Archives pour septembre, 2009

Jour de congé

7 h 30. Le chat miaule. J’ouvre les yeux. Ça sent l’automne dans ma chambre ensoleillée. Les jeunes dorment encore, et Chéri est au travail depuis longtemps. Je me lève de bonne humeur, donne à manger aux trois minous, me fais un bon café (oui, je sais, je devais arrêter – voir La Paranoïa), jette un coup d’œil sur le calendrier. Rien au programme aujourd’hui, à part le rendez-vous de Fiston chez l’optométriste. Enfin, une vraie journée de congé! Et si j’en profitais pour lire?

Fistonne me rejoint dans la cuisine, catalogue IKÉA en mains.

- Est-ce qu’on peinture ma chambre aujourd’hui, maman?

Pourquoi pas? Juste une couple d’heures, après tout, ça lui ferait tellement plaisir. Elle emménage au sous-sol, dans une chambre plus grande. C’est son cadeau de fête. Plus un petit budget de décoration, bien sûr.

Fiston arrive :

- Est-ce que Copine peut dormir ici ce soir? Elle veut magasiner des souliers chez « Adré »…

- Oui, oui, c’est beau.

Il prend dans ses bras le chat Coquine, qui se met à miauler comme une perdue. Je suis étonnée.

- Qu’est-ce qu’elle a?

Fiston examine le chat.

- Elle a une bosse énorme sur le ventre, répond-t-il.

Je jette un coup d’œil.

- Il faut l’emmener chez le vétérinaire.

Je cherche les clefs de la remise. Trouve les clefs. Cherche la cage. Trouve la cage. Lave la cage. Retourne dans la maison avec la cage.

- Ne laissez pas sortir le chat!

Fistonne rattrape Coquine. Je prépare un macaroni pour le diner.

C’est l’heure du rendez-vous chez l’optométriste. Une nouvelle optométriste, parce que notre habituelle est débordée. Lunettes, verres de contact, carte d’assurance-maladie et on part. La vue de Fiston a baissé, selon la dame, et ses verres de contact ne laissent pas passer suffisamment d’oxygène. Il faut en essayer une nouvelle paire. Et reprendre un rendez-vous de suivi.

Je reconduis Fiston à la maison et j’apporte la prescription chez l’optométriste habituelle, celle qui nous a vendu les lunettes. Elle me dit que la nouvelle optométriste a omis de mesure la distance entre les yeux de Fiston et qu’elle va le faire un peu plus tard le même jour.

Je retourne à la maison chercher Coquine pour l’emmener chez le vétérinaire, qui décide de l’opérer d’urgence. C’est peut-être un abcès, peut-être une tumeur. Je commence à m’inquiéter.

Je reviens à la maison avec la cage. Chéri est rentré du travail. J’avais oublié notre rendez-vous à la banque.

- Maman, j’ai un cours de bass, me rappelle Fiston.

Tiens, c’est vrai, on est jeudi.

- Tu vas devoir y aller à pied si je ne suis pas revenue à temps.

17 h. Retour de la banque. Copine est arrivée. Je lui suggère de venir avec moi chercher Fiston à son cours de musique. Puis on se rend tous les trois chez l’optométriste, qui mesure la distance entre les yeux de Fiston.

- Maman, me demande Fiston, une fois mesuré, est-ce qu’on peut aller chez « Adré » acheter les souliers de Copine? C’est juste à côté.

C’est vrai que c’est tout près. Allons-y.

18 h. Je n’ai rien pour le souper. Nous faisons un détour par l’épicerie. J’achète du poulet déjà préparé et ce qu’il faut pour diner et déjeuner demain matin.

Retour à la maison. Fistonne m’annonce que le vétérinaire a appelé. Coquine va bien, ce n’était qu’un abcès. On soupe. Je ramasse.

Chéri revient de son cours de guitare. On placote un peu. Je me change et je descends aider Fistonne à peinturer sa future chambre, comme promis. Fistonne passe le rouleau en chantonnant. À l’autre bout du couloir Fiston gratte sa guitare et Copine fredonne. Petit moment zen dans ma journée « tornade ».

21 h. Je lave les pinceaux, je prends une douche et je me mets au lit, épuisée.

Qui a dit que les jours de congé servent à se reposer?

