Archives pour juin, 2010

Bienvenue dans le monde des adultes

Je joue à la balle avec mon chien Zed, sur la pelouse. Assise sur la bordure du trottoir, Fistonne mâchonne un brin d’herbe. Zed s’arrête et tente de le lui piquer. Fistonne rit et le pousse. Je m’assois par terre, sous le grand chêne. Quelle belle journée!

- Maman?

- mmm?

- Qu’est-ce qu’il faisait, grand-papa, comme travail?

- Arbitre à la Commission de l’assurance-emploi.

- C’est quoi, un arbitre?

- Une sorte de juge. Quand tu perds ton emploi et que l’assurance-emploi refuse de te payer une indemnité, tu peux aller en appel devant trois arbitres qui vont décider si tu y as droit ou pas.

- Comment on devient arbitre?

- Euh… ça dépend qui tu connais.

- Comment ça?

- Ben… il faut avoir des contacts au gouvernement fédéral.

Fistonne se redresse d’un coup.

- Tu me niaises?

- Hein? Euh… non…

- Attends… s’ils ont le choix entre un gars vraiment compétent qui ne connait personne au gouvernement et un gars qui ne sait rien et qui connaît quelqu’un au gouvernement, ils vont engager le gars incompétent???

Ouache.

- Ben… c’est un peu plus compliqué que ça… ça dépend de la personne qui engage…

- Oui ou non????

- ils ne vont pas engager un incompétent, quand même… en tous cas, je ne pense pas…

- Oui ou non?!?!

- Si le gars moins compétent a rendu de grands services à celui qui engage, oui.

- Mais c’est INJUSTE!!!

Bienvenue dans le monde des adultes, ma toute belle.

- Ouin.

Il faut que je me prépare au jour où elle va me demander qui ils vont engager entre la fille compétente et l’autre candidat.

 

Voyage à Gagnon

Ça fait quelques années que Chéri parle de faire un voyage à Gagnon, dans le Nord québécois, où il a passé une partie de son adolescence. Les plus belles années de son adolescence. Les yeux brillants de souvenirs, il me parle de sa maison, en bas de la côte. Les enfants qui allaient à l’école en ski-doo. Et à la chasse. L’aréna. Le Lac Audet et les courses en canot, l’été. Les portes des maisons toujours débarrées. L’aéroport où il attendait, dehors dans la neige, le tout petit avion de la compagnie « Les Ailes du Nord » (que les jeunes appelaient « Les Ailes de la mort »), qui venait les chercher pour les emmener participer aux tournois de hockey ou de curling à Sept-Îles ou à Baie Comeau.

Alors cette année, nous avons décidé de nous y rendre, en allant voir la parenté à Fermont, près de Labrador City. Pour voir. Voir Gagnon. Voir ce qui n’existe plus. Ce n’est même pas une blague : la ville de Gagnon n’existe plus. Créée en 1960 par la Compagnie minière Québec Cartier pour l’exploitation de la mine de fer du Lac Jeanine, Gagnon a été fermée officiellement le 30 juin 1985, puis détruite et recouverte de terre.

Samedi dernier, aux alentours de 14 h, nous avons donc traversé en voiture l’ancienne ville de Gagnon, en compagnie de deux autres couples de la famille de Chéri. À l’entrée de la ville, sur la route 389, l’affiche « La ville de Gagnon vous souhaite la bienvenue » a été remplacée par une autre : « Site de l’ancienne ville de Gagnon ».

Chéri conduit. Plus personne ne parle. On se croirait dans un monastère. Ou plutôt un cimetière. Chéri arrête la voiture et dit :

- L’hôtel était là. On voit le stationnement.

Nous descendons. Moi je ne vois rien d’autre que du gazon brûlé par le soleil et le vent, un reste de trottoir, des arbres, des traces de pneus, des morceaux de béton ici et là. Puis Chéri et l’oncle Ô, qui a lui aussi vécu à Gagnon, replacent un à un les bâtiments dans la ville invisible, le long du trottoir inutile, et je les vois apparaître graduellement dans ma tête comme si j’y étais. J’entends les hommes partir pour la mine, les gamins se lancer des boules de neige, les danses du vendredi soir, les parties de hockey et de curling.

- Le centre d’achats était là-bas. Pis l’aréna ici. Non non, un peu plus par là.

- La rue passait ici. Je restais là-bas. Y avait une côte, là.

- Pis là, c’était la cafétéria. Pis là, les men’s quarters.

- Oui, oui, pis on passait par-là pour aller à l’école, juste là.

- L’aéroport plus loin.

- L’aéroport, c’était une roulotte de chantier!

Au retour de Fermont, on va voir le Lac Audet. Ça me fait mal partout d’imaginer tout ce qu’il y avait ici et qui a été détruit. Quelle tragédie…

Au moins, maintenant, Chéri a vu de ses propres yeux la ville fermée. Et fait ses adieux à sa ville. La boucle est bouclée. Gagnon, je crois bien que je t’aurais aimée moi aussi.

