Archives pour juillet, 2009

Les télécommandes

Je déteste tout ce qui fonctionne avec une télécommande. Heureusement que je n’écoute pas tellement la télévision, sinon je perdrais un temps fou soit à chercher une télécommande, soit à essayer de comprendre quelle télécommande va avec quelle télé.

L’autre jour, Fistonne me demande :

- Maman, sais-tu où est la télécommande? Je voudrais fermer la télé.

Pendant qu’elle cherche entre les coussins du sofa, je m’approche de la télévision et l’éteins.

- Tu l’as trouvée? demande-t-elle.

- Non.

- Comment as-tu fait pour fermer la télé?

- Le bon vieux bouton on/off. Et tu peux changer de poste en appuyant sur les petites flèches à côté du bouton. Viens, je vais te montrer.

- Non, c’est beau, j’ai retrouvé la télécommande. Pis ça a l’air trop compliqué, ton affaire.

L’autre jour, je voulais écouter les nouvelles dans ma chambre avant de dormir. J’essaie le bouton on/off. Rien. Je vois deux télécommandes. Je me lance, me disant qu’il y en a au moins une des deux qui va fonctionner. Après avoir essayé sans succès chaque bouton de chaque télécommande, j’appelle Chéri.

- Houston?

Quand je l’appelle « Houston », comme dans « Houston, we have a problem », la phrase célèbre des astronautes d’Apollo 13, Chéri sait que je suis au bord de la panique.

- Qu’est-ce qu’il y a, chérie?

- Je veux ouvrir la télévision, mais je ne trouve pas la bonne télécommande.

- C’est celle qui a un bouton rouge.

Aucune n’a de bouton rouge. Chéri arrive. Il constate que je n’ai pas les bonnes télécommandes. Il essaie quand même un ou deux boutons. Rien. Il fait le tour des autres télévisions et revient avec une troisième télécommande. Qui ne fonctionne pas non plus. Il change les piles.

- Là, ça va marcher.

« Ça » ouvre la télé, mais l’écran est bleu, et des chiffres s’affichent.

Chéri regarde dehors.

- Ouin… c’est la coupole. Ça ne « rentre » pas quand il fait trop mauvais.

- Pourquoi on a « ça », alors?

- Pour avoir plus de postes.

Des télécommandes qui jouent à cache-cache et une coupole pour avoir plus de postes mais seulement quand il fait beau. Et si on veut voir un film, c’est encore pire. Il faut trouver la bonne télécommande pour la télévision ET la bonne télécommande pour le lecteur DVD et les utiliser l’une après l’autre, dans le bon ordre!

On n’arrête pas le progrès!

 

Les top modèles

Je vous vois venir, là. Vous pensez que je vais me payer une petite séance de « bitchage » contre les belles jeunes modèles sexy qui nous font sentir trop ceci et pas assez cela… eh! bien non. Aujourd’hui, les « top modèles », c’est nous, Chéri et moi. Je m’explique.

Quand Chéri a acheté sa voiture neuve, celle qui a donné des frissons à Fiston et pas à moi (voir : Manque d’hormones), le concessionnaire lui a fait un cadeau : une séance de photographie dans un studio haut de gamme de Montréal et une photo gratuite.

Nous nous rendons donc au studio, Chéri et moi, dans la voiture neuve « capotée » (ici, le terme « capotée » a le sens de « voiture décapotable dont on n’a pas baissé le capot pour éviter que le vent décoiffe les cheveux de la Madame – qui a passé deux heures à essayer de leur donner un look naturel).

Nous entrons dans l’immense loft, timidement. Euh… non, non, pas Chéri, seulement moi. Chéri est tout-à-fait à son aise. J’ai à peine un pied dans le studio qu’il en a déjà fait le tour, a commenté le décor et les photos affichées, fait la connaissance de tout le monde et est en grande conversation avec le photographe.

L’assistante explique que les photos seront un peu retouchées. Je demande (évidemment) :

- Allez-vous effacer les bourrelets?

Désolée, je n’ai pas pu m’empêcher. Oui je sais, je suis sensée m’assumer. Appelons ça une petite rechute.

On s’installe pour les photos.

- Que fais-tu dans tes loisirs, me demande le photographe.

- J’écris beaucoup.

- Elle a un blogue sur Internet, ajoute Chéri. Vous irez voir ça : www.maboiteaplumes.com.

Je ris.

- C’est moi la mémère du couple, explique-t-il en s’assoyant près de moi dans l’escalier blanc qui servira de décor.

- On ne s’en doutait pas du tout, lui répond l’assistante du tac au tac.

Je suis prise d’un fou rire, je balance la tête par en arrière et j’entends les clic clic de l’appareil photo. La séance est commencée.

