Archives pour novembre, 2009

Les Enfants de mon chum (la suite)

Suite de Les Enfants de mon chum – Récit fictif
Toute ressemblance avec des personnes réelles est une pure coïncidence.

L’homme se tut et, à ma grande surprise, je vis qu’il s’agissait de Quentin. Il était couché tout nu, près de moi.

- Oh! non, oh! non, c’est pas vrai, gémit Chipie, elle-même à moitié habillée.

- J’allais à la salle de bain, je me suis trompé de chambre, dit rapidement Quentin en se levant. Il sortit en courant.

- QU’EST-CE QU’IL FAIT ICI? gueulai-je.

Chipie sortit de la chambre elle aussi, en pleurant. Gérald la suivit en la harcelant de questions. Morgan s’avança vers Microbe pour le consoler. Je restai là, sans bouger. Le cœur me battait dans les tempes. J’entendais Gérald et Chipie discuter fort mais j’avais du mal à me concentrer sur ce qu’ils disaient.

- Il n’a pas de voiture, gémit Chipie, et il est 3 h du matin!

- Il peut rester ce soir, mais j’aurais à te parler sérieusement, l’avertit son père. Je ne tolérerai aucun manque de respect dans cette maison!

Chipie brailla :

- On n’a rien fait! Tu es le pire père du monde! Je te déteste! Je m’en vais chez ma tante Germaine! Je ne veux plus jamais te voir. JAMAIS!

J’entendis claquer la porte de sa chambre. J’étais estomaquée. Moi, à la place de Chipie et à son âge, je me serais excusée à plat ventre, tandis qu’elle insultait son père. Et à la place de Gérald, j’aurais mis l’ado à la porte. Je pense. En tous cas, Gérald ne semblait pas du tout se rendre compte de la gravité de la situation. Le chum de sa fille se promenait tout nu chez nous et, le pire de tout, s’était couché dans notre lit. Et tout ce qu’il trouvait à dire est qu’on allait en reparler le lendemain. Avec un père aussi tolérant, pas étonnant que Chipie soit aussi insolente!

Gérald vint me rejoindre dans ma chambre.

- Ça va? me demanda-t-il gentiment.

- Non, répondis-je de mon air le plus grognon. Non, ça ne va pas du tout.

Il s’assied dans le lit, près de moi et posa la main sur ma joue.

- Tu as eu peur?

- Oui, j’ai eu peur. J’ai eu très peur. Et je suis insultée, si tu veux savoir. Je ne pensais pas qu’un jour quelqu’un dormirait sous mon toit à mon insu. Et sans mon consentement. Tout nu, en plus.

Il haussa les épaules.

- Les jeunes font ce genre de choses.

- Qu’est-ce que tu entends par « ce genre de choses »?

- Pourquoi Quentin il était tout nu? demanda Microbe à Morgan, dont j’avais oublié la présence.

- Je t’expliquerai demain, ma petite bibitte d’amour, répondit sa sœur en le serrant dans ses bras. Mais là, tu vas faire un beau dodo et moi aussi.

Elle l’embrassa sur le front et sortit en nous disant bonne nuit. Microbe se recoucha et ferma les yeux.

- On reprendra cette conversation demain, murmura Gérald.

- Je veux discuter maintenant, répliquai-je.

- Pas en présence des « jeunes oreilles ». C’était ton idée, qu’on l’installe ici. Je te rappelle que moi, je n’y voyais que des inconvénients.

- C’est temporaire, leur mère va bientôt guérir. Sinon je n’aurais pas sacrifié notre intimité, tu le sais bien.

- Ouais, bien on reparlera de tout ça demain, dit-il en refermant la lumière.

J’étais bleu marine. J’acquiesçai tout de même, pour qu’on ne se dispute pas devant Microbe. N’empêche qu’il venait de marquer un point. On ne pouvait plus discuter dans la chambre depuis que Microbe dormait avec nous. Et pas seulement discuter, d’ailleurs. Il avait tout à fait raison, et je comprenais qu’il soit en désaccord avec cette décision que j’avais prise sans le consulter. Mais il ne m’avait pas consultée non plus avant de décider que Quentin pourrait terminer la nuit chez nous. On le connaissait à peine, ce jeune homme. Et il s’en permettait beaucoup. En plus, il nous avait sacrement manqué de respect. Et Chipie aussi. Chipie encore plus. Inviter son chum ici alors qu’elle n’était même pas chez elle. Et dans la chambre qu’elle partageait avec sa sœur, en plus. Elle avait du culot, la jeune demoiselle. En tous cas, ces trois enfants étaient arrivés ici avec leurs valises sans que Gérald me demande mon avis. Mais j’avais dit à Germaine que j’étais d’accord pour qu’ils prolongent leur séjour avec nous. Méchante gaffe. J’étais douée pour me mettre les pieds dans les plats, en tous cas. Après Gaston Lagaffe, accueillez Annette Lagaffe, pour vous servir. Heureusement que grand-maman Annette n’était plus là pour voir ça.

