Archives pour janvier, 2010

Charmant service

Je téléphone à la compagnie d’assurance-vie de papa, pour demander que le produit de l’assurance soit versé aux bénéficiaires. On me répond sur un ton monocorde :

- La xxx compagnie d’assurance-vie bonjour good afternoon Madame Chose à l’appareil.

Ce n’est pas grave, je ne suis pas susceptible et je sais que ce n’est pas personnel.

- Bonjour, je suis liquidatrice de la succession d’un de vos clients.

- Ah… qui?

- Mon père, M. XY.

- Bon. Quoi? Il est décédé?

D’après vous? Non, il est en pleine forme, mais on a décidé de liquider sa succession à l’avance!

- Oui, il est décédé.

- Bon. Qu’est-ce que je peux faire pour vous?

À votre avis? J’appelle pour savoir quel temps il fait par chez vous!

- Pourriez-vous m’envoyer un formulaire de réclamation du produit d’assurance?

- Bon je vais avoir besoin de l’attestation de décès.

- D’accord, j’ai ça. Je l’envoie à votre attention?

- Ben non! Je vous envoie D’ABORD un formulaire de réclamation, et vous me le retournez AVEC l’attestation de décès.

C’est pour ça que je vous demandais D’ABORD un formulaire de réclamation, figurez-vous donc, Madame Chose!

Désolée, j’ai le « piton sensible » ces temps-ci.

 

Fous rires

Ça se passait un peu avant Noël. Nous étions assis, Grand Petit Frère et moi, sur des chaises droites on ne peut plus inconfortables près du lit d’hôpital de mon père, dans une chambre de quatre lits séparés par des rideaux. La voisine dormait, une autre « râlait » et un troisième plaçait et replaçait sans se lasser ses objets sur sa table de nuit.

Je ne me souviens plus comment c’est arrivé, mais on s’est mis à parler de réveille-matins. Je vous ai dit que Grand Petit Frère et papa habitaient dans la même maison? Non? Bien voilà, c’est fait. Alors au cours de la conversation, mon père s’est plaint que le réveille-matin de Grand Petit Frère fait un bruit d’enfer et que celui-ci part parfois travailler en oubliant d’éteindre la sonnerie. À ce moment, Grand Petit Frère a été pris d’un fou rire. Il nous a raconté, tout en mimant la situation, qu’un jour il a surpris mon père en train de se battre pour faire entrer le réveille-matin dans le congélateur en sacrant comme un charretier pour ne plus entendre la sonnerie. C’était hilarant. Papa a été lui aussi pris d’un fou rire et moi je riais tellement que j’en avais mal aux joues. Papa s’est frotté les yeux en riant et on s’est regardés tous les trois en essayant de rire moins fort pour ne pas déranger les autres patients. Ça a été un beau moment en famille.

Un autre jour, un ami avec qui papa prenait son café tous les matins au centre commercial est venu lui rendre visite à l’hôpital. Malheureusement, les chaises droites étaient occupées par des visiteurs d’un autre patient. Pas de problème, l’ami prend a pris place sur la « chaise d’aisance » (un genre de toilette sur roulettes, fermée par un couvercle) que l’infirmière avait apportée à papa et que celui-ci venait tout juste d’utiliser. Et l’ami a passé un bon moment assis sur la chaise d’aisance à placoter avec papa, sans réaliser sur quoi il était assis, pendant que papa faisait de son mieux pour réprimer son rire.

Quelques semaines plus tard, au salon funéraire, l’ami en question est venu à moi et s’est présenté. J’ai reconnu son nom. Malgré toute la peine que j’éprouvais et la tristesse que je lisais sur le visage de l’ami pendant qu’il regardait la dépouille de mon père, j’ai réentendu dans ma tête papa raconter la visite sur la chaise d’aisance et j’ai été prise d’un rire incontrôlable que j’ai essayé avec plus ou moins de succès de faire passer pour un sourire de remerciement.

Merci papa pour tous les fous rires. Ceux-là et tous les autres.

 

Tout l’amour du monde

Mon père est décédé le 1er janvier à 3 h 10, chez lui. Quelques jours avant sa mort, je lui ai écrit une lettre. Après l’avoir lue, il m’a serrée fort dans ses bras à deux reprises. Dans ses beaux yeux verts qui me regardaient, j’ai lu tout l’amour et la tendresse du monde. Mon père me disait je t’aime. Mon père me disait adieu. Ìl me disait que je lui manquerais aussi. Il me disait merci.

