Archives pour décembre, 2009

J’attends

J’attends. Comme toi, j’attends. Avec toi, j’attends. La différence, c’est que toi tu n’as pas peur. Comme si tu avais accepté, déjà. J’entends ta voix faiblir un peu plus chaque jour. Je voix ton corps s’enfler, les bleus sur tes mains. Tes jambes qui ne veulent plus te porter. On dirait que tes yeux verts sont trop grands pour ton visage devenu si petit. J’ai peur que tu disparaisses. Je ne sais pas comment te retenir.

Comment peux-tu être si résigné, toi qui étais si bagarreur? Comment peux-tu si facilement nous laisser derrière? On dirait que le temps et l’espace ne comptent plus. Tu n’es bien nulle part. Tu as mal mais tu ne te plains pas. Tu ne te plains plus. As-tu même oublié comment crier? Hurler? Sacrer? On dirait que tu as déjà commencé à t’éloigner, à t’endormir. La dernière bataille, tu ne la feras pas, je le vois bien. La maladie s’empare de toi, et tu ne combats pas. Comme si elle avait le droit d’être là. De t’emporter comme ça. Tu n’as même pas l’air étonné. Tu l’attendais, dis-moi? Tu le savais, n’est-ce pas, que ça finirait comme ça… ta grande histoire d’amour avec l’alcool…?

Pendant que tu attends calmement la suite, j’ai peur et j’ai mal pour deux. Je t’en prie, ne t’en vas pas.

Je t’aime papa.

 

Les Enfants de mon chum (la suite)

Suite de Les Enfants de mon chum – Récit fictif
Toute ressemblance avec des personnes réelles est une pure coïncidence.

CHAPITRE HUIT
DINER AVEC JASMINE

- Encore un peu de café? demanda la serveuse.

Jasmine acquiesça. Nous terminions notre diner, dans une sandwicherie située tout près du bureau. La serveuse remplit nos deux tasses et s’éloigna.

- Tout nu, répéta Jasmine pour la troisième fois, en prenant une dernière bouchée de gâteau au fromage.

- Ouais. La salle de bain se trouve entre nos deux chambres, et il prétend qu’il s’est levé pour s’y rendre et a tourné du mauvais côté en sortant, de sorte qu’il s’est retrouvé dans ma chambre sans le savoir et, surtout, sans le vouloir.

- Il avait bu ou quoi?

- Non, non, je ne pense pas. Il était juste à moitié endormi.

- Ça se peut.

- Bien sûr que ça se peut. Là n’est pas la question. Je refuse qu’un ado que je connais à peine dorme chez moi sans qu’on me demande mon avis. Voilà. Mon condo n’est pas un hôtel.

- Et Gérald, qu’est-ce qu’il dit?

- Il dit que tous les ados font ça.

- Dormir tout nu?

- Dormir chez leur chum ou leur blonde. J’étais très mal à l’aise.

- En fait, le problème, c’est qu’il s’est trompé de chambre. Sinon, tu n’en aurais pas fait toute une histoire. Il avait le droit d’être là, mais pas de son tromper de chambre, voilà.

- Non, le problème, c’est que personne ne me demande jamais mon avis et que je ne me sens plus chez moi. Je me sens envahie.

- Et toi tu leur as demandé leur avis avant d’installer les deux filles dans ton bureau et le marmot dans votre chambre.

Je soupirai :

- Ce n’est pas pareil. Ils sont chez moi. Je peux décider comment je les installe, non?

- Sans l’avis de Gérald?

Nouveau soupir. Jasmine prit une gorgée de café et ajouta :

- On dirait que tu détestes les filles.

- Les ados sont insupportables.

- Tu parles de l’adolescence comme si c’était une maladie. C’est juste un âge. C’est à toi de leur fixer des limites claires. En collaboration avec le père, bien sûr. Pourquoi n’élaborez-vous pas ensemble des règles claires, Gérald et toi?