Grand-maman Annette me manquait encore, après toutes ces années. Ses rondeurs, son chignon gris, son nez trop long, ses fossettes, ses rides et son tablier à fleurs. Pour moi, grand-mère Annette était la plus belle. Je me rendormis en imaginant que j’étais redevenue une fillette et que j’entourais grand-mère Annette de mes petits bras.

(la suite lunci prochain)

 

Une gardienne avertie en vaut deux!

Fistonne a suivi son cours de « gardiens avertis », elle est prête. Je vais la chercher à l’arrêt d’autobus, la fais souper en vitesse et la reconduis chez ses clients, deux petits bonhommes de 3 et 7 ans. Il est 18 h 30.

À 21 h, le téléphone sonne. Fistonne chuchote, en larmes. Le petit ne veut pas dormir et elle ne sait pas quoi faire. Je monte dans la voiture en vitesse et vais la rejoindre. Les deux petits bonhommes me regardent avec de grands yeux étonnés. Ils sont beaux comme des cœurs. L’un est assis sur le divan, sage comme une image. L’autre, la couche « plus que pleine » qui fuit de tous bords tous côtés, saute partout, donnant au passage des coups de pied au chien. Ça sent la m… Je lui souris stratégiquement.

- Bonjour, je vais changer ta couche et ensuite tu vas faire dodo.

Il se sauve en courant. Je l’attrape et le prends sur ma hanche, comme je faisais avec Fiston quand il était, lui aussi, un petit bonhomme turbulent. Il se laisse faire. Je change sa couche et le mets au lit. Le temps que j’aille convaincre le plus vieux d’aller dormir lui aussi, il est revenu dans le salon et recommence à courir et à sauter partout. Je couche le plus grand et rattrape le petit. Deuxième essai. Je m’assois près du lit et attends qu’il s’endorme. Il se tourne et se retourne, demande un toutou, non pas celui-là, un autre, veut parler à son papa, change encore de toutou, veut une chanson et finit par tomber endormi une grosse demi-heure plus tard.

Je retourne voir Fistonne. Elle a lavé les traces de couche fuyante sur le plancher du salon et pleure toujours. Je la serre dans mes bras. Elle me dit, tout bas, en essuyant ses larmes :

- Je veux plus garder jamais …

Message reçu. Je comprends. Moi non plus je n’ai jamais aimé garder. Mais être maman, par exemple, être ta maman, ça j’adore.

 

Les Enfants de mon chum (la suite)

Suite de Les Enfants de mon chum – Récit fictif
Toute ressemblance avec des personnes réelles est une pure coïncidence.

CHAPITRE VII – UNE NUIT MOUVEMENTÉE

Le dimanche suivant, j’offris à Chipie de border moi-même Microbe, prétextant que ce serait plus simple ainsi puisqu’il dormait dans notre chambre. La vérité, c’est que, curieusement, j’en avais envie. Les choses ne s’arrangeaient pas entre Chipie et moi, et elle évitait autant que possible de m’adresser la parole. Elle se contenta donc d’un léger signe de tête affirmatif, avant d’aller ouvrir la télé et de s’étendre sur mon beau divan de cuir blanc près de son amoureux qui avait (encore!) soupé chez nous. Je soupirai et allais lui demander de garder les pieds par terre, lorsque Microbe me tira par la manche :

- Môa je veux une histoire, môa.

Je souris. Une histoire… Je me sentais d’humeur à le faire, ce soir-là, même si de toute ma vie de femme je n’avais jamais raconté d’histoire. Il me traîna dans « notre » chambre.

- Tu veux que je te raconte l’histoire de Blanche Neige?

- Non non non, répondit-il en se donnant un élan pour sauter dans son lit, je veux pas une histoire de filles, je veux une histoire pour les garçons.

