Les genoux éraflés
Publié en Chroniques - La Mère poule et ses poids plumes le 08/14/2010 12:01 par Joan DurandFistonne est dans une phase d’indépendance. C’est correct. C’est l’âge. C’est juste que, comme on est encore au début de la phase, je ne suis pas encore habituée. Il y a quelques années, c’était Fiston l’ado de la maison. Un soir, Fistonne devait avoir 10 ou 11 ans, j’avais posé une question à son frère et il m’avait répondu sur un ton un peu insolent. Fistonne avait soupiré et m’avait dit, en m’attrapant par le cou :
- Maman, je m’excuse à l’avance pour quand je serai une ado et que je te parlerai « bête ».
J’avais trouvé ça très drôle et lui avait répondu :
- Et moi je te pardonne d’avance.
J’y repense souvent, surtout quand Fistonne a une mauvaise journée et est plus ou moins agréable. Et puis je sais que ça ne durera pas.
Il y a aussi, parfois, de petits moments tout doux en plein milieu des mauvaises journées. Mardi soir dernier, par exemple. Fistonne est sortie jogger avec Zed. Quand elle est rentrée, elle avait les mains et les genoux qui saignaient.
- J’ai trébuché sur la laisse de Zed, m’a-t-elle expliqué en grimaçant.
- Viens dans la salle de bain, on va regarder ça, lui ai-je répondu.
Je m’attendais à ce qu’elle me dise qu’elle pouvait le faire elle-même, mais elle m’a suivie et s’est assise sur le couvercle de la toilette. Ma joggeuse a repoussé une mèche blonde qui lui retombait dans les yeux et m’a souri. J’ai rincé une débarbouillette, et je lui ai nettoyé et désinfecté les mains, une par une, doucement pour ne pas lui faire mal, comme quand elle était petite et qu’elle tombait en vélo. Puis les genoux. Puis je suis allée lire dans mon lit, et elle est venue me rejoindre avec un livre.
- Je peux lire avec toi?
- Bien sûr!
Comme avant. Je savais qu’il y aurait encore de mauvaises journées, et même plus que moins, mais je voulais profiter de ce beau moment de répit avec elle.
Le lendemain matin, Fistonne s’est levé du mauvais pied et la magie était envolée, mais moi j’étais de bonne humeur parce j’avais dans le cœur plein de beaux moments passés avec ma fille pour m’aider à patienter jusqu’à la fin de l’adolescence.