Un rêve de petite fille
Publié en Au revoir et merci papa et autres souvenirs le 06/02/2010 09:10 par Joan DurandMa tante H.
C’était l’été 67 ou 68. On passait l’été à Batiscan, dans un chalet près de celui de mon grand-père paternel. Ma grand-mère Yvette faisait des tartes dans le chalet. On descendait un long escalier de bois qui menait jusqu’au quai, où on sautait dans le fleuve, mon frère, moi et mes oncles à peine plus âgés que moi. Après le souper, je prenais souvent des marches dans les sentiers de sable avec mon grand-père dont les poches étaient pleines de bonbons qu’il me distribuait à la cachette. Puis arrivaient les plus vieux, en moto. Dont ma tante H., mon idole, si belle avec ses longs cheveux presque noirs, assise derrière son chum cool, sur l’une des motos. Ils jouaient au volleyball ou encore aux « fers » avec leur grand frère, mon père.
Ma tante H., la sœur de mon père, riait tout le temps, et son rire résonnait comme des petites clochettes dans ma tête. Je rêvais en secret de lui ressembler. Elle tenait un rôle dans tous mes jeux de poupée, celui de la plus belle, bien sûr. J’étais toute jeune, et je me sentais comme un vilain petit canard qui regarde le beau cygne sans oser s’en approcher de peur d’être rejeté.
Quelques années plus tard, grand-maman Yvette tomberait malade et nous quitterait à la fin d’un été. Puis H. danserait la première valse aux bras de son chum cool, en robe de mariée, et partirait en voyages de noces en moto, assise derrière son chum cool. Trente ans plus tard, mon grand-père partirait à son tour, au printemps. Puis tout récemment, ce serait au grand frère, mon père, de nous quitter. Et tandis que je regarderais mon père si paisible, si beau, dans son dernier sommeil, j’entendrais ses frères et sœurs parler entre eux et l’un d’eux dirait :
- C’est frappant comme Joan ressemble à H.
Mon rêve de petite fille vient de se réaliser.
06/02/2010 at 16 h 05 min
Tu as perdu ton père jeune!!!
Qu’est donc devenue la tante H?
06/02/2010 at 21 h 24 min
Non, pas du tout, j’ai perdu mon père tout récemment. Je n’avais pas vu ma tante H. depuis au moins 25 ans quand je l’ai revue aux funérailles de mon père. Et c’est seulement maintenant que j’ai 46 ans, presque 40 ans plus tard après mes vacances à Batiscan, que mon rêve de petite fille s’est réalisé.
Ma tante H. est toujours très belle à mes yeux et elle a gardé son rire qui sonne comme des millions de clochettes. Ses magnifiques cheveux sont devenus gris. Elle habite seule et vend des produits naturels, si j’ai bien compris. Elle ne fait sûrement plus de moto, mais à vrai dire je ne lui ai pas posé la question. Je me sens toujours un peu comme un vilain petit canard quand je la regarde.