La ménolescence

Il paraît que je suis en « ménolescence ». Ou en « adopause ». C’est au goût. J’ai trouvé ça sur Internet.

Tout a commencé par un test PAP anormal, qui m’a obligée à passer une « colposcopie » à l’hôpital. Pendant que le gynécologue au nom impossible à prononcer (je me suis d’ailleurs demandée, quand il s’est présenté sans lever le nez de mon dossier, si c’était obligatoire d’avoir un nom impossible à prononcer pour faire passer des tests au nom impossible à prononcer) prélevait je-ne-sais-plus-quel-tissu pour faire une biopsie, je lui ai demandé ce qui pouvait causer un test PAP anormal.

- C’est ça qu’on va voir, a-t-il répondu d’un ton monocorde.
- Oui, bien, je me demandais, c’est parce que mes règles sont irrégulières depuis quelques mois, et moins abondantes et moins longues aussi, alors je me demandais si ça pouvait avoir un lien.
- Hum. Peut-être.
- Et je perds mes cheveux aussi. Beaucoup, je veux dire. Et je dors mal. Et j’ai souvent chaud la nuit. (J’étais déjà convaincue que j’avais une maladie étrange.)
- Hum. Des sueurs nocturnes.
- Des quoi?
- Des sueurs nocturnes. Vous êtes en préménopause, ajouta-t-il « platement ».

Wooooooooooooow là, qu’est-ce qu’il me racontait là? J’avais juste 45 ans, moi. Je ne pouvais certainement pas être en préménopause. Oh! que non!

- Ben voyons donc, ça s’peut pas, dis-je en souriant « jaune ».
- Vous n’êtes plus très jeunes, vous savez, dit-t-il toujours sur le même ton.
- VOUS NON PLUS! répliquai-je du tac au tac.

Pour la première fois depuis le début de l’examen, il me regarda dans les yeux et me fit un petit sourire narquois.

J’étais hors de moi. Préménopause à 45 ans, moi? Je suis bien trop jeune, c’est affreux, ai-je raconté le samedi suivant à ma coiffeuse, une pétillante jeune femme de 26 ans.

- As-tu des sautes d’humeur? m’a-t-elle demandé en m’enlevant quelques mèches ici et là.
- Ouais, ai-je répondu en repensant à la scène de la colposcopie.
- Ben là dépêche-toi d’aller te chercher des hormones. T’as des ados, toi. Ménopause et adolescence, ça va pas ensemble.
- Pourquoi tu dis ça?
- Trop d’hormones. C’est pas bon. Je sais de quoi je parle. Ma mère était en ménopause pendant ma crise d’adolescence, c’était pas beau à voir tout suite!

Des hormones… Je suis bien trop jeune pour les hormones! Elle est drôle, elle. D’ailleurs, qu’est-ce qu’elle en sait, à son âge! Je vais essayer de me calmer les nerfs toute seule. Après tout, mes ados sont de bons ados, je n’ai vraiment pas de problème de ce côté-là. Pas question d’aller me chercher des hormones à mon âge. Je suis quand même pas SI émotive que ça.

Après quelques jours, je sers des coquilles Saint-Jacques au souper. Fiston déclare en rigolant que ça sent le poisson mort. Je lui fais une de ces paires d’yeux. Mais je reste calme. C’est juste une une blague d’ado. Il continue en disant que c’est normal que ça sente le poisson mort puisque c’est justement du poisson mort. Je respire par le nez et lui demande de changer de sujet. Il ajoute un mot, je ne sais même plus quoi, et là je réponds, le plus calmement possible, que s’il veut manger à son goût, il a juste à s’occuper lui-même du souper. J’ai les larmes qui montent mais pas trop. Je me retiens. Il termine son assiette et sort de table, l’air de se demander qu’est-ce que j’ai, cout’ donc, aujourd’hui. Fistonne me dit alors, pour défendre son frère, que c’était juste une blague. Ça y est, voilà les Chutes Niagara. Je lui réponds en pleurant :

- J’ai le droit d’avoir de la peine, moi aussi, des fois!!!

Elle quitte la table à son tour, sans trop comprendre. C’est fini, les coquilles Saint-Jacques. J’en n’achète plus JAMAIS! PLUS JAMAIS!

J’essuie mes yeux et je mouche mon nez. Le pire, c’est qu’ils ont adoré le souper. Des hormones, hein…? Ouin, peut-être bien, après tout…

Je sens que la ménolescence va être pénible!

 

2 Commentaires

  1. C’est super bon Joan! Garde-nous au courant des développements de ta ménolescence!

  2. Merci! Et compte sur moi, je continue!
    Joan

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