Archives pour avril, 2010

On joue dehors

Hier soir, après avoir soupé, je sors jouer dehors avec Zed. Pour qu’il puisse courir sans que je le perde de vue, je l’attache à une très longue laisse que j’enroule autour de mon poignet. Je suis pas mal fière de mon idée. Vous me voyez venir, hein?

Fistonne vient s’asseoir sur le trottoir en face de la maison pour nous observer (et se moquer de nous).

Premier essai. Je lance le jouet (pas trop loin quand même), Zed se lance et je le suis. On passe et repasse devant Fistonne qui rigole gentiment.

Deuxième essai. Je lance le jouet « un petit peu » trop loin. Je dois courir « un petit peu » plus vite. Zed est content et me rapporte le jouet.

Troisième essai. Zed anticipe et part à la course avant que j’aie lancé le jouet. Il reçoit la bebelle… sur le derrière. Fistonne se bidonne :

- Comment assommer son chien en deux leçons!

Je ne me démonte pas pour si peu. Je rattrape le jouet et le relance un peu plus fort. Zed part à pleine vitesse et me traîne derrière lui, accrochant Fistonne sur son passage. Elle se plaint :

- Cout’ donc, essaies-tu de m’assomer?!? Comment assassiner sa fille en deux leçons!

Je me confonds en excuses, frotte ma main meurtrie et décide de tenir la laisse plutôt que de l’enrouler autour de mon bras. Là, c’est mieux, je n’aurai plus d’ennuis. Que je pense.

Zed est en pleine forme. Il court partout et tourne autour de Fistonne, qui l’encourage et rit. J’emboîte le pas à Zed pour désenrouler la laisse, mais il change de direction et tourne en sens contraire, de sorte que la laisse se trouve emmêlée autour de ma fille qui se dilate la rate :

- Bravo maman! Comment assassiner sa fille en trois leçons!

 

Le retour de Madame X

Je dois (encore!) téléphoner à la compagnie d’assurance vie de mon père qui ne m’a pas envoyé l’indemnité promise.

Je leur ai téléphoné une première fois, et ils m’ont communiqué le numéro de toutes les polices d’assurance et envoyé les demandes à remplir et à retourner avec une attestation de décès. Je leur ai téléphoné une deuxième fois pour demander quand je pouvais espérer une réponse.

- Toutes mes sympathies, Madame, nous ne savions pas que Monsieur votre père était décédé.

- Mais oui, vous le saviez, vous m’avez même envoyé des documents à remplir. Et, en plus, vous m’avez rappelée pour me demander le numéro d’assurance sociale de la bénéficiaire d’un autre défunt portant le même nom que mon père.

- Non, non, euh… je n’ai rien au dossier. Vous avez dû les envoyer au mauvais endroit.

- J’ai utilisé l’enveloppe-réponse.

- Non, non, euh… nous n’avons rien reçu. Je vais devoir vous envoyer une nouvelle demande.

J’ai reçu la nouvelle demande hier. Le nom de la bénéficiaire : Madame X. Tiens donc, quelle surprise… J’ai donc rappelé à la compagnie en question pour leur dire qu’ils se sont encore mêlés, que Madame X est bénéficiaire d’une autre police, et non de la police XYZ de mon père.

- Toutes mes sympathies, Madame, nous ne savions pas que Monsieur votre père était décédé.

Pincez-moi quelqu’un! À moins que… Et si, au lieu d’avoir attribué la mauvaise bénéficiaire à la police de mon père, on lui avait attribué la mauvaise police… Ça expliquerait pourquoi le dossier n’indique rien sur le décès. L’autre monsieur est peut-être toujours vivant?

- Écoutez, vous m’avez donné ce numéro de police en me disant qu’elle appartenait à mon père et que je devais remplir une demande d’indemnité de décès, et moi je vous appelle sans arrêt et vous ne semblez au courant de rien. Vous êtes sûr que vous m’avez donné le bon numéro de police?

