Ils vous chercheront
Jusqu’à vous entendre enfin
Au fond de leur cœur.

Alors, surtout,
N’oubliez pas,
De prendre bien soin de vous.

***** ***** ***** *****

Et à mon père à moi,
Qui de là-haut,
Continue de veiller sur moi,
Je veux dire
Encore une fois :
Merci papa, je ne t’oublie pas.

Ta grande grande grande fille,

« Joe » (comme tu m’appelais) xoxo

 

Un rêve de petite fille

Ma tante H.

C’était l’été 67 ou 68. On passait l’été à Batiscan, dans un chalet près de celui de mon grand-père paternel. Ma grand-mère Yvette faisait des tartes dans le chalet. On descendait un long escalier de bois qui menait jusqu’au quai, où on sautait dans le fleuve, mon frère, moi et mes oncles à peine plus âgés que moi. Après le souper, je prenais souvent des marches dans les sentiers de sable avec mon grand-père dont les poches étaient pleines de bonbons qu’il me distribuait à la cachette. Puis arrivaient les plus vieux, en moto. Dont ma tante H., mon idole, si belle avec ses longs cheveux presque noirs, assise derrière son chum cool, sur l’une des motos. Ils jouaient au volleyball ou encore aux « fers » avec leur grand frère, mon père.

Ma tante H., la sœur de mon père, riait tout le temps, et son rire résonnait comme des petites clochettes dans ma tête. Je rêvais en secret de lui ressembler. Elle tenait un rôle dans tous mes jeux de poupée, celui de la plus belle, bien sûr. J’étais toute jeune, et je me sentais comme un vilain petit canard qui regarde le beau cygne sans oser s’en approcher de peur d’être rejeté.

Quelques années plus tard, grand-maman Yvette tomberait malade et nous quitterait à la fin d’un été. Puis H. danserait la première valse aux bras de son chum cool, en robe de mariée, et partirait en voyages de noces en moto, assise derrière son chum cool. Trente ans plus tard, mon grand-père partirait à son tour, au printemps. Puis tout récemment, ce serait au grand frère, mon père, de nous quitter. Et tandis que je regarderais mon père si paisible, si beau, dans son dernier sommeil, j’entendrais ses frères et sœurs parler entre eux et l’un d’eux dirait :

- C’est frappant comme Joan ressemble à H.

Mon rêve de petite fille vient de se réaliser.