Archives pour juin, 2009

Les chaudrons

Dans mes souvenirs, je revois Fistonne, toute menue, souriante, avec ses fossettes et ses boucles blondes m’apporter mon cadeau de la fête des mères : un déjeuner au lit. Fonds de cafetière de la veille servi dans ma tasse préférée, rôties chauffées à la chaleur de ma lampe de travail, fromage à la crème et confiture. Elle devait avoir 6 ans. Ce déjeuner m’avait beaucoup émue (oui, oui, j’avais tout avalé…).

Les temps ont changé et Fistonne a amélioré ses talents culinaires. « Je vais t’aider à faire le souper », me dit-elle hier soir. Macaroni et légumes dans la poêle, c’était délicieux!

Le problème, c’est que chaque fois que quelqu’un m’aide dans la cuisine, j’ai une tonne d’ustensiles et de chaudrons de plus à laver. Des chaudrons bien collés. Pour les membres de cette famille, « faire la vaisselle » signifie « faire la vaisselle, sauf les chaudrons ». J’ai bien envie de rappeler Fistonne pour qu’elle revienne nettoyer ça!

Puis je réalise qu’un jour pas si éloigné, elle se retrouvera à son tour toute seule dans sa cuisine à nettoyer des chaudrons collés pendant que le reste de la famille relaxera devant la télé. Je soupire et je décide de lui donner congé encore quelques années.

Et pourquoi est-ce que je ne demanderais pas à Chéri? Oui, j’y ai pensé, je ne suis pas stupide. Mais j’ai bien trop peur qu’il me demande à son tour un coup de main. Je ne me vois pas du tout refaire le mur du sous-sol après une inondation, installer les pneus d’hiver et d’été, mettre en marche la piscine, repeindre les murs, tondre le gazon chaque semaine au retour du travail, changer de place les fils dans les murs. Non, je ne me vois pas du tout, mais vraiment pas du tout.

Alors je me la ferme et je lave les chaudrons!

 

Bonnes vacances les ados!

Les vacances sont arrivées. Encore la semaine dernière, j’avais ma routine.

6 h – La voix de Paul Arcand sortant du radio-réveil me tirait de mes rêves. Je me lèvais. Partais la cafetière. Donnait à manger aux trois minous. Sortais le lunch des enfants, déposait le premier (celui avec le sandwiche avec laitue) sur les espadrilles de Fiston, et le second (le lunch santé sans biscuits) sur les Converse de Fistonne. Ouvrait la radio de la cuisine pour continuer à écouter Paul Arcand. C’était mon moment à moi, Paul Arcand et Jean Lapierre, Esther et les autres, le seul moment de la journée où je pouvais prendre mon temps, où je n’étais ni conjointe, ni mère, ni traductrice. J’étais juste là, à savourer mon café et à ne penser à rien.

6 h 30 – La tempête. Les ados se levaient en traînant les pieds. Douche et séchoir dans la salle de bain d’en bas. Portes d’armoire, brosse à cheveux et fer plat qui déménageaient dans la salle de bain d’en haut. L’eau qui revolait dans le miroir. Un cherchait son étui à crayons. L’autre avait déposé son devoir là et il n’y était plus. Les assiettes, le grille-pain, où est le lait au chocolat? L’imprimante était bloquée. La sécheuse démarrait. Les chats miaulaient pour entrer, sortir, ou les deux. Une amie téléphonait pour demander la réponse du numéro quatre. Le père klaxonnait pour reconduire Fiston à l’école. Fistonne remplissait son pousse-mines dans la salle de bain, juste au-dessus de mon petit pot de crème ouvert. Oups!

Vite, vite, 7 h 30, Fistonne enclenchait le système d’alarme, on montait rapidement dans la voiture et c’était parti pour la journée. Le soir, après l’école, je serais sollicitée pour les devoirs et l’étude. Je ferais les lunch. Programmerait la cafetière. Et la routine recommencerait le lendemain!

Je savais que c’était bébé et que je m’exposais aux sarcasmes des ados en le faisant, mais pour la dernière semaine d’école, j’ai inscrit un décompte des jours qui restaient avant la fin de l’année scolaire sur le tableau de la cuisine, et j’ai collé des chocolats vis-à-vis chaque jour (comme sur un calendrier de l’Avent).

À ma grande surprise, les ados ont adoré. Même le copain de Fiston, arrivé à l’improviste sur son skateboard, a demandé son chocolat. Eh! ben…

Bonne vacances à tous les ados!

 

Les examens de fin d’année

C’était il y a deux dimanche. J’avais mal au cœur. Des papillons dans l’estomac. La gorge sèche. Les mains moites. On entrait dans la pire période de l’année : les examens de fin d’année. Non, non, pas les miens, ceux de Fiston et Fistonne.

J’avais passé la journée à regarder Fiston ne pas étudier pour son examen de Sciences du lendemain. Il devait prendre rendez-vous avec son père pour lui demander de l’aide, mais à 15 h il était toujours dans sa chambre avec sa guitare et son ordi. J’ai risqué une intervention douce :

- À quelle heure veux-tu que je te reconduise chez ton père?

- Ch’pas.

- Je peux te reconduire tout suite, je suis libre là. J’attends pour aller dans la piscine.

