Archives pour novembre, 2009

La carte d’accès

Il y a deux semaines, j’ai égaré ma carte d’accès au bureau. On m’en a donné une nouvelle, pour vingt-cinq dollars. J’ai compris la leçon, je ferais dorénavant plus attention à mes affaires. Du moins c’est ce que je croyais.

Ce midi, pendant que la plupart des employés sont partis diner, je me rends « à la toilette » avec ma carte d’accès toute neuve dont je prends bien soin. Je tire la chaîne et là… je vois… comme dans un film au ralenti… ma carte tomber.. dans le tourbillon de l’eau qui s’en va… dans les tuyaux ! Sans hésiter, je plonge le bras dans la toilette pour rattraper la carte. Trop tard. Je sors en courant de la salle de bain, la manche dégoûtante, et me retrouve dans la cage d’escalier où j’ai accès aux ascenseurs… sans carte d’accès pour ouvrir la porte… Génial. Je frappe à la porte pour attirer l’attention. Personne. Je frappe et frappe encore. Pendant 10 minutes. La porte s’ouvre finalement.

- Merci!!!

- Tiens, je viens de sauver la vie de quelqu’un, moi.

Je repars en courant vers le service de la papeterie chercher une nouvelle carte et explique la situation à une toute jeune personne qui se retient pour ne pas rire.

- Je vais vous donner une nouvelle carte.

- Pas besoin, ma carte a bouché la toilette en tombant dedans, alors si on fait déboucher la toilette on récupérera ma carte!

Elle pouffe de rire :

- Je ne crois pas que la carte va ressortir.

- Oui, oui, un jour j’ai échappé mon cellulaire dans la toilette et quand mon chum a réussi à déboucher la toilette il a récupéré le cellulaire.

Elle rit aux larmes. Pourquoi est-ce que je suis allée lui raconter ça, dites-moi. Elle demande à sa collègue :

- Qu’est-ce qu’on fait?

L’autre s’étouffe de rire :

- J’espérais que tu ne me parles pas, j’essayais de ne pas rire!

Tout le monde rigole et moi je suis là, les baguettes en l’air, la manche mouillée d’eau de toilette, essayant de les convaincre. Elle finit par me donner une autre carte.

- On va appeler l’entretien et faire déboucher la toilette, on verra bien. Votre nom?

- Je vais vous le donner mais s’il vous plaît ne le dites à personne.

Je me sens stupide et je veux m’en aller chez moi!!!

 

Les Enfants de mon chum (la suite)

Suite de Les Enfants de mon chum – Récit fictif
Toute ressemblance avec des personnes réelles est une pure coïncidence.

Je ne dis rien. Je ne savais pas quoi dire, de toutes manières. Il commençait à pleuvoir et j’entendis le tintement de la pluie à la fenêtre. J’entendis le vent dans les arbres. Je tenais entre mes bras un tout petit bonhomme malheureux et je ne savais pas comment le consoler. Je lui demandai tout bas :

- Qui t’as mis dans la tête que c’est parce que tu n’as pas été sage que tu ne vois pas ton papa et ta maman?

- Personne. C’est ma tête qui l’a deviné toute seule.

- Elle s’est trompée, ta tête.

Il leva vers moi son petit visage mouillé de larmes.

- C’est vrai, poursuivis-je, il y a plein d’enfants sages qui n’ont pas de papa ni de maman.

- Et les enfants pas sages?

- Il y a aussi plein d’enfants pas sages qui ont un papa et une maman. Ça n’a rien à voir.

- Alors qu’est-ce qui arrive aux enfants pas sages? demanda-t-il d’une toute petite voix.

- Rien, répondis-je.

- Rien de rien?

- Rien de rien.

- Et le père Noël?

- Quoi, le père Noël?

- Il ne punit pas les enfants pas sages?

Ouf…

- Non, il ne punit pas les enfants pas sages.

Il réfléchit quelques secondes et dit :

- Ma maman elle dit que le Père Noël m’apportera pas de cadeau si je suis pas sage. Et moi ami, lui, il dit que le Père Noël il existe pas.

Misère…

- Ah…

- Est-ce que le Père Noël existe?

Comment changer de sujet…?

