Archives pour mars, 2010

La pluie

Je ne sais pas pourquoi il pleut, on annonçait du soleil. Moi j’ai toujours aimé la pluie. Quand j’était petite, maman nous laissait courir pieds nus dans les flaques d’eau, sous la pluie. C’était merveilleux. Alors j’ai fait la même chose avec mes enfants. Je ne sais pas s’ils s’en souviennent. Je crois que j’ai eu autant sinon plus de plaisir qu’eux à courir sous la pluie en sautant dans les flaques d’eau. On riait tellement!

 

C’est correct

Je demande à Fistonne :

- Veux-tu des tomates dans ton sandwiche?

- C’est correct.

- Qu’est-ce que ça veut dire, ça, « c’est correct »?

- Comment ça, qu’est-ce que ça veut dire? Ça veut dire que c’est correct.

- C’est correct tu en veux? Ou c’est correct tu n’en veux pas?

- C’est correct je n’en veux pas. Comment ça se fait que tu ne comprends pas ce que ça veut dire?

- Je ne sais pas, dans mon temps on répondait par oui ou par non.

- Les synonymes, vous ne connaissiez pas ça?

- Euh… oui, mais « c’est correct » ne voulait certainement pas dire « non » pour ma génération.

- Ça voulait dire quoi?

- Je ne sais pas, ça voulait dire « tout va bien ».

- Bien c’est ça, tout va bien, je n’ai besoin de rien, je n’ai pas besoin de tomates, me semble que c’est clair, non? Pis laisse faire, c’est correct, je vais faire mon sandwiche moi-même.

- Mais là, dans cette phrase-là, « c’est correct » ne veut pas dire « tout va bien », hein?

- (très gros soupir) C’est correct, ça veut dire c’est correct je vais faire mon sandwiche moi-même!

Cout’ donc, est-ce que c’est moi ou Fistonne devient une vraie de vraie ado?

 

La mystérieuse Madame X

J’ai l’impression que la liquidation d’une succession est un vrai travail de détective. Et pourtant j’ai de la chance : deux jours avant de mourir, alors qu’il pouvait à peine parler, mon père m’avait dressé la liste de toutes ses rentes et polices d’assurance, donné le nom de son comptable, fait lire certaines clauses du testament, dicté l’avis de décès pour les journaux et communiqué ses volontés pour les funérailles. Il avait même préparé sa demande de remboursement d’assurances-médicaments! Mais il ne m’avait pas parlé de Madame X…

Madame X est entrée dans ma vie la semaine dernière. C’est la préposée de la compagnie d’assurance qui m’a appris son existence, en me téléphonant au bureau :

- Bonjour, ici V. de la compagnie d’assurance XYZ, je parle bien à la fille de Monsieur VotrePère?

- Oui, c’est bien moi.

- Désolée de vous déranger au travail…

Ça, pour me déranger, elle me dérangeait. J’en avais plein les bras, du travail pour deux dans un dossier mélangeant comme ça ne se peut pas et j’étais mitraillée de courriels tous plus urgents les uns que les autres (oui, bon, j’exagère un peu).

- Pas de problème.

- Pourriez-vous me donner le numéro d’assurance sociale de la bénéficiaire de la rente de votre père, Madame X?

- Madame X?

- Oui.

- Madame X, vous êtes sûre?

- Oui.

- Je ne la connais pas.

- Mais vous êtes bien la fille de Monsieur VotrePère, n’est-ce pas?

- Oui, oui, mais je n’ai jamais entendu ce nom.

- En plus, c’est une bénéficiaire irrévocable… La fille du siège social a besoin de son numéro d’assurance sociale pour faire le chèque.

Ciboulette, qu’est-ce que c’était que ça? Irrévocable? Une conjointe? Une blonde, mon père? Mon papa à moi? Ça alors…! Quelle surprise! J’ai quand même un petit doute, et je demande une copie de la désignation de bénéficiaire?

Mon père… amoureux… Ce serait si romantique! À moins que… à moins qu’il ait eu une autre fille dont il n’a jamais parlé. Moi qui ai toujours rêvé d’avoir une sœur!

Je prends quelques minutes pour faire des recherches sur Internet. Il y a bien une Madame X, massothérapeute à Ottawa. Mon père y a déjà travaillé… Il y a une autre Madame X au service de la compagnie d’assurance. Et si la préposée avait mal compris et inversé le nom de la bénéficiaire avec le nom de « la fille du siège social »?