Tiens… ça me donne une idée pour l’écriture de ma prochaine « nouvelle »…

 

Du fond du coeur… merci

Je viens de comprendre à quoi sert Facebook. Mieux vaut tard que jamais, non? Je ne vais pas beaucoup sur mon profil Facebook. Je ne sais pas trop quoi y écrire, à vrai dire. Mais hier soir, j’ai reçu un message qui m’a beaucoup touchée. Un message d’une dame que je ne connaissais que de nom et qui a enseigné à Fiston. Comme elle enseignait une matière que Fiston aime beaucoup et qui ne lui causait pas de difficulté, je n’avais pas eu l’occasion de lui parler. Je ne l’avais pas vue, non plus, aux réunions que l’école organise pour les bulletins, parce que Fiston oublie généralement de me remettre les lettres d’information et que le courrier scolaire est envoyé chez son père qui, de son côté, oublie souvent de passer prendre son courrier à la boîte aux lettres. Facebook a permis au professeur de Fiston de me trouver et de m’envoyer un message que je garderai longtemps dans mon cœur. Un message « plein de couleurs » où elle me dit à quel point elle a aimé enseigner à Fiston, et où elle me parle, avec des mots très « vivants », de son sens de l’humour et de son ouverture d’esprit.

Le père de Fiston et moi avons tous les deux fait nos études secondaires à l’école privée. L’enseignement y était excellent, bien sûr, mais arrivés au cégep, nous avons tous les deux eu l’impression de « tomber de haut » dans la vraie vie. Nous avons tous les deux eu de la difficulté à retourner dans le vrai monde, à côtoyer des gens qui n’avaient pas été façonnés dans le moule « parfait » de l’école privée, qui n’étaient pas tous fils de médecin ou de dentiste (c’était le cas à notre époque). Et de mon côté, l’intégration à l’école privée avait été très pénible. Je manquais de confiance en moi et je m’y suis longtemps sentie très seule. L’école privée a peut-être beaucoup changé, depuis, et peut-être que nos enfants auraient aimé y étudier, à leur époque. Mais nous, les deux parents, étions décidés : nos enfants fréquenteraient l’école publique.

Pour Fiston, ça a été un succès. Fiston n’a jamais été un élève discipliné et studieux. Il a souvent oublié de noter les devoirs à faire ou d’apporter ses livres à la maison. Pour compenser, il a dû développer d’autres talents. Le charme, l’humour, la sociabilité, la facilité à communiquer avec les autres et la capacité de les écouter et de comprendre rapidement ce qu’on attend de lui, la créativité aussi. Je me trompe peut-être, mais j’ai vraiment l’impression que c’est l’école publique qui le lui a permis. Et aux deux écoles qu’il a fréquentées (la première n’offrait que les trois premières années du secondaire), le profil « Musique » offert était exceptionnel. Je n’exagère pas.

En tous cas, une chose est sûre, il a aimé l’école, malgré les difficultés. Tout au long de son parcours au secondaire, j’ai fait la connaissance de professeurs extraordinaires, pour qui Fiston était loin d’être seulement un numéro. Des professeurs qui nous ont conseillés, qui ont pris le temps de connaître Fiston, de l’encadrer et de le motiver dans les périodes difficiles (en Maths et en Sciences, entre autres).

Merci beaucoup à tous ces professeurs qui ont contribué, grâce à leur générosité et à leur sensibilité, à la réussite de mon artiste un peu lunatique, peu porté sur l’étude mais rempli de bonne volonté. Du fond du cœur, merci.

 

Bonne fête à tous les papas

Bonne fête des pères à tous les papas
Que leurs enfants peuvent encore embrasser.

Sachez que vous êtes, pour eux, un phare.
Un pilier.
Les fondations
De leur monde, de leur vie
Peu importe leur âge.

Sachez bien
Même s’ils sont loin
Et même s’ils ne le disent pas,
Qu’ils vous aiment
Et auront toujours besoin de vous,
De vos conseils,
Du son de votre voix
Et de celui de vos pas.

Sachez
Même si ça ne paraît pas,
Qu’ils sont rassurés de vous savoir là.

Sachez que votre main
Sur leur épaule
Est leur plus belle récompense,
Et votre admiration,
Leur plus grande victoire.

Sachez
Même si ça ne paraît pas
Que personne, jamais,
Ne vous remplacera
Et que le jour où vous partirez,
Ils vous chercheront
Jusqu’à vous entendre enfin
Au fond de leur cœur.

Alors, surtout,
N’oubliez pas,
De prendre bien soin de vous.

***** ***** ***** *****

Et à mon père à moi,
Qui de là-haut,
Continue de veiller sur moi,
Je veux dire
Encore une fois :
Merci papa, je ne t’oublie pas.

Ta grande grande grande fille,

« Joe » (comme tu m’appelais) xoxo