Innocente?
Publié en Chroniques - La Mère poule et ses poids plumes le 07/19/2012 12:01 par Joan DurandJe vous ai sûrement parlé de mon mal de dos. J’en parle à tout le monde. C’est arrivé comme ça. Clac. J’ai voulu me retourner dans mon lit, un soir, et ça n’a pas tourné. J’ai dû m’agripper à la tête de lit pour y arriver. Et je ne vous raconte pas le temps que j’ai mis à sortir du lit le lendemain matin. Zed me regardait d’un air perplexe (oui, je sais, les chiens n’ont pas d’émotions humaines, mais j’ai beaucoup d’imagination), assis à côté de mon lit, la tête penchée sur le côté, une oreille pliée à l’envers.
À force de plier les genoux au lieu de me pencher, je suis en train de devenir souple (ce qui, chez moi, relève du miracle). C’est fou tous les mouvements qui sollicitent le dos sans qu’on le réalise. Maintenant, les mêmes mouvements sollicitent les orteils (j’ai appris à ramasser le Frisbee du chien avec les orteils, c’est fou, non?) Et les cuisses. Ramasser la balle de Zed pour la lui lancer. Ou son bol pour lui donner à manger. Sortir un sac d’épicerie de la voiture. Vider la poubelle et remplir le lave-vaisselle (et vice versa). Prendre sa brosse à dents dans le tiroir du bas. Replacer le tapis. S’assoir et se relever (je n’avais jamais remarqué que la toilette était si basse, et je ne vous parle pas de la voiture de Chéri!). Vider la piscine de Zed. Brosser le chien. Agrandir la table. Ouvrir la porte du bahut. Chausser mes espadrilles. Nager. Courir. Promener Zed en laisse. Flatter notre chatte-vache. Prendre un cd dans le coffre à gants de la voiture.
Soudain, j’ai un « flash » : Chéri a mal au dos depuis au moins 20 ans. Et Fistonne depuis au moins cinq ans. Mais comment font-ils pour ne pas brailler à gauche et à droite, du matin au soir et du soir au matin, que c’est horrrrrrrrrrrrrrrrrrrrible?!?!?! Si j’avais su qu’ils souffrent autant, les pauvres! Je devrais peut-être leur offrir du chocolat. Ou un toutou.
Un matin, surprise, je n’ai plus mal.
- Comment ça? demande Fistonne.
- Il y a un bon Dieu pour les innocents.
- Qu’est-ce que ça veut dire?
- Ça veut dire que Dieu, dans sa grande bonté, a décidé de m’enlever mon mal de dos.
- Pourrais-tu dire à ton Dieu que j’ai mal au dos, moi aussi, et depuis bien plus longtemps que toi?
- Tu ne dois pas être assez « innocente ».
Pour une fois que c’est moi qui ai le dernier mot, il a fallu que je me traite d’innocente. Pas fort.