Archive du août 15th, 2009

Perdita

Je suis probablement la fille dotée du pire sens de l’orientation au monde. Je n’exagère pas. Au bureau, je n’arrive pas à m’orienter, et mes collègues se moquent régulièrement de moi. Gentiment, bien sûr.

Mais oublions le bureau, je suis en vacances! Bye bye les collègues, bye bye le bureau, je pars pour le Sud avec Fistonne. Toute une semaine au soleil. Juste toutes les deux.

Après nous être installées à l’hôtel, dans notre chambre du bâtiment 14, nous nous rendons au buffet pour souper, tout près du lobby. Les choses se compliquent à la sortie. Nous avons en main le plan du site hôtelier, mais aucune de nous deux ne se souvient de l’endroit par où nous sommes entrées, et il commence à faire drôlement noir. Il faut dire que côté orientation, Fistonne est à peine plus douée que moi. Nous réussissons à retrouver le lobby de l’hôtel, mais le plan indique au moins quatre sorties et, dans la pénombre, impossible de faire correspondre les sorties sur le plan aux allées fleuries du lobby. Nous prenons allée presqu’au hasard, pensant reconnaître une fontaine.

Dieu merci, d’immenses panneaux indiquent la direction des bâtiments. Le nôtre, le 14, se trouve au Nord-Est. En route. Nous croisons un deuxième panneau, orienté différemment, qui semble indiquer que notre bâtiment se trouve dans la direction contraire. Fistonne me fait confiance et je joue la maman sûre d’elle, qui sait exactement où elle s’en va, tentant de me repérer à l’aide des panneaux, des bâtiments, des statues, des locomotives (l’hôtel est construit sur le site d’une ancienne gare). Nous marchons depuis un bon moment, nous sommes fatiguées, nous avons soif (il fait une de ces chaleurs!) et nous avons les pieds en compote.

Finalement, je pense me reconnaître et j’entraîne Fistonne sur le chemin qui, j’en suis persuadée (ou presque), mène directement au bâtiment 14, quand j’entends :

- Siñora! Siñora!

Je me retourne. Deux hommes accourent vers nous, les bras au ciel. Je ne comprends absolument rien de ce qu’ils disent, mais devine que je suis dans une zone interdite aux touristes. Je leur montre mon plan en pointant le bâtiment 14. Les hommes se regardent et rient :

- Perdita!

En rigolant, ils glissent leurs doigts sur le plan, tentant de repérer à leur tour l’emplacement de la maison. Puis l’un d’eux s’éloigne, revient au volant d’une petite voiturette sans portière et nous fais signe de monter. Fistonne et moi montons à l’avant; le deuxième homme s’installe dans la boîte à l’arrière. La voiturette fonce à toute vitesse, puis freine « sec » devant le 14. Le conducteur me pose une question que je ne comprends pas et qui finit par :

- Si?

Le bâtiment est de la bonne couleur, mais il fait de plus en plus noir et je ne reconnais pas notre entrée. Je réponds :

- No.
- No?
- No.

Il recule à toute vitesse, fait le tour de la maison et nous conduit à une deuxième entrée. Cette fois, c’est la bonne entrée. Je dis :

- Si!

Mais il ne semble pas m’entendre et continue à rouler, monte sur le gazon, et fait mine de vouloir prendre l’escalier. Je panique et je crie :

- Si! Si! Si!
- Si?
- Si! Si! Si!

Il s’arrête. Nous descendons et courons jusqu’à notre chambre, épuisées mais soulagées. Quelle aventure! La prochaine fois, je saurai le chemin, c’est certain.

Le lendemain, en revenant de la plage, je passe ENCORE tout droit à l’intersection qui mène à notre maison. Les deux hommes qui montent la garde sous un parasol se bidonnent en me regardant :

- Perdita! Perdita!

J’ai compris; je rebrousse chemin. Mais l’homme n’arrête pas de rire. Et chaque fois que je croiserai cette intersection au cours de la semaine, le garde me regardera en répétant et en riant tout seul :

- Perdita! Perdita!

Je ne me sens pas du tout dépaysée, finalement. Je me croirais au bureau!