- Quel ami? Celui qui mange des céréales d’abeilles?

- Est-ce que le Père Noël existe?

Réfléchis. Ça presse.

- Euh… je vais m’informer, d’accord? Mais… je crois que oui, le Père Noël existe.

Faites qu’il ne me demande pas de preuves.

- Est-ce que c’est lui qui enlève les papas et les mamans aux enfants pas sages?

- Bien non.

- Comment tu sais?

Ouache.

- Tu vois, le Père Noël il est très occupé. Il n’a pas le temps de courir après les papas et les mamans.

- Pourquoi il est occupé?

- Il fabrique des cadeaux.

- Ma maman dit que c’est les lutins qui fabriquent les cadeaux.

- Oui… mais… le Père Noël il fabrique les cadeaux pour la Mère Noël et pour les lutins.

- C’est qui, la Mère Noël?

- C’est la blonde du Père Noël.

- Peut-être que c’est elle qui enlève les papas et les mamans aux enfants pas sages.

- Non.

- C’est qui d’abord?

- C’est personne. Personne n’enlève les papas et les mamans et les papas aux enfants pas sages.

- Mon papa et ma maman… ils vont revenir, alors?

- Je ne sais pas, Microbe. Je ne sais pas s’ils vont revenir. Mais je sais que rien n’est ta faute. Ça n’est pas ta faute s’ils ne sont pas là. Et tu ne peux rien faire pour les faire revenir plus vite. Même si tu es très sage, ça ne les fera pas revenir plus vite. C’est la maladie qui décide. Et les médecins, tu vois.

- J’aime pas la maladie. Elle est méchante.

- J’aime pas la maladie non plus.

Il appuya sa petite tête blonde sur mon épaule et se blottit contre moi. Le vent sifflait plus fort, à présent. La pluie fouettait la fenêtre. Une vraie soirée d’automne.

Pendant un instant, je me dis que j’avais bien fait de faire demi-tour. Ça aurait été pénible de conduire longtemps par ce temps.

Puis je réalisai que Microbe s’était assoupi. Je déposai sa tête sur l’oreiller et le regardai dormir. Il avait l’air d’un petit ange. J’avançai la main et caressai la petite tête échevelée. Drôle de petit bonhomme.

(la suite lundi prochain)

 

Les 14 ans de Fistonne

Ma petite peanut, ma grande fille, ma toute belle, tu as 14 ans aujourd’hui.

Quand tu étais bébé, je me disais souvent que tu es presque trop merveilleuse pour être vraie. Tu es comme je t’imaginais avant de te connaître et de t’aimer. Toute pareille. Douce et forte à la fois. Fière et drôle. Rieuse. Moqueuse. Ingénieuse. Artistique. Créative. Si j’avais pu choisir ma fille, c’est toi que j’aurais choisi.

Tu me racontes et j’entends ce que tu as entendu. Et je vois ce que as vu. Comme si j’y étais. Tu es ma raconteuse préférée. Tes histoires sont pleines de rebondissements.

Quand tu ris, j’entends un million de petites clochettes tinter dans mon cœur. Quand tu es heureuse, je me sens bien. Quand je vois de la brume ou de l’eau dans tes beaux yeux bleus, j’ai mal partout. Je voudrais te protéger de toutes les douleurs et de tous les « pas gentils » du monde, mais c’est impossible. Je ne peux rien faire d’autre que t’apprendre à te protéger. Et souvent, ce que je veux t’apprendre, tu le sais déjà. Tu vieillis beaucoup plus vite que l’image que je me fais de toi.

Quand je m’inquiète pour toi, c’est parce j’imagine, à tort, que tu es aussi démunie que je l’étais à ton âge. Mais je me parle « dans le casque » et je fais de mon mieux pour me rappeler chaque jour que tu n’as pas autant besoin qu’on s’inquiète pour toi. Tu n’es pas moi, tu es toi, beaucoup plus forte que j’étais, mieux outillée pour affronter le quotidien, plus volontaire et moins insécure.

Et je suis très fière de toi. Et je me sens émue de te voir grandir aussi joliment et sûrement. Je donnerais ma vie pour que la tienne soit belle, mais ce ne sera pas nécessaire, tu sauras très bien le faire sans moi. Et je serai toujours là, juste au cas où. Et je serai toujours fière d’être ta maman.