Le soir, à la maison, je me gratte la tête. Je fais et refais des recherches. Je réfléchis et j’essaie de me rappeler si mon père a déjà dit quelque chose qui pourrait me donne un indice sur la mystérieuse Madame X. Qui qu’elle soit, si mon père a jugé qu’il devait lui léguer une rente, il faut ab-so-lu-ment que je la trouve. J’espère qu’elle n’aura pas un choc en apprenant le décès de papa. Je me vois déjà lui annoncer la triste nouvelle. C’est horrible. D’un autre côté, il le faudra bien.

La fin de semaine passe… je cherche et cherche, je relis les notes de mon père, les articles de journaux qu’il m’a laissés, j’essaie de lire entre les lignes. Rien à faire je ne vois pas.

Ce serait merveilleux que mon père ait été le prince charmant secret d’une Madame X cachée quelque part. Mais alors il aurait voulu être certain que je trouve Madame X et m’aurait donné plus que moins d’instructions. Je le connais, il n’aurait jamais pris le risque que Madame X ne reçoive pas sa rente.

Je réalise finalement que la compagnie nous a déjà envoyé le chèque. À moins que… et si, au lieu d’une erreur de bénéficiaire, la compagnie d’assurance s’était trompée de « défunt »?

Dès 9 h, ce matin, je rappelle V. à la compagnie d’assurance XYZ.

- Ça tombe bien que vous m’appeliez, parce que j’ai justement reçu la désignation de bénéficiaire du siège social, et Monsieur VotrePère a bien désigné Madame X. Et figurez-vous qu’elle est sa conjointe.

- Êtes-vous certain qu’il s’agit bien de mon père? Pourriez-vous vous être trompée de défunt?

- Euh… on parle bien de Monsieur VotrePère né le 16 avril 1942 et décédé le 1er janvier 2010?

- Et voilà! Bien non… moi mon père est né le 3 juillet 1937.

- Fiou! Je commençais à me demander…

- Deux personnes qui portent le même nom sont décédées à la même date?

- Il faut croire que oui. Heureusement que vous m’avez appelée. Je me demandais vraiment comment vous pouviez ne pas connaître la conjointe de votre père!

- Moi aussi!

Dommage, quand même. Ça aurait été si « romantique », mon papa qui lègue sa rente à une princesse d’autrefois, en souvenir des beaux jours passés…!

 

Notre chanson

Au dîner, j’avais confié à ma collègue que j’assistais le soir même à un spectacle de Boum Desjardins avec Chéri, et que j’espérais y entendre « notre » chanson. Bien oui, vous savez bien, tous les couples ont « leur » chanson, une chanson qui leur rappelle un moment particulier, une chanson qui les fait fondre et se prendre par la main quand ils la réentendent. Nous c’est « Tu m’manques » de La Chicane.

Chéri travaillait à l’étranger quand j’ai entendu la chanson pour la première fois. On l’entendait beaucoup à la radio, et elle me faisait penser à lui, à nous. J’avais acheté le CD. Une fois Chéri rentré au pays, je lui ai fait écouter la chanson un jour que nous roulions dans ma voiture. Il m’a regardée tendrement et m’a dit :

- « J’écoutais souvent cette chanson quand j’étais là-bas. Elle me faisait penser à toi. »

C’était « notre » chanson.

Le soir, donc, nous allons au spectacle et, bien sûr, Boum chante notre chanson. Je me colle un peu contre Chéri, il me sourit et je savoure l’instant présent.

Au retour, dans la voiture, je dis comme ça :

- « Je suis contente qu’il ait chanté notre chanson. »

- « Quelle chanson? »

Je suis estomaquée. Comment ça, quelle chanson…?

- « Tu ne sais pas quelle est notre chanson? »

Chéri se dépêche de répondre :

- « Oui, oui, bien oui, c’est sûr que je le sais. Attends que je me rappelle du titre… »

- « Non! Laisse faire! Ne dis rien! Je serai trop déçue si tu te trompes! »

- « Attends, je le sais… »

- « Non, non, laisse faire! On change de sujet, je serai trop déçue. »

- « Je sais quelle chanson, je cherche juste le titre, attends… »

- « Non, non, laisse faire! »

- « Tu m’manques. »

Fiou… je savais bien qu’il ne pouvait pas avoir oublié.