Archives pour août, 2009

La Liste d’épicerie

- Maaaammmman!

Fiston m’appelle. Présente.

- On n’a plus de croquettes de poulet!

- Inscris-le sur la liste d’épicerie.

- Où ça?

- Devine.

Ça fait 16 ans que la liste d’épicerie est collée sur le réfrigérateur.

Fiston s’exécute. Le lendemain, à l’épicerie, je sors ma liste pour faire mes achats :

1. croquettes de poulet
2. légère poudre brunâtre habituellement utilisée pour altérer le goût du lait et ainsi lui donner un léger goût chocolaté.
3. moulée à lama
4. âne
5. eau en poudre
6. arc-en-ciel
7. terre brute
8. sucre liquide
9. soulier gauche
10. pain blanc
11. loi de la gravité
12. chaise
13. clous ¾ galvanisés
14. rebaptiser Coquine : « Crayon »
15. Lamborghini

Je vais m’ennuyer quand il ne « personnalisera » plus mes listes d’épicerie…

 

Vacances avec Fistonne – L’Aura

Nous soupons dans un petit bar, sur la plage. Puis nous allons marcher dans le sable, à la recherche de cailloux exotiques. De minuscules bernard-l’hermite se sauvent de la marée montante. Une famille de lézards paresse sur un tronc d’arbre mort. Fistonne prend des photos. Je me sens bien.

Dans le ciel, de magnifiques oiseaux noirs à tête rouge survolent les palmiers. L’un d’eux se pose. Sa démarche me fait penser à une dinde. Impossible de le photographier, il est trop rapide. Mais quel bel oiseau!

J’arrête un promeneur cubain, et je pointe du doigt le bel oiseau.

- « Aura », dit-il en souriant.

Le lendemain, tandis que nous dinons dans une petite ferme, un guide nous parle avec enthousiasme des oiseaux de l’île. Je suis fière de dire :

- Il y a aussi les « Aura ».

Il fronce les sourcils.

- Si Señora, « Aura », les vautours… ne restez pas trop longtemps sans bouger quand vous vous faites bronzer sur la plage, les Aura peuvent vous prendre comme repas, ajouta-t-il en mimant avec la main le vautour qui fonce sur sa proie.

Ouache… Fistone rit aux éclats :

- Ben oui, tu les as pas vus tourner en rond au-dessus de nos têtes?

 

Bitchage au salon de coiffure

Mon salon de coiffure est assez particulier. C’est le seul salon que je connais où le propriétaire, un coiffeur très coloré, vous engueule si vous arrivez deux minutes en retard, pour ensuite vous apporter un café en vous appelant « ma chérie ». Vous êtes accueillie par une affiche « Entrez à vos risques », et ne pensez pas une seule seconde pouvoir entrer avec des chaussures mouillées. Vous devrez chausser les pantoufles bleues ou roses du salon. De plus, tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous à votre prochaine visite et vous aurez droit à une véritable séance de « bitchage » entre ma pétillante coiffeuse (voir « La Ménolescence ») et mon coiffeur coloré (voir « Le cochon d’Inde, ma pétillante coiffeuse et le coiffeur coloré).

Inutile de vous dire que j’attends toujours mon prochain rendez-vous avec impatience! Le sujet abordé lors de ma dernière teinture : l’amitié est-elle possible entre un homme et une femme?

Je raconte que j’ai eu longtemps un ami intime qui venait chez moi après notre cours de « Procédure civile » du jeudi soir, attendre son autobus pour Val-Bélair. On commérait sur tous les potins de la faculté et on riait comme des enfants en mangeant des biscuits, assis côte à côte sur le lit de ma chambre de résidence universitaire. Je pouvais et je peux encore aujourd’hui tout lui dire. Comme à ma meilleure amie fille. Il y a une dizaine d’années, il m’a avoué être gai. Je n’ai jamais eu d’autres véritables amis hommes que mon ami gai.

Ma pétillante coiffeuse jure que l’amitié est possible entre un homme et une femme. La preuve, elle dit avoir de véritables amis masculins.

Mon coiffeur coloré rigole, ciseaux à la main, persuadé que les amis en question ont autre chose en tête. Je seconde.

Vexée, ma pétillante coiffeuse demande l’avis d’un client régulier (et non gai), assis sur la chaise de mon coiffeur coloré. Le client commence par donner timidement raison à ma pétillante coiffeuse puis, harcelé par les questions on ne peut plus directes de mon coiffeur coloré, finit par rougir et par admettre qu’il pense lui aussi que les amis de ma pétillante coiffeuse imaginent un peu plus que des moments totalement platoniques.

Ma pétillante coiffeuse insiste. Mon coiffeur coloré questionne un nouveau client qui vient d’entrer. Ce dernier rit, visiblement mal à l’aise.

