Les examens de fin d’année
Publié dans Chroniques - La Mère poule et ses poids plumes à 06/23/2009 07:00 par Joan DurandC’était il y a deux dimanche. J’avais mal au cœur. Des papillons dans l’estomac. La gorge sèche. Les mains moites. On entrait dans la pire période de l’année : les examens de fin d’année. Non, non, pas les miens, ceux de Fiston et Fistonne.
J’avais passé la journée à regarder Fiston ne pas étudier pour son examen de Sciences du lendemain. Il devait prendre rendez-vous avec son père pour lui demander de l’aide, mais à 15 h il était toujours dans sa chambre avec sa guitare et son ordi. J’ai risqué une intervention douce :
- À quelle heure veux-tu que je te reconduise chez ton père?
- Ch’pas.
- Je peux te reconduire tout suite, je suis libre là. J’attends pour aller dans la piscine.
- Ben vas-y.
- Euh… tu ne vas pas chez ton père pour étudier?
- Pas t’suite.
Comment ça, « pas t’suite ». Avait-il vu l’heure?!? Dans le temps, je passais une semaine entière à étudier ma Chimie et ma Physique (aujourd’hui regroupées en Sciences)! Il n’y arriverait sûrement jamais!
Je suis sortie dehors. Il fallait que je me défoule. J’ai nagé au moins 45 minutes. Il était maintenant presque 16 h, et Fiston n’avait pas bougé d’un centimètre ni ouvert un seul livre de Sciences. J’avais l’impression que lui pousser dans le dos le ralentissait! Mon stress était à son paroxysme. Il fallait que je parle à quelqu’un.
J’ai alors aperçu les jambes de Chéri dépasser du dessous de l’un des huit véhicules qu’il entretient bénévolement (oui, c’est comme ça dans les familles recomposées). Alors je me suis défoulée. En tournant autour du véhicule, je lui ai dit que j’avais lu « Vivre l’école comme on aide le pin blanc », que je sais bien que les jeunes doivent apprendre à se responsabiliser et qu’à trop vouloir les aider, on leur nuit, que les échecs sont utiles parce qu’ils leur apprennent à se reprendre en main, que je sais tout ça, que d’ailleurs nous avons plein d’exemples dans la famille et que je m’efforce d’appliquer tous ces beaux principes, mais qu’il y a toujours bien des limites à regarder son propre fils se diriger vers un échec sans réagir! Ouf…
De temps en temps, Chéri, un outil dans chaque main, ponctuait mes phrases d’un « hum hum », « c’est pas facile », « ouais » ou « je comprends ». Il faut dire que Chéri sait depuis longtemps que, quand je parle toute seule, mieux vaut m’écouter patiemment en attendant que ça passe.
J’ai fini par vérifier, par téléphone, si Fiston avait bel et bien pris rendez-vous avec son père. Le père, quand même un peu inquiété par mon ton larmoyant (j’avoue que je suis un tout petit peu émotive), m’a dit le plus calmement possible :
- Je vais le chercher. Passe-le moi je vais lui parler.
Cinq minutes plus tard, Fiston montait dans la voiture de son père avec son sac d’école.
- À son âge, m’a dit Chéri, c’est bon que son père intervienne.
Je vois ça.
Deux jours plus tard, j’ai ouvert la radio sur la voix de Paul Arcand lisant la lettre d’une étudiante de secondaire IV qui venait de passer le même examen de Sciences que Fiston. La jeune étudiante se plaignait du fait que les questions de l’examen n’avaient rien à voir avec la matière enseignée en classe. Mais ce n’est pas grave, ironisait M. Arcand, le ministère va normaliser!
Vous n’auriez pas pu le dire avant! J’aurais passé un bien meilleur dimanche, moi!