- Elles vont encore critiquer.

- Et alors? Elles ont le droit de critiquer. L’important, c’est qu’elles respectent les règles.

- Ça me fâche quand elles rouspètent.

Jasmine hocha la tête de gauche à droite.

- Ma vieille, t’es encore plus ado que tes ados.

- C’est pas MES ados.

- Peu importe. N’oublie jamais que c’est toi, l’adulte. Tu fixes les règles et tu les appliques. C’est normal que ça les mette de mauvaise humeur. Et c’est normal qu’elles essaient sans arrêt de contourner ou de repousser les règles. Mais toi, tu devrais avoir suffisamment de maturité pour passer par-dessus leurs bouderies.

- Je n’ai pas l’habitude qu’on me manque de respect.

- Ah! non? tu contrôles l’attitude de tout le monde, toi? La madame qui passe devant toi à la caisse de l’épicerie? Le monsieur qui te pousse dans l’ascenseur? Le gars qui te coupe, qui te klaxonne ou qui te fait un doigt d’honneur en voiture? La matante qui t’engueule parce que tu as manqué le souper de l’Action de Grâce? Le voisin qui laisse son chien faire ses besoins chez vous?

- Arrête. Tu comprends ce que je veux dire.

- Tu n’as pas d’expérience avec les ados, c’est tout. Les filles n’agissent pas dans l’intention de te manquer de respect, elles essaient d’atteindre un but, de repousser des limites, de faire à leur tête, c’est tout. Tu n’es même pas assez importante pour elles pour qu’elles planifient de te nuire. Elles agissent uniquement dans leur intérêt à elles. Arrête de penser que tout ce qu’elles font est dirigé contre toi.

- Arrête, tu m’épuises. T’as peut-être raison. Faudrait que je parle à Gérald. Mais c’est pas évident. Il y a toujours du monde dans toutes les pièces du condo. C’est pas si grand, chez nous.

- Pourquoi tu commences pas par sortit le petit de votre chambre.

- Pour le mettre où?

- Je sais pas, moi. Dans le salon, au pire. Ou dans ta salle de musique.

- Dans ma salle de musique?!? T’es folle! C’est ma passion, la musique! S’il touchait à mon piano, ça me tuerait!

- Ouais, bien pour le moment il touche à ta vie de couple. Tu vas devoir faire des choix, ma vieille.

- Appelle-moi pas « ma vieille ».

Jasmine rit.

- Pas facile d’être mère, hein?

- Arrête ça! rouspétai-je.

- Belle-mère, d’abord. Tu aurais pas un petit faible pour Microbe, toi?

- Ben voyons donc! J’aime pas ça, les enfants, tu le sais.

- Oui, je le sais, mais des fois il y a des enfants qu’on aime malgré soi. Et qu’on aime entendre respirer et regarder dormir, la nuit.

(la suite lundi prochain)

 

Zed en a par-dessus la queue

(En vedette : Zed le chien et Allumette la chatte Abyssin couleur café)

Allumette – Eh! le chien, qu’est-ce que tu fais au sous-sol? T’as pas le droit de venir ici! Allez, ouste!

Zed – Et pourquoi est-ce que je n’aurais pas le droit de profiter du sous-sol comme tout le monde?

Allumette – Parce que le sous-sol est le royaume des chats.

Zed – Et qui a décidé ça?

Allumette – MOI j’ai décidé ça.

Zed – Et… tu es qui, TOI?

Allumette – Je suis le chef de famille. C’est moi qui fixe les règles, ici.

Zed – Le chef de famille, c’est pas toi, c’est Chéri.