- Pourquoi eux penseraient au « sexe » alors que moi je n’y pense pas quand je suis avec eux, demande ma pétillante coiffeuse?

Je lui réponds :

- Parce que tu es trop jeune. Attends vers les 35 ans, tu vas comprendre pourquoi!!!

 

Suite de Les Enfants de mon chum – Récit fictif

Suite de Les Enfants de mon chum – Récit fictif
Toute ressemblance avec des personnes réelles est une pure coïncidence.

Microbe ne dit pas un mot de tout le trajet, qui dura près d’une heure, ce qui me permit de souffler un peu. Je garai la voiture et le fit descendre. Il s’agrippa à mon chandail. Je me dis que c’était peut-être la première fois qu’il se trouvait dans la grande ville. Je le fis entrer dans le bâtiment, et il me suivit vers l’ascenseur.

- C’est moi! C’est moi! s’exclama-t-il en appuyant sur le bouton de l’ascenseur.

- Viens, dis-je, nous prenons l’escalier.

Il s’arrêta, se croisa les bras et fil la moue. Je n’eus pas la force d’insister. Les portes s’ouvrirent.

- Okay, appuie sur le 5 alors.

Avant que j’aie le temps de réagir, il avait appuyé sur tous les boutons. L’ascenseur s’arrêta à chaque étage, jusqu’au cinquième. Je réussis quand même à respirer par le nez, et nous entrâmes dans les bureaux de Lacaille et fils. J’installai Microbe à la table de travail voisine de la mienne, avec une tablette de papier et des stylos de différentes couleurs.

- Tiens, tu t’assois là et tu me fais un dessin.

À ma grande surprise, il sourit et dit :

- Je vais te dessiner un beau cochon.

Un cochon, une poule, un canard, je m’en fichais, du moment que je pourrais travailler! Je lui souris en retour.

- D’accord.

Et je me mis au travail. De temps en temps, il m’interrompait pour me montrer son œuvre, mais il colora sagement en chantonnant, assez longtemps pour me permettre de me concentrer sur mes tâches. À un moment donné, je levai la tête et constatai qu’il n’était plus là.

- Microbe?

- Je suis là, répondit-il en accourant vers moi.

- Qu’est-ce que tu fais?

- Je joue.

- D’accord.

Je me remis au travail. Un peu plus tard, il revient me trouver et me demanda :

- Est-ce qu’on s’en va bientôt?

- Oui, répondis-je en jetant un coup d’œil à ma montre.

- Chez toi?

- Non, nous allons au cinéma avec mon amie Jasmine.

- Moi aussi?

- Oui.

Il prit son dessin et me le tendit.

- C’est pour coller sur ton réfrigérateur.

Je regardai le barbouillage. J’avais beau tourner la feuille dans tous les sens, je n’arrivais pas à reconnaître le cochon.

- Euh… merci…

Il avait l’air tout fier de lui. Je rangeai mes affaires en cherchant quoi dire pour l’encourager, lorsque j’entendis la clochette de la porte d’entrée. Je reconnus la voix de Jasmine :

- Il y a quelqu’un?

- Oui, on est là!

- Wow, qu’est-ce qui s’est passé ici? demanda-t-elle en me rejoignant.

- De quoi tu parles?

- Les plaques de nom des employés…

Je levai les yeux. Ma plaque avait été remplacée par celle d’un collègue. Je m’avançai vers un autre bureau, lui aussi annoncé par la mauvaise plaque. Et c’était la même chose pour le suivant et pour tous les autres.

Je me tournai vers Microbe.

- C’est toi qui as fait ça?

Il baissa les yeux sans répondre.

- C’est qui, ce gamin? demanda Jasmine, intriguée.

Je lui expliquai la situation, la mère malade, les filles, le demi-frère sous la tutelle de l’aînée des filles…

- On se croirait dans Ramdam!

Je soupirai.

- C’est pas drôle.

- Ouin.

- C’est la pire journée de ma vie!

- Ça j’en doute, ma vieille, attends de voir la réaction de la patronne lundi!

Puis elle ajoutant en fronçant les sourcils :

- On va remettre toutes les plaques à leur place, et toi tu ne bouges pas d’ici, dit-elle en pointant Microbe du doigt. Ensuite, on va au cinéma.

- Ça risque d’être catastrophique, dis-je en soupirant.

- Tu promets d’être sage si je t’achète un méga bol de pop corn? Demanda Jasmine à Microbe.

Il hocha la tête de haut en bas sans lever les yeux.

- C’est bon, continua-t-elle à mon intention. Nous irons voir un film familial, c’est tout. Ça se passera bien, tu verras. J’ai l’habitude avec mes neveux.

- Je ne sais pas ce que je ferais sans toi, Jasmine!

- Moi non plus je ne sais pas ce que tu ferais sans moi!

(à suivre)