 

Les Enfants de mon chum (la suite)

Suite de Les Enfants de mon chum – Récit fictif
Toute ressemblance avec des personnes réelles est une pure coïncidence.

CHAPITRE SIX – LA TANTE GERMAINE

La semaine qui suivit s’écoula à merveille. Je me levais tôt et quittais la maison avant le réveil de la maisonnée. Quand je rentrais le soir, Microbe dormait déjà à poings fermés, blotti contre le chat, dans son petit sac de couchage à motifs de dragons installé dans le salon, tandis que les filles faisaient leurs devoirs dans le bureau de leur père. Quant à Gérald, j’ignore comment il arrivait à concilier ses nouvelles responsabilités familiales avec les visites immobilières en soirée mais, de toute évidence, il y arrivait. Et même si la fatigue commençait à se lire dans ses traits tirés, je le sentais fier et heureux quand il rentrait le soir, encore plus tard que moi.

Le samedi suivant, tandis que Gérald se rasait dans la salle de bains et que je paressais au lit avec le journal en savourant un bol de café au lait, on frappa à la porte. Le ronronnement du rasoir électrique cessa et j’entendis Gérald se diriger vers la cuisine et ouvrir la porte.

- Germaine… dit-il sur un ton que je n’arrivai pas à interpréter.

- Bonjour mon choux, s’exclama la voix féminine inconnue. Quel charmant appartement! Et quelle bonne odeur de café, c’est si accueillant!

- Euh… oui, entre, répondit-il à la dame qui s’était déjà tiré une chaise.

- Tu ne m’offres pas un café? Je dérange, peut-être?

- Pour dire la vérité, je n’ai pas beaucoup de temps ce matin, dit Gérald, j’ai des visites de maisons à organiser et un million d’appels à faire.

Je déposai mon journal et me levai en prenant à deux mains mon bol de café. Le miroir me renvoya une image de moi qui me fit sourire : mes cheveux ébouriffés et mon pyjama de flanelle à motifs de moutons me donnaient l’air d’une d’adolescente. J’allai directement à la cuisine voir à quoi ressemblait madame « mon choux » et, surtout, ce qu’elle fichait chez moi un samedi matin.

- Vous devez être Ginette, dit la dame quand elle me vit. J’ai beaucoup entendu parler de vous. En bien, évidemment!

La dame, une jolie femme vêtue avec style, semblait à peine plus âgée que moi. Elle avait un air autoritaire et sympathique à la fois.

Elle se leva et me tendit la main.

- Je suis Germaine, dit-elle.

- Annette, répondis-je en lui serrant la main.

- Annette, oui, bien sûr, pas Ginette. Je suis désolée. Je n’ai pas une très bonne mémoire des noms. Mais nous nous connaîtrons bientôt mieux et je n’oublierai plus.

Nous nous connaîtrons bientôt mieux? Vraiment?

- Germaine est la sœur de mon ex-femme, expliqua Gérald.

Puis, s’adressant à son ex-belle-sœur, il ajouta :

- Je suppose que tu viens nous donner des nouvelles de l’hôpital?

- En fait, j’aimerais que nous discutions, répondit-elle.

- Je vais refaire du café, annonçai-je, devinant que nous en aurions pour un moment.

Gérald acquiesça d’un signe de tête. Puis il demanda :

- Alors, Germaine, qu’est-ce qui t’amène?

- Eh! bien, je ne sais pas par où commencer, mon chou, c’est un peu délicat.

- Vas-y, Germaine, je suis tout ouïe.

- Bon, alors je me lance. Voilà. Je suis allée voir ma sœur à l’hôpital, hier après-midi. Et j’ai été très étonnée d’apprendre que les enfants n’ont pas vu leur mère de toute la semaine.

Je sursautai. Elle ne s’attendait quand même pas à ce que, en plus du trouble que nous avait occasionnée la présence des enfants, nous les amenions rendre visite à leur mère à l’hôpital?!? De toute manière, le séjour à l’hôpital ne devait pas durer plus de quelques jours, m’avait dit Gérald. Et en plus, nous ne savions même pas à quel hôpital elle se trouvait. Non, mais, qu’est-ce que c’était que cette histoire?!? Elle se déplaçait un samedi matin pour nous faire des reproches?

(la suite lundi prochain!)