Voici la dernière lettre que j’ai écrite à mon père :

« Le 26 décembre 2009

Papa,

Je me souviens d’un jour, quand j’étais petite, j’étais à la maison avec la grippe. Mon petit frère était parti à l’école. Tu m’avais apporté une bande dessinée. Tu m’avais touché le front pour voir si je faisais de la fièvre. Tu étais inquiet pour moi. Tu étais mon père et ma mère en même temps. Je voudrais prendre soin de toi comme tu as pris soin de moi. Mais je sens bien que tu ne veux pas qu’on prenne soin de toi. Alors j’essaie d’être discrète. J’essaie de ne pas aller te voir trop souvent. De ne pas téléphoner trop souvent. J’essaie de te laisser tranquille, mais c’est difficile parce que je sais que je vais tellement m’ennuyer de toi quand tu ne seras plus là. Et ça me fait vraiment peur.

Je voudrais te téléphoner toutes les cinq minutes, juste pour entendre ta voix. Je voudrais m’asseoir près de toi toute la journée, juste pour sentir ta présence. Je voudrais te retenir, mais je ne sais pas comment. Je voudrais te tenir la main tout le temps, parce que j’ai trop peur que tu partes sans me dire au revoir.

Hier soir, j’ai sorti de mes albums toutes les photos où nous sommes tous les deux et aussi mes plus belles photos de toi. Je les gardes dans mon tiroir et je les sors pour les regarder quand j’ai trop de peine. Ma préférée, c’est celle où j’avais environ un an et que je m’étais endormie dans tes bras. Quand j’ai trop peine, je repense à mes plus beaux souvenirs de toi. Quand tu riais fort au Jour de l’An chez Gaston ou quand tu jouais aux cartes chez Annette, la fois où tu m’avais emmenée faire une « démonstration » chez ton vendeur, quand tu faisais ton tour de magie avec les sous qui disparaissaient, quand on étaient allés au Lac Bonhomme, quand on coupait les légumes pour faire ta sauce à spaghetti, quand on mangeait de la graisse de rôti le samedi soir après Road Runner et le coyotte, quand tu venais me chercher à Ste-Anne-de-Bellevue, quand tu prenais Fiston et Fistonne sur tes genoux pour leur chanter des chansons, quand tu venais nous voir à Chambly et que tu apportais des bonbons aux enfants… quand les enfants étaient malades et que tu téléphonais pour prendre des nouvelles ou que tu leur faisais leur soupe préférée. J’en ai tellement de beaux souvenirs de toi!

J’ai quelque chose de très important à te dire. Un jour, quand j’avais 15 ans, tu m’avais promis que tu serais toujours là pour moi. Et tu as tenu ta promesse. Tu as toujours été là pour moi. Tu es mon père et ma mère. Tu as pris soin de moi. Tu as pris soin de mes enfants. Je t’aime tellement.

Je suis bouleversée par ce qui t’arrive. J’ai l’impression d’avoir une peine plus grande que l’univers en entier. Et pour la première fois, tu ne peux pas m’aider. J’ai tellement de peine, que je ne sais pas comment me consoler. Et je ne sais pas comment te consoler non plus.

Merci d’avoir été mon père.

Je t’aime et je t’aimerai toujours,

Joan xx »

Après avoir remis cette lettre à mon père, je suis allée le voir tous les jours. Tous les jours je lui ai pris la main et je lui ai dit je t’aime. Tous les jours je l’ai embrassé sur le front. Pour lui, mais aussi pour moi, pour me faire encore plus de beaux souvenirs de lui.

Au revoir, mon petit papa. Au revoir et merci.

 

Les Enfants de mon chum (suite et fin)

Suite de Les Enfants de mon chum – Récit fictif
Toute ressemblance avec des personnes réelles est une pure coïncidence

CHAPITRE NEUF
LA RUPTURE

Le mois qui suivit fut déterminant dans ma vie de couple avec Gérald. Quand je dis « vie de couple », je fais allusion à ce qui en restait, bien sûr. Parce des moments de couple, seuls tous les deux comme avant, il y en avait de moins en moins. Je mettais énormément d’énergie dans ma nouvelle vie de famille, mais en même temps ma nouvelle vie me nourrissait. Comme si j’en avais besoin. Comme si elle m’était devenue indispensable. Je ne me trouvais pas douée avec les filles, un peu plus avec Microbe peut-être, mais avec les filles c’était un vrai fiasco. Après la mésaventure du chum qui s’était retrouvé tout nu dans mon lit, Chipie avait commencé à fouiller dans mes tiroirs et à m’emprunter certains objets personnels. Ça avait commencé par une brosse à cheveux. Mon séchoir à cheveux. Ma pince à sourcils. Ma crème hydratante. Mon shampooing à 30 $. Un jour, ce furent mes bottes de cuir qui disparurent, le temps que Chipie aille au dépanneur. Je piquais des crises. Gérald tentait d’arbitrer nos conflits, avec plus ou moins de succès. J’exigeai que Gérald installe un cadenas à ma porte de garde-robes et à mon tiroir de salle de bien. Devant l’air scandalisé de Chipie qui jura sur la tête de tous les saints qu’elle n’avait jamais au grand jamais osé fouiller dans mes affaires, Gérald osa suggérer que j’exagérais peut-être un tantinet. Et cette fois, je fis mes bagages pour de bon. Et je retournai au chalet.