- non, non, euh… Monsieur votre père est-il né le 16 avril 1942 et est-il le conjoint de Madame X?

- Il est né le 3 juillet 1937 et s’il avait une conjointe, je n’étais pas au courant.

- non, non, euh… c’est probablement une simple erreur de notre part. Tiens, je vois ici une dame V. au dossier, qui voulait une copie de la désignation de bénéficiaire. Je me demande qui c’est.

- Ça je peux vous aider. Devinez : dame V. travaille chez vous. C’est elle qui cherchait le numéro d’assurance sociale de Madame X. C’est le bordel, cette affaire-là.

- Non, non, euh… c’est une simple erreur.

Une simple erreur? La bonne nouvelle, c’est qu’au moins je n’aurai plus besoin de les rappeler!!!

- Pouvez-vous m’expliquer comment vous avez pu faire cette simple erreur à l’ère de la confidentialité absolue, où les clients ne sont plus reconnus par leur nom mais par leur numéro de ceci et numéro de cela. Parce que si j’ai bien compris, le seul point en commun de vos deux clients, c’est leur nom. Vous n’avez pas de politique de confidentialité?

- Non, non, euh… c’est un peu étonnant.

- C’est le moins qu’on puisse dire.

Bonne chance dans votre carrière, Monsieur non-non, et j’espère que vous n’avez pas envoyé vos condoléances à Madame X!

 

Le million – prise 2

Chéri vient d’acheter des billets de loterie. Assis au comptoir de la cuisine, il rêve d’une petite maison avec un immense garage rempli de voitures « sport ».

Mes rêves sont un peu différents :

- Moi, si on gagne, je me fais refaire le body d’un bout à l’autre.

Chéri s’étouffe et « explose » littéralement de rire. Plus je lui demande ce qu’il a à rire, plus il rit. Il se tient le ventre à deux mains et je vois ses yeux se remplir de larmes. Je ne vois vraiment pas ce qu’il y a de drôle. J’insiste.

Fiston, tout sérieux, se fait un sandwiche de l’autre côté du comptoir.

- Tu ferais vraiment ça, m’man?

- Ben non, tu sais bien. Pourquoi il rit d’après toi?

Fiston hausse les épaules tandis que Chéri est repris d’un nouveau fou rire incontrôlable. Il finit par me dire, entre deux crises de rire :

- T’as pas besoin de ça.

Oui, je me rappelle. Chéri m’aime comme je suis. Depuis dix ans.

- De toutes façons, m’man, dit Fiston entre deux bouchées de sandwiche, ça ne paraît plus au bout de cinq ou six ans, ces chirurgies-là, tout est à recommencer. Et quand ça retombe, c’est pire qu’avant.

Ah! bon.

Un ancien amoureux m’avait dit, un jour que je lui avais demandé s’il me trouvait encore belle (je venais d’avoir 30 ans), que j’étais comme un vieux fauteuil qui n’est plus vraiment beau mais auquel on s’est attaché avec le temps. Et pourtant, pourtant c’est ce vieux fauteuil plus vraiment beau qui a volé le cœur de Chéri, un jour que je descendais mon sac de vidanges au container, en salopette, décoiffée, pieds nus, lunettes au bout du nez, dans le vieil immeuble où j’étais déménagée avec mes deux tout-petits.

Il m’aime comme je suis. Pessimiste. Émotive. Sensible. Angoissée. Pré-ménopausée. Épuisée par le deuil. Il me trouve un million d’autres qualités. Il ne dit jamais rien quand je viens lui raconter mes tracas en plein milieu d’une partie de hockey. Quand je lui dis qu’il ne m’écoute jamais, il répond doucement que ce n’est pas vrai ou demande ce qui se passe. Il endure mon chien et mes trois chats, les traîneries des ados qui bloquent le passage entre la salle à manger et le sous-sol, les paniers de vêtements à plier qui s’empilent.

Pourquoi est-ce que je voudrais d’un million de dollars, alors?