Allumette – Chéri? Chien idiot. C’est vrai que Chéri a une grosse voix et qu’il donne des ordres, mais s’il était le chef de famille, il n’y aurait pas de chat ici, crois-moi. Surtout pas trois. J’avoue qu’il est pas facile à apprivoiser celui-là, par contre, mais j’y travaille. Hier soir, j’ai même réussi à m’approprier la chaise de son bureau, et il a trouvé ça drôle. Non, non, chien idiot, le chef de famille, c’est MOI. Et j’ai décidé que tu ne mets pas tes sales pattes au sous-sol, un point c’est tout.

Zed – J’en ai par-dessus la queue de tous vos règlements. Je dors dans une cage, je n’ai pas accès au sous-sol, je dois garder les quatre pattes par terre, je ne dois ni japper, ni mordre, je me fais gronder, bousculer, marcher sur la queue et ils finissent par se chicaner entre eux à cause de moi et par menacer de me donner.

- J’avoue qu’ils sont parfois émotifs.

- J’en ai trop par-dessus la queue. Ils n’auront pas la chance de me donner, c’est moi qui vais partir. Je les abandonne. La prochaine fois qu’ils ouvrent la porte, JE FUGUE.

- Ne fais pas ça, le chien…

- Je me gênerais, tiens.

- Fistonne, tu y as pensé à Fistonne? Elle ne peut pas se passer de toi! Elle t’adore! Et Fiston? Tu oublies Fiston, c’est lui qui a trouvé les meilleurs arguments pour que tu restes malgré tes bêtises. Tu vas pas leur faire ça? Et qui va prendre soin de toi si tu t’en vas? Qui va te nourrir, te cajoler, te flatter, te bécoter, te coller, te laver, te gâter, te promener? Et la mère poule, elle va encore pleurer! Si elle n’a plus de chiot pour l’occuper et calmer ses hormones, ça va être les chutes Niagara, ici, je te le dis.

- Oui bien je ne serai plus là pour voir ça. Trop c’est trop.

- Écoute, le chien. Je sais qu’ils peuvent être casse-pattes, des fois, mais je suis pas sûre que tu trouveras une meilleure famille. Les refuges sont pleins de chiens abandonnés. Et comme tu sens pas particulièrement bon, tu ferais peut-être bien de prendre la famille qu’on te donne. Allez, tu fais de ton mieux pour leur obéir, moi je m’occupe de les dresser. C’est moi le chef de famille, après tout!

- Je vais y penser.

- Non, non, c’est décidé : tu restes. Tu vas pas le croire, mais la mère poule est beaucoup plus calme depuis que tu es parmi nous. Une fille en pré-ménopause, ça lui prend un chien pour la calmer, crois-moi.

- Et Chéri? Qu’est-ce que tu fais de Chéri. Il ne peut plus me supporter. Je suis certain qu’il est en train de magasiner une baguette magique sur E-Bay, pour me faire disparaître.

- Oui, je sais. Ne le prends pas personnel. Chéri aime les chiens calmes. Le secret, c’est d’éviter de sauter dans son assiette quand il soupe. Si tu arrives à faire ça, ça va beaucoup aider, je te le garantis. Pour le reste, je me charge de Chéri. On va l’occuper au sous-sol, un tit peut de vomi de chat ici et là, une couple de besoins à côté de la litière, il n’aura même pas le temps de penser à tes bêtises. Tu seras tranquille en haut.

- Mmm…

- Alors c’est bon, tu restes. De toutes manières, si tu fugues, compte sur moi pour te ramener!

- Okay, je reste. Mais c’est seulement pour le fromage, alors. S’ils changent de marque de fromage, je déménage.

- Ils ne changeront pas. La mère poule arrête pas de dire que Fistonne a besoin de calcium, et la petite ne mange pas d’autre marque de fromage.

- Je l’adore, Fistonne.

- Moi aussi. Et elle nous le rend bien. Je suis certaine qu’elle a du chat, en elle.

- Fistonne a du chien.

- C’est qui, le boss ici?

- C’est toi. Okay, Fistonne a du chat.

- Bon chien. Remonte en haut, allez!