Archive du novembre 30th, 2009

Les Enfants de mon chum (la suite)

Suite de Les Enfants de mon chum – Récit fictif
Toute ressemblance avec des personnes réelles est une pure coïncidence.

L’homme se tut et, à ma grande surprise, je vis qu’il s’agissait de Quentin. Il était couché tout nu, près de moi.

- Oh! non, oh! non, c’est pas vrai, gémit Chipie, elle-même à moitié habillée.

- J’allais à la salle de bain, je me suis trompé de chambre, dit rapidement Quentin en se levant. Il sortit en courant.

- QU’EST-CE QU’IL FAIT ICI? gueulai-je.

Chipie sortit de la chambre elle aussi, en pleurant. Gérald la suivit en la harcelant de questions. Morgan s’avança vers Microbe pour le consoler. Je restai là, sans bouger. Le cœur me battait dans les tempes. J’entendais Gérald et Chipie discuter fort mais j’avais du mal à me concentrer sur ce qu’ils disaient.

- Il n’a pas de voiture, gémit Chipie, et il est 3 h du matin!

- Il peut rester ce soir, mais j’aurais à te parler sérieusement, l’avertit son père. Je ne tolérerai aucun manque de respect dans cette maison!

Chipie brailla :

- On n’a rien fait! Tu es le pire père du monde! Je te déteste! Je m’en vais chez ma tante Germaine! Je ne veux plus jamais te voir. JAMAIS!

J’entendis claquer la porte de sa chambre. J’étais estomaquée. Moi, à la place de Chipie et à son âge, je me serais excusée à plat ventre, tandis qu’elle insultait son père. Et à la place de Gérald, j’aurais mis l’ado à la porte. Je pense. En tous cas, Gérald ne semblait pas du tout se rendre compte de la gravité de la situation. Le chum de sa fille se promenait tout nu chez nous et, le pire de tout, s’était couché dans notre lit. Et tout ce qu’il trouvait à dire est qu’on allait en reparler le lendemain. Avec un père aussi tolérant, pas étonnant que Chipie soit aussi insolente!

Gérald vint me rejoindre dans ma chambre.

- Ça va? me demanda-t-il gentiment.

- Non, répondis-je de mon air le plus grognon. Non, ça ne va pas du tout.

Il s’assied dans le lit, près de moi et posa la main sur ma joue.

- Tu as eu peur?

- Oui, j’ai eu peur. J’ai eu très peur. Et je suis insultée, si tu veux savoir. Je ne pensais pas qu’un jour quelqu’un dormirait sous mon toit à mon insu. Et sans mon consentement. Tout nu, en plus.

Il haussa les épaules.

- Les jeunes font ce genre de choses.

- Qu’est-ce que tu entends par « ce genre de choses »?

- Pourquoi Quentin il était tout nu? demanda Microbe à Morgan, dont j’avais oublié la présence.

- Je t’expliquerai demain, ma petite bibitte d’amour, répondit sa sœur en le serrant dans ses bras. Mais là, tu vas faire un beau dodo et moi aussi.

Elle l’embrassa sur le front et sortit en nous disant bonne nuit. Microbe se recoucha et ferma les yeux.

- On reprendra cette conversation demain, murmura Gérald.

- Je veux discuter maintenant, répliquai-je.

- Pas en présence des « jeunes oreilles ». C’était ton idée, qu’on l’installe ici. Je te rappelle que moi, je n’y voyais que des inconvénients.

- C’est temporaire, leur mère va bientôt guérir. Sinon je n’aurais pas sacrifié notre intimité, tu le sais bien.

- Ouais, bien on reparlera de tout ça demain, dit-il en refermant la lumière.

J’étais bleu marine. J’acquiesçai tout de même, pour qu’on ne se dispute pas devant Microbe. N’empêche qu’il venait de marquer un point. On ne pouvait plus discuter dans la chambre depuis que Microbe dormait avec nous. Et pas seulement discuter, d’ailleurs. Il avait tout à fait raison, et je comprenais qu’il soit en désaccord avec cette décision que j’avais prise sans le consulter. Mais il ne m’avait pas consultée non plus avant de décider que Quentin pourrait terminer la nuit chez nous. On le connaissait à peine, ce jeune homme. Et il s’en permettait beaucoup. En plus, il nous avait sacrement manqué de respect. Et Chipie aussi. Chipie encore plus. Inviter son chum ici alors qu’elle n’était même pas chez elle. Et dans la chambre qu’elle partageait avec sa sœur, en plus. Elle avait du culot, la jeune demoiselle. En tous cas, ces trois enfants étaient arrivés ici avec leurs valises sans que Gérald me demande mon avis. Mais j’avais dit à Germaine que j’étais d’accord pour qu’ils prolongent leur séjour avec nous. Méchante gaffe. J’étais douée pour me mettre les pieds dans les plats, en tous cas. Après Gaston Lagaffe, accueillez Annette Lagaffe, pour vous servir. Heureusement que grand-maman Annette n’était plus là pour voir ça.

Grand-maman Annette me manquait encore, après toutes ces années. Ses rondeurs, son chignon gris, son nez trop long, ses fossettes, ses rides et son tablier à fleurs. Pour moi, grand-mère Annette était la plus belle. Je me rendormis en imaginant que j’étais redevenue une fillette et que j’entourais grand-mère Annette de mes petits bras.

(la suite lunci prochain)