- Ben vas-y.

- Euh… tu ne vas pas chez ton père pour étudier?

- Pas t’suite.

Comment ça, « pas t’suite ». Avait-il vu l’heure?!? Dans le temps, je passais une semaine entière à étudier ma Chimie et ma Physique (aujourd’hui regroupées en Sciences)! Il n’y arriverait sûrement jamais!

Je suis sortie dehors. Il fallait que je me défoule. J’ai nagé au moins 45 minutes. Il était maintenant presque 16 h, et Fiston n’avait pas bougé d’un centimètre ni ouvert un seul livre de Sciences. J’avais l’impression que lui pousser dans le dos le ralentissait! Mon stress était à son paroxysme. Il fallait que je parle à quelqu’un.

J’ai alors aperçu les jambes de Chéri dépasser du dessous de l’un des huit véhicules qu’il entretient bénévolement (oui, c’est comme ça dans les familles recomposées). Alors je me suis défoulée. En tournant autour du véhicule, je lui ai dit que j’avais lu « Vivre l’école comme on aide le pin blanc », que je sais bien que les jeunes doivent apprendre à se responsabiliser et qu’à trop vouloir les aider, on leur nuit, que les échecs sont utiles parce qu’ils leur apprennent à se reprendre en main, que je sais tout ça, que d’ailleurs nous avons plein d’exemples dans la famille et que je m’efforce d’appliquer tous ces beaux principes, mais qu’il y a toujours bien des limites à regarder son propre fils se diriger vers un échec sans réagir! Ouf…

De temps en temps, Chéri, un outil dans chaque main, ponctuait mes phrases d’un « hum hum », « c’est pas facile », « ouais » ou « je comprends ». Il faut dire que Chéri sait depuis longtemps que, quand je parle toute seule, mieux vaut m’écouter patiemment en attendant que ça passe.

J’ai fini par vérifier, par téléphone, si Fiston avait bel et bien pris rendez-vous avec son père. Le père, quand même un peu inquiété par mon ton larmoyant (j’avoue que je suis un tout petit peu émotive), m’a dit le plus calmement possible :

- Je vais le chercher. Passe-le moi je vais lui parler.

Cinq minutes plus tard, Fiston montait dans la voiture de son père avec son sac d’école.

- À son âge, m’a dit Chéri, c’est bon que son père intervienne.

Je vois ça.

Deux jours plus tard, j’ai ouvert la radio sur la voix de Paul Arcand lisant la lettre d’une étudiante de secondaire IV qui venait de passer le même examen de Sciences que Fiston. La jeune étudiante se plaignait du fait que les questions de l’examen n’avaient rien à voir avec la matière enseignée en classe. Mais ce n’est pas grave, ironisait M. Arcand, le ministère va normaliser!

Vous n’auriez pas pu le dire avant! J’aurais passé un bien meilleur dimanche, moi!

 

Les 16 ans de Fiston

Tu as 16 ans ce soir. Mais pour moi, tu as plus que 16 ans. Moi je t’ai aimé à partir du moment où j’ai su que je te portais. Pendant presque 9 mois, je t’ai parlé chaque jour, avec mon cœur et avec ma voix, je te disais de vivre, de t’accrocher et de vivre. Je te faisais écouter des chansons. Je t’ai attendu longtemps et quand, enfin, tu es né, j’ai pensé que c’était un miracle.

En te regardant grandir, j’ai réappris à regarder autour de moi, à voir avec des yeux aussi nouveaux que les tiens. L’herbe. Les bibittes. Les sauterelles. Les fleurs. Sauter. Chanter. Danser.

Maintenant que tu as 16 ans, c’est le monde et la vie en entier que je réapprends à regarder avec des yeux nouveaux. Tu commences à peine ta vie, et en te voyant te tourner vers l’avenir, je réalise qu’on a tous un avenir à soi, qu’on peut toujours construire, découvrir, explorer, avancer, rêver, faire des projets, apprendre le bonheur, chacun son bonheur. Tu fais les choses à ta façon, avec ton âme d’artiste. Tu regardes ta vie avec tes yeux à toi, tes beaux grands yeux aux cils si longs. Tu ne ressembles à personne. Tu es toi. Juste toi. Te voir vivre aussi à fond et respirer ton air à toi me donne de l’énergie. On a chacun sa route, chacun sa voie, et ça tu l’as compris depuis bien longtemps.

Ta musique chante dans ma tête. Quelqu’un m’a dit que si tout le monde était musicien, il n’y aurait plus de guerre. Moi je dis que si chaque enfant qui naît devient aussi formidable que tu l’es à mes yeux, alors le monde deviendra meilleur.

Comme je te disais juste avant ta naissance, je te dis aujourd’hui de vivre, vis à fond, fais-toi confiance et suis ton instinct. Vis pour toi. Vis ta vie à toi.

Je suis très fière de toi, de ce que tu es et de ce que tu deviens. Mais ce n’est pas pour ça que je t’aime. Je t’aime parce que je suis ta mère et que tu es là. Je t’aime sans raison. Inconditionnellement. Et quelle que soit la route que tu suivras, je serai toujours là pour toi. Je t’accompagnerai toujours dans mon cœur. Je t’aimerai toujours.

Maman xoxo