Suite de Les Enfants de mon chum – Récit fictif
Toute ressemblance avec des personnes réelles est une pure coïncidence.
Microbe ne dit pas un mot de tout le trajet, qui dura près d’une heure, ce qui me permit de souffler un peu. Je garai la voiture et le fit descendre. Il s’agrippa à mon chandail. Je me dis que c’était peut-être la première fois qu’il se trouvait dans la grande ville. Je le fis entrer dans le bâtiment, et il me suivit vers l’ascenseur.
- C’est moi! C’est moi! s’exclama-t-il en appuyant sur le bouton de l’ascenseur.
- Viens, dis-je, nous prenons l’escalier.
Il s’arrêta, se croisa les bras et fil la moue. Je n’eus pas la force d’insister. Les portes s’ouvrirent.
- Okay, appuie sur le 5 alors.
Avant que j’aie le temps de réagir, il avait appuyé sur tous les boutons. L’ascenseur s’arrêta à chaque étage, jusqu’au cinquième. Je réussis quand même à respirer par le nez, et nous entrâmes dans les bureaux de Lacaille et fils. J’installai Microbe à la table de travail voisine de la mienne, avec une tablette de papier et des stylos de différentes couleurs.
- Tiens, tu t’assois là et tu me fais un dessin.
À ma grande surprise, il sourit et dit :
- Je vais te dessiner un beau cochon.
Un cochon, une poule, un canard, je m’en fichais, du moment que je pourrais travailler! Je lui souris en retour.
- D’accord.
Et je me mis au travail. De temps en temps, il m’interrompait pour me montrer son œuvre, mais il colora sagement en chantonnant, assez longtemps pour me permettre de me concentrer sur mes tâches. À un moment donné, je levai la tête et constatai qu’il n’était plus là.
- Microbe?
- Je suis là, répondit-il en accourant vers moi.
- Qu’est-ce que tu fais?
- Je joue.
- D’accord.
Je me remis au travail. Un peu plus tard, il revient me trouver et me demanda :
- Est-ce qu’on s’en va bientôt?
- Oui, répondis-je en jetant un coup d’œil à ma montre.
- Chez toi?
- Non, nous allons au cinéma avec mon amie Jasmine.
- Moi aussi?
- Oui.
Il prit son dessin et me le tendit.
- C’est pour coller sur ton réfrigérateur.
Je regardai le barbouillage. J’avais beau tourner la feuille dans tous les sens, je n’arrivais pas à reconnaître le cochon.
- Euh… merci…
Il avait l’air tout fier de lui. Je rangeai mes affaires en cherchant quoi dire pour l’encourager, lorsque j’entendis la clochette de la porte d’entrée. Je reconnus la voix de Jasmine :
- Il y a quelqu’un?
- Oui, on est là!
- Wow, qu’est-ce qui s’est passé ici? demanda-t-elle en me rejoignant.
- De quoi tu parles?
- Les plaques de nom des employés…
Je levai les yeux. Ma plaque avait été remplacée par celle d’un collègue. Je m’avançai vers un autre bureau, lui aussi annoncé par la mauvaise plaque. Et c’était la même chose pour le suivant et pour tous les autres.
Je me tournai vers Microbe.
- C’est toi qui as fait ça?
Il baissa les yeux sans répondre.
- C’est qui, ce gamin? demanda Jasmine, intriguée.
Je lui expliquai la situation, la mère malade, les filles, le demi-frère sous la tutelle de l’aînée des filles…
- On se croirait dans Ramdam!
Je soupirai.
- C’est pas drôle.
- Ouin.
- C’est la pire journée de ma vie!
- Ça j’en doute, ma vieille, attends de voir la réaction de la patronne lundi!
Puis elle ajoutant en fronçant les sourcils :
- On va remettre toutes les plaques à leur place, et toi tu ne bouges pas d’ici, dit-elle en pointant Microbe du doigt. Ensuite, on va au cinéma.
- Ça risque d’être catastrophique, dis-je en soupirant.
- Tu promets d’être sage si je t’achète un méga bol de pop corn? Demanda Jasmine à Microbe.
Il hocha la tête de haut en bas sans lever les yeux.
- C’est bon, continua-t-elle à mon intention. Nous irons voir un film familial, c’est tout. Ça se passera bien, tu verras. J’ai l’habitude avec mes neveux.
- Je ne sais pas ce que je ferais sans toi, Jasmine!
- Moi non plus je ne sais pas ce que tu ferais sans moi!
(à suivre)