 

Vacances avec Fistonne – Diner à Holguin

Nous dinons dans une petite ferme, à Holguin, entourées de notre guide cubain, d’un Hollandais et de sa conjointe d’origine congolaise, d’une Torontoise née en Roumanie, qui s’est réfugiée à Montréal lors du renversement du régime Cauşescu, de sa soeur et de son neveu qui semble avoir l’âge de Fistonne (13 ou 14 ans).

Je raconte à Mme Congo qu’il y a longtemps, mon cousin a épousé une Zaïroise, pour qui il a dû payer une dot composée, entre autres, d’une vache, et que la petite fille que j’étais alors avait trouvé ça bien comique. M. Hollande déclare qu’il a lui aussi dû payer une dot a la famille de sa belle, il y a une vingtaine d’années, pour pouvoir épouser celle-ci. Mme Congo le taquine :

- Et alors moi je ne peux pas divorcer, sinon ma famille devra s’endetter pour lui rembourser sa dot!

Ils rient, penchés l’un vers l’autre. Ils ont l’air de s’adorer. Le repas est délicieux. Le café, savoureux. Le vent nous fait oublier le soleil trop chaud.

M. Hollande demande à Mme Toronto :

- Dracula est originaire de Roumanie, n’est-ce pas?

Rire général.

- Tous les vampires viennent de Roumanie.

- Oui, ajoute le neveu roumain, mais notre pire vampire est mort. Il s’appelait Cauşescu.

Notre guide cubain, d’abord étonné par la blague « politique », sourit, rit un peu et finit par se tordre de rire, penché sur la table, la tête dans les mains, les yeux plein d’eau. Tandis qu’il essuie ses larmes, j’aperçois les regards inquiets de Mme Toronto et de sa sœur qui sourient à peine.

Je réalise que la chute de Cauşescu n’a finalement pas suffi à guérir toutes les blessures de la Roumanie…

 

Les Enfants de mon chum (la suite) – Récit fictif

Suite de Les Enfants de mon chum – Récit fictif
Toute ressemblance avec des personnes réelles est une pure coïncidence.

CHAPITRE CINQ – LE CHALET

Ma grand-mère Annette avait autrefois un chalet au bord d’un lac, où je retrouvais, chaque samedi d’été, les enfants des cousins et cousines de ma mère. Nous devions être une dizaine d’enfants à courir sur le quai et à plonger dans le lac glacé, sans aucune surveillance (on ne parlait pas encore de sécurité nautique, à l’époque), ou à jouer à la cachette dans le petit bois voisin. Au chalet, nous étions tous frères et sœurs, les enfants étaient ceux de tout le monde, personne ne se mêlait de ses affaires et si je faisais une bêtise, je savais que le premier adulte à la découvrir me ferait agenouiller dans un coin. Mais au chalet, même les punitions étaient drôles, et il suffisait de convaincre n’importe quel adulte que j’y étais agenouillée depuis trop longtemps pour qu’il lève la punition donnée par un autre.

L’après-midi, les pères tondaient la pelouse, réparaient un robinet, remplaçaient une tuile, ajoutaient une gouttière… nos mères rangeaient les provisions, préparaient une tarte, des biscuits, une immense salade aux patates ou au macaroni, nettoyaient les genoux écorchés, échangeaient des potins.

Après le souper, cuisiné par les hommes sur le barbecue, les enfants passaient un après l’autre à la douche puis enfilaient un pyjama. Mon père faisait griller des guimauves qu’il nous distribuait. Quelques adultes fumaient la pipe autour feu, d’autres, ennuyés par les moustiques, jouaient aux cartes à l’intérieur.

Je finissais par tomber endormie au coin du feu, dans une grosse chaise de parterre en bois de ma grand-mère Annette, en écoutant les « mon oncle » parler de politique. Je me réveillais le lendemain, chez nous, dans mon pyjama qui sentait le bois brûlé et les guimauves, la tête remplie de merveilleux souvenirs de la veille et de projets pour le samedi suivant.

Ma mère étant déjà décédée quand ma grand-mère Annette nous quitta pour un monde meilleur, j’héritai du chalet. Trente ans avaient passés, et c’était devenu un endroit désert, où je me réfugiais de temps en temps pendant mes vacances ou pour refaire le plein d’énergie. Le lac était toujours aussi beau et le souvenir de mes samedis d’enfance suffisait à me faire oublier le stress de la ville.

