Un bouton « off » s’il vous plaît

Chéri m’appelle pour que j’aille voir un vidéo sur Youtube. Quelqu’un qui fait du cerf-volant dans le Sud.

- J’ai pas le temps, il faut que j’aille à l’épicerie.

Chéri monte m’embrasser et me dire « à tantôt ». Et là, je sens monter les larmes. Chéri s’inquiète.

- Qu’est-ce qu’il y a, ma belle? Veux-tu que j’y aille, moi, à l’épicerie?

- Non, non, c’est beau. Tout va bien.

Chéri fronce les sourcils, avec l’air du gars qui n’est pas dupe. Je me mets à pleurer pour de bon.

- Désolée… je sais pas ce que j’ai. Les hormones, j’imagine.

L’excuse parfaite. L’excuse passe-partout.

- Qu’est-ce qui se passe, ma belle? Je t’ai fait de la peine?

- Non, c’est pas toi, c’est le vidéo.

- Quoi, le vidéo?

- Bien, quand je vois ça, je me rends compte que j’ai pas de vie. Je passe mon temps à m’occuper des autres au lieu de vivre ma vie.

Chéri me serre fort.

- Ben oui, c’est sûr, nous on a des enfants. Les tiens sont encore jeunes. C’est quoi, les rêves que tu voudrais réaliser?

Je lui raconte. Après avoir appris qu’il lui restait seulement quelques semaines à vivre, mon père m’avais regardée droit dans les yeux et m’avait dit : « Au moins, je pourrai dire que j’ai vécu à mon goût. ».

Moi, si je meurs demain, je ne pourrai pas en dire autant. Moi j’ai un million de rêves, mais pour plus tard. Quand je serai certaine que plus personne n’a besoin de moi et que je peux enfin penser à moi sans culpabilité. Ça n’a aucun sens. Je veux vivre, moi aussi. Je veux vivre aujourd’hui. Pas dans 10 ans. Pas dans une semaine. Pas demain. Aujourd’hui.

Je crois qu’il est temps de penser un peu plus à moi et d’apprendre aux oisillons à compter un peu moins sur la maman oiseau. Être un peu moins mère poule. Leur apprendre à voler de leurs propres ailes. Sinon, ils risquent d’oublier de grandir et d’avoir du mal à se débrouiller dans la vie. Et moi je risque d’oublier de vivre mes rêves, mes autres rêves, ceux que j’ai faits après avoir rêvé d’être une maman.

Chéri me serre plus fort. Il comprend. Après tout, il est passé par là, lui aussi.

- Veux-tu que j’aille à l’épicerie, ma belle?

Hein? Quoi? Épicerie? Quelle épicerie? Ah! oui, j’allais à l’épicerie, moi. C’est drôle, j’avais presqu’oublié. J’aimerais bien avoir un bouton « off », comme les gars, pour passer à autre chose quand tout a été dit!

 

6 Commentaires

  1. Ah tu viens d’exprimer un relent de blues qui me traverse parfois. Mais comme chéri, je me dis que chaque chose en son temps!

    Tes oisillons sont plus âgés que les miens. Tu peux déjà gagner quelques galons d’émancipation ;)

  2. Oui, tu as raison. C’est mon objectif de l’été, penser un peu plus à moi. :-)

  3. Après être venue chez-toi et avoir laissé ce commentaire, j’ai pondu un post diamétralement opposé au « chaque chose en son temps » lol!

  4. Légèrement hors propos: Je suis tombée par hasard votre blogue il y a quelques jours et c’est un grand plaisir que de vous découvrir! :)

  5. Michèle, j’ai lu tes deux post sur unefamillenombreuseauquebec.blogspot.com, et j’ai beaucoup aimé les deux articles!

  6. Bienvenue Etolane!

­Poursuivre la conversation...