Archive du janvier 13th, 2010

Fous rires

Ça se passait un peu avant Noël. Nous étions assis, Grand Petit Frère et moi, sur des chaises droites on ne peut plus inconfortables près du lit d’hôpital de mon père, dans une chambre de quatre lits séparés par des rideaux. La voisine dormait, une autre « râlait » et un troisième plaçait et replaçait sans se lasser ses objets sur sa table de nuit.

Je ne me souviens plus comment c’est arrivé, mais on s’est mis à parler de réveille-matins. Je vous ai dit que Grand Petit Frère et papa habitaient dans la même maison? Non? Bien voilà, c’est fait. Alors au cours de la conversation, mon père s’est plaint que le réveille-matin de Grand Petit Frère fait un bruit d’enfer et que celui-ci part parfois travailler en oubliant d’éteindre la sonnerie. À ce moment, Grand Petit Frère a été pris d’un fou rire. Il nous a raconté, tout en mimant la situation, qu’un jour il a surpris mon père en train de se battre pour faire entrer le réveille-matin dans le congélateur en sacrant comme un charretier pour ne plus entendre la sonnerie. C’était hilarant. Papa a été lui aussi pris d’un fou rire et moi je riais tellement que j’en avais mal aux joues. Papa s’est frotté les yeux en riant et on s’est regardés tous les trois en essayant de rire moins fort pour ne pas déranger les autres patients. Ça a été un beau moment en famille.

Un autre jour, un ami avec qui papa prenait son café tous les matins au centre commercial est venu lui rendre visite à l’hôpital. Malheureusement, les chaises droites étaient occupées par des visiteurs d’un autre patient. Pas de problème, l’ami prend a pris place sur la « chaise d’aisance » (un genre de toilette sur roulettes, fermée par un couvercle) que l’infirmière avait apportée à papa et que celui-ci venait tout juste d’utiliser. Et l’ami a passé un bon moment assis sur la chaise d’aisance à placoter avec papa, sans réaliser sur quoi il était assis, pendant que papa faisait de son mieux pour réprimer son rire.

Quelques semaines plus tard, au salon funéraire, l’ami en question est venu à moi et s’est présenté. J’ai reconnu son nom. Malgré toute la peine que j’éprouvais et la tristesse que je lisais sur le visage de l’ami pendant qu’il regardait la dépouille de mon père, j’ai réentendu dans ma tête papa raconter la visite sur la chaise d’aisance et j’ai été prise d’un rire incontrôlable que j’ai essayé avec plus ou moins de succès de faire passer pour un sourire de remerciement.

Merci papa pour tous les fous rires. Ceux-là et tous les autres.