On change de pose. Moi, à l’horizontale, appuyée sur une seule fesse, en équilibre sur un coude posé sur la cuisse de Chéri, la tête un peu tournée vers lui, mais pas trop, un peu plus, comme ça c’est parfait. Clic clic. Vite, je ne tiendrai pas longtemps dans cette position. Clic clic. Assise maintenant. Les jambes ramenées vers moi (ouche, plus facile à dire qu’à faire). Chéri, qui continue à jaser, ne semble pas avoir de problème de souplesse.

- Et tu parles de quoi, sur ton blogue?

- J’ai un projet de roman. Et aussi je raconte un peu mes aventures avec mes ados, mes amies, mes voisins, ça dépend.

Clic clic.

- Et les voisins, ils ne disent rien?

- Ils ne savent pas que j’ai un blogue.

Chéri grimace.

- N’est-ce pas Chéri que les voisins ne savent pas que j’ai un blogue…?

Nouveau fou rire. Clic clic. Clic clic.

C’est génial, cette séance de photos. On s’amuse comme des enfants.

Une semaine plus tard, nous retournons voir le résultat. Et les prix (re-ouche). Là je comprends le sens de l’expression « photos haut de gamme ». Je les prendrais toutes, si j’étais riche. Les photos de fou rire sont époustouflantes.

Le photographe vient nous saluer :

- Bonjour, les « top modèles ».

Mais le plus beau, la plus belle surprise, c’est que le photographe a réussi à figer sur pellicule ce que j’aime le plus de nous deux : le plaisir qu’on a à être ensemble.

 

La visite de ma nièce

Il y a quelques années, ma nièce (qui avait 13 ans à l’époque) est venue passer quelques jours avec nous. Un soir, après la vaisselle, elle me dit tout bas :

- Je pense que j’ai mes règles.

- Euh… pour la première fois, tu veux dire?

- Oui.

Je panique intérieurement. Restons calme. Surtout, ne pas lui communiquer mes propres peurs. Ne pas la stresser. Ce n’est pas la fin du monde. Je respire. Ce n’est pas parce que j’avais mal vécu cet événement à son âge que ce sera la même chose pour elle.

- Viens avec moi, je vais te donner une serviette sanitaire.

Elle me suit, l’air pas du tout inquiète. Jusqu’ici tout va bien. Je lui donne la serviette et je lui explique comment décoller le papier et rabattre les ailes et tout.

- Pas de problème, me dit-elle en souriant.

Dix minutes plus tard, elle revient me voir.

- Ma tante, tu n’en aurais pas des plus petites?

- Des plus petites? Les grandes protègent mieux les vêtements. Pourquoi veux-tu une serviette plus petite?

- Parce qu’avec cette affaire-là, qui part du nombril et finit dans le milieu du dos, j’ai de la misère à marcher.

Et elle fait quelques pas pour me montrer sa démarche de cowbow et éclate de rire. Je ris aussi et ça me détend. Elle a l’air d’une gamine. À quoi la nature pense-t-elle donc, donner des règles à de si petites bonnes femmes… Au moins, elle ne semble pas du tout traumatisée et prend plutôt la chose du bon côté.

- Je n’en ai pas, mais le mois prochain, quand tes règles reviendront, tu demanderas à ta mère t’acheter des serviettes plus petites.

- Le mois prochain? Comment ça, le mois prochain?

- Ben oui, les règles reviennent chaque mois.

Nouvel éclat de rire.

- En as-tu d’autres bonnes nouvelles de même?

J’imagine qu’il est inutile de lui parler tout de suite des joies de la préménopause!

 

Mercredi soir

Mercredi soir. Il ne fait pas encore noir. J’écoute mon nouveau cd de Jason Mraz en écrivant une lettre d’amour à Chéri.

Fistonne sommeille dans un fauteuil. Ses boucles pâles touchent presqu’à terre. Le gros minou ronronne, blotti contre elle. Je prendrais une photo, si je n’avais pas peur de troubler ses rêves.

Fiston rigole avec un copain au sous-sol. J’entends leur rire entre les chansons, et ça me fait sourire. Même s’il a encore oublié de m’appeler pour me dire qu’il ne venait pas souper. Je suis trop bien ce soir, je n’arrive pas à me fâcher.

Chéri est au « drag » avec un copain. Il ne pleut pas, pour une fois. Je peux presque sentir d’ici l’adrénaline et voir leurs yeux briller.

Tantôt, on fera un feu dehors, habillés jusqu’au cou parce que les soirées sont si froides cet été. On sortira des saucisses et des guimauves.

Et la nuit venue, je m’endormirai contre Chéri, un autre minou endormi à nos pieds.

Il y a des soirs si doux, si doux qu’on voudrait que le temps s’arrête.