Bonne fête ma toute belle.

Je t’aime et je t’aimerai toujours.

Maman xoxo

 

Les Enfants de mon chum (la suite)

Suite de Les Enfants de mon chum – Récit fictif
Toute ressemblance avec des personnes réelles est une pure coïncidence.

Je rentrai chez moi à pas de loups. À part la faible lueur de la télévision ouverte, le condo était plongé dans l’obscurité. Gérald était assis dans un fauteuil et fixait l’écran muet. Il leva la tête quand je passai près de lui pour rejoindre ma chambre, mais ne dit rien. Il avait l’air découragé. Je me dirigeai vers ma chambre sans dire un mot moi non plus. J’entendis la voix des filles derrière la porte close de mon bureau. Elles étaient déjà installées. Je longeai le couloir jusqu’à ma chambre où je devinai que Microbe dormait déjà. La porte était ouverte. Le mousse était assis dans le petit lit remonté par M. Untel, et flattait son chat en lui parlant tout bas. Je décidai de ne pas entrer tout de suite et déposai lentement mon sac à main à mes pieds.
Microbe soupira et chuchota :
– Ma maman est malade mais elle va guérir bientôt. Mais il faut qu’elle se repose à l’hôpital avant. Parce qu’elle est trop fatiguée. C’est pour ça qu’on la voit plus du tout. Elle est tout le temps fatiguée. Elle va faire des dodos à l’hôpital et ensuite elle va venir nous chercher pour retourner chez nous. Mais pas tout de suite. Ça va prendre un peu de temps, mais presque pas beaucoup, juste un peu. Et quand elle aura fait tous ses dodos à l’hôpital elle va venir nous chercher et on va retourner chez nous. Comme avant. C’est presque bientôt. Mais pas tout de suite. Parce que là, il faut que le docteur la soigne. Peut-être qu’il va lui donner un thermomètre. Comme moi quand j’étais malade. J’ai eu un thermomètre. Et je toussais. Et ma maman elle me donnait du sirop. Peut-être que le docteur va lui donner du sirop. Mais pas du sirop pour les enfants. Du sirop pour les grands. C’est pareil comme du sirop pour les enfants, mais ça goûte pas les raisins.
Une vraie machine à parler. Je le trouvai mignon dans son petit pyjama. J’entendis le chat ronronner. Microbe poursuivit :
– Toi tu ronfles. Comme ma maman. Ma maman elle ronfle des fois. Toi est-ce que ça te fais peur quand ma maman ronfle? Oui? Ben non, t’as pas besoin d’avoir peur, t’as juste à faire dodo avec moi et t’auras pas peur parce que je vais te flatter. Est-ce que tu en as une, toi, une maman qui ronfle? C’est pas grave si t’as pas de maman, parce que moi je m’occupe de toi. Pis si tu t’ennuies de ta maman tu vas faire dodo avec moi et je vais te chanter une belle chanson. C’est pas grave si ta maman est pas là, elle va revenir presque bientôt. Moi je vais te garder en attendant. Mais il faut que tu sois sage par exemple. Mais toi tu as de la peine et tu veux voir ta maman? Ben non, tu peux pas, il faut attendre et faire des dodos ici avec moi. Pis si t’es sage, ta maman va revenir presque presque presque vite.
J’étais émue. Je devinais la souffrance dans ses mots d’enfants. Je me revis, enfant, perdue dans mon grand lit, le soir, attendre anxieusement le retour de ma mère. Ça se passait 30 ou 35 ans plus tôt, mais je n’avais pas oublié. J’avais le cœur en compote.
Le chaton miaula.
- Tu ne veux pas être sage? Ben d’abord ta maman reviendra pas… et ton papa non plus. C’est vrai, tsé, t’aura même pas de papa et de maman. Pareil que moi.
Microbe éclata en sanglots. J’enlevai mon manteau, le déposai par terre près de mon sac à main, et m’approchai du lit de Microbe sans trop savoir ce que je ferais. Le chat se sauva. Quand il me vit, Microbe me sauta dans les bras et sanglota de plus belle. Je l’enlaçai maladroitement.

(la suite lundi prochain)