C’est donc là que je décidai de me réfugier, le dimanche qui suivit ma journée au bureau avec Microbe. Ce matin-là, je me réveillai avant Gérald, rassemblai quelques affaires et partis tôt, après avoir laissé une note sur la table.

Je passai l’avant-midi sur le quai. J’avais apporté un sac d’arachides en écale, pour nourrir les « petits suisses », comme je faisais avec mon père quand j’étais petite. Il faisait frais et tout était silencieux, mais peu à peu le chalet sembla habité des bruits de mon enfance : la voix de mon père, le rire de ma mère, le tablier à fleurs de ma grand-mère Annette et même le marteau de mon grand-père, que j’imaginai perché dans son escabeau.

Je dinai d’une tartine de confitures et d’un verre de lait au chocolat. Puis je sortis sur la terrasse. Je me sentis redevenir la petite fille qui jouait à la marelle sur les tuiles de béton qui formaient la terrasse. Je ramassai une pierre, la lançai sur la première dalle et tentai de sautai par-dessus la dalle. Échec.

- Mais à quoi sert donc l’entraînement qui me coûte la peau des fesses si mes jambes refusent de m’obéir?

Un éclat de rire me fit sursauter. Je levai la tête. M. Untel se tenait devant moi. Il portait sa boîte à outils de métal.

- Désolé de vous avoir fait peur.

- Non, non, ça va, je ne vous ai pas entendu arriver. Comment allez-vous, Monsieur Untel?

- Bien, bien. Je ne savais pas que vous seriez là aujourd’hui. Je repasserai un autre jour.

- D’accord. Saluez Mme Unetelle pour moi.

- Je n’y manquerai pas.

Il repartit. M. Untel et madame Unetelle entretenaient le chalet en mon absence. Le généreux héritage de ma grand-mère Annette me permettaient de bien les rémunérer. Quand je m’annonçais, Mme Unetelle disposait des fleurs dans un vase, sur la table de la salle à manger, pour m’accueillir. Je trouvais toujours un petit quelque chose dans le réfrigérateur. Des tomates du jardin, un pot de sauce à spaghetti, de la confiture de framboises… M. Untel et Mme Unetelle étaient charmants, dévoués, discrets et surtout très fiables, et je les aimais beaucoup.

Je terminai ma journée de « repos » dans une des grandes chaises de parterre en bois, à lire un roman policier.

Avant de repartir pour le condo, je jetai un dernier coup d’œil au lac. Pendant un instant, j’eus envie de m’installer au chalet, le temps que la maman de Microbe guérisse. Je chassai rapidement cette idée, me sentant coupable d’abandonner ainsi Gérald.

Puis je rentrai au condo. Je fus accueillie par une bonne odeur de soupe d’automne et le sourire radieux de Gérald.

- Je te sers un verre de vin, ma cocotte?

- D’accord. Où sont les enfants?

- Ils soupent chez Germaine, leur grand-mère maternelle. Alors j’en ai profité pour nous faire une bonne soupe. J’ai acheté un pain belge. On va se régaler.

Quelle belle surprise! Je rangeai mes affaires et prit place à table. Gérald me servit. Puis il me tendit une feuille.

- Qu’est-ce que c’est? demandai-je.

- Notre nouvel horaire familial temporaire, répondit-il.

- Notre?

- Non, non, pas le tien. Le mien et celui des enfants.

Je lus. Tout y était prévu. L’heure du réveil; Chipie faisait déjeuner Microbe pendant que Morgane s’occupait du chat et de la litière; Gérald conduisait les filles à l’école et Microbe à la garderie, travaillait de la maison l’après-midi et ramenait Microbe de la garderie pour ensuite aller chercher les filles; Gérald s’occupait du souper, Morgane faisait la vaisselle pendant que Chipie donnait le bain de Microbe, lui racontait une histoire et le mettait au lit. L’horaire portait la signature des deux filles, celle de Gérald et un dessin de Microbe.

- Gérald, tu es merveilleux, m’exclamai-je.

Il me prit la main.

- Je t’aime, dit-il. Tout ira bien, tu verras.

- J’en suis certaine, répondis-je en souriant.

Je finis ma soupe, remplie d’optimisme pour l’avenir.

(la suite lundi prochain!)