Cette rupture me fit très mal. J’aimais profondément Gérald. Mais jamais je ne m’entendrais avec Chipie et je le savais. Il le savait aussi, et c’est la raison pour laquelle il m’avait laissé partir. Nous n’avions pas le choix. La santé de la mère des filles ne semblait pas s’améliorer, Gérald tenait à être présent pour ses filles au risque de sacrifier sa vie de couple avec moi, même s’il m’adorait, et nous n’étions arrivés à aucune solution. Mieux valait vivre séparément.

J’avais cessé complètement de voir Gérald. Il me manquait beaucoup. Microbe aussi. J’essayais de ne pas y penser. Je me changeais les idées en redoublant d’ardeur au travail. Je passais parfois des nuits complètes, les yeux grands ouverts, à essayer de comprendre où j’avais manqué. À me demander ce que j’aurais pu faire de plus. À regretter le petit minois de Microbe.

Environ un mois s’était écoulé depuis mon départ définitif pour le chalet. Ce serait bientôt Noël. J’étais un peu nostalgique. Dehors, la tempête s’était levée. Après une longue promenade dans les sentiers de la montagne, j’avais allumé des bûches dans le foyer et je regardai les flammes en me rappelant les Noël de mon enfance.

Le téléphone sonna.

- Allô?

- Allô c’est Microbe. C’est Chipie qui a signalé ton numéro.

- C’est vrai?

- Oui. C’est parce que j’ai vraiment un gros problème.

- Quel problème, mon petit?

- Je sais pas écrire.

- Tu ne sais pas écrire? Ce n’est pas grave, mon cœur, tu apprendras à l’école l’an prochain.

- Oui mais moi je veux écrire tout de suite.

- Je vois…

- Est-ce que je peux venir à ton chalet pour que tu m’aides à écrire ma lettre au Père Noël?

- Euh… peut-être que Chipie ou Morgan pourraient t’aider?

- Je veux pas Chipie ou Morgan, je veux toi!!!

- Mais je suis très loin, tu sais. Je ne peux pas t’aider tout de suite.

- C’est pas grave, je suis arrivé!

Mais qu’est-ce qu’il racontait là! Je vis soudain une voiture devant ma fenêtre. Microbe et Chipie en descendirent, tout emmitouflés. Microbe trébucha dans la neige et Chipie l’aida à se relever. Je me demandai si je rêvais… Je leur ouvrir la porte et pris leur manteau. Microbe m’entoura les jambes de ses bras et me suivant partout. Chipie avait l’air mal à l’aise et regardait par terre. J’installai Microbe devant le foyer, avec un chocolat chaud, et m’assieds à table avec Chipie.

- Qu’est-ce qui se passe? demandai-je.

- Je suis venue m’excuser, dit-elle.

Bien sûr, s’excuser. C’est si facile de s’excuser, maintenant que ma vie de couple a pris le bord.

- Je suis venue te dire que je vais aller vivre avec tante Germaine le temps que maman guérisse. Gérald va avoir besoin de toi, au condo.

- Tu crois? demandai-je ironiquement.

- Il a gagné son procès, tu sais, le nouveau bébé. Elle s’appelle Olivia. Elle vit chez nous en garde partagée. On n’y arrive pas. Et Microbe s’ennuie tellement de toi.

Je soupirai.

- Je ne sais pas… Nous avons pris ensemble la décision de nous séparer. Je ne suis pas certaine que Gérald…

Chipie me tendit son téléphone.

- Appelle-le, conseilla-t-elle.

- Je ne sais pas quoi lui dire.

- Appelle…

Je signalai le numéro.

- Annette?

- Oui, Gérald, c’est moi.

- Annette tu me manques tellement. Je t’aime. Reviens, je t’en prie.

- Je ne peux pas, Gérald.

- Mais pourquoi pas?

- Je n’ai pas terminé d’écrire la lettre de Microbe au Père Noël!

J’éclatai de rire et il rit aussi. Je m’approchai de Microbe pour lui faire un câlin. Il me sourit.

- On arrive, dis-je à Gérald. On arrive, mon amour.

FIN