- C’est pas une histoire de filles, répliquai-je en m’assoyant au bord de son lit, il y a des garçons dans l’histoire.

Il fronça les sourcils.

- Combien de garçons?

- Euh… sept. Non, huit avec le prince Charmant. Neuf avec le chasseur.

Il écarquilla les yeux.

- Un chasseur?

- Oui.

- Avec un fusil?

- Ah! non, désolée, je ne crois pas que les fusils existaient à cette époque.

- Ben là, moi je veux une histoire avec des fusils.

Je faillis lui demander si sa mère approuverait, mais je m’abstins. Mieux valait ne pas lui faire penser à sa maman.

- Je trouve que les fusils, c’est un peu violent.

Il réfléchit un peu.

- Ah… comme à la garderie.

Fiou. Je ne connaissais aucune histoire de fusils, de toutes manières.

- Mais…

Bon, quoi encore.

- Est-ce que le Père Noël il est violent, lui? demanda-t-il.

Ah! non, pas encore des questions sur le Père Noël…

- Non, le Père Noël n’est pas violent. Il est pacifique.

- Ah… ben d’abord, le Père Noël il m’a donné des soldats avec des fusils l’autre jour, ça veut dire que les fusils sont « passéfélics »?

Ouache.

- Euh…

Qu’est-ce que j’allais bien répondre à ça.

- On dit « pacifique ».

- « pa-ssé-fi-que ».

Bon. Je changeai de sujet.

- Tu aimerais que je te chante une chanson?

Il se remit à sautiller sur le lit :

- Oui! Oui! Oui!

- D’accord. Mais avant tu dois te coucher.

- Mais je ferme pas mes yeux.

Je soupirai. Après seulement quelques minutes avec Microbe, j’étais exténuée. Mais comment faisaient donc les autres… les autres « aidantes »? Et les mamans?

- D’accord, tu peux garder les yeux ouverts.

Je lui chantai la même chanson que la veille. Quand j’eus terminé, il dormait déjà. Je le couvris jusqu’au cou avec sa doudou et allai dire bonsoir à Gérald, qui travaillait dans son bureau. Il n’était pas tard, mais j’étais fatiguée et je décidai de me coucher tôt.

Je dormais depuis longtemps lorsque j’entendis Gérald s’allonger près de moi. Sans ouvrir les yeux, je me rapprochai pour me coller contre lui. Je réalisai soudain que ça n’était pas Gérald, me réveillai en sursaut et criai à pleins poumons :

- AU SECOURS!!! QUI EST LÀ??? AU SECOURS!!!

L’homme se mit à hurler à son tour, Microbe se réveilla en pleurant et les filles arrivèrent en courant, suivies de Gérald qui ouvrit la lumière.

(La suite lundi prochain)

 

Au revoir Eva

Eva est une jeune professionnelle à temps « trop plein » qui est aussi mère de famille à temps
« plus que plein ».

De toutes les filles que je connais, des plus jeunes aux plus âgées, Eva est certainement la plus sexy. Pas dans sa façon de s’habiller. Pas dans la forme de son corps. Pas dans ses gestes. Ce qui la rend sexy, Eva, c’est la soif de vivre qu’elle dégage, de vivre comme elle le sent, en fonçant, et tant pis si ça choque. Ce qui la rend belle, Eva, c’est sa façon de s’accepter comme elle est, avec ses défauts et ses qualités, ses forces et ses faiblesses. Eva a à peine 30 ans, mais elle porte en elle la force d’une femme qui en a vécu beaucoup plus. J’espère un jour avoir moi aussi la sagesse de m’accepter comme je suis. Et si je réussis, ce sera un peu grâce à elle et à l’admiration que je lui porte.

Dans quelques jours, Eva sautera à pieds joints dans le vide vers un nouvel emploi, sans avoir de garantie que ce sera plus facile, pour avoir au moins la chance de passer plus de temps avec son bambin. Au lieu de s’apitoyer sur son sort et d’attendre que le temps arrange les choses à sa place, Eva a fait des choix. La meilleure façon de réaliser ses rêves, c’est de prendre des décisions, de changer des choses, de bouger. Et ça, Eva sait le faire.

Bravo ma belle, fonce, vas-y. Je n’ai pas peur pour toi, tu arriveras où tu veux.

Je voulais te dire… je suis triste que tu partes, mais aussi tellement fière de toi.

Bisous,

Joan