sourire

Il est assez tard. Comme tous les soirs depuis deux semaines, j’ai rapporté du travail à la maison. Je bûche sur mon texte, les pieds appuyés sur le chien qui ronfle. Qu’est-ce que je donnerais pour être enfin dans mon lit!

Fistonne monte l’escalier et me lance un de ces regards dont elle seule a le secret depuis quelques mois.

- Tu penses pas qu’il serait temps que tu défasses le sapin de Noël?

Je réussis à sourire et à hocher la tête de droite à gauche. Je n’ai même pas envie de me fâcher. Dans mon cœur, je lui réponds que quand je serai une vieille dame et qu’elle trimera dur pour payer les comptes, les vacances en famille, les broches et les études de ses enfants, ça me fera plaisir d’aller défaire son arbre de Noël pour lui donner un peu de répit.

Je t’aime, ma petite Fistonne. Et même quand tu fais tout pour le cacher, je sais que tu m’aimes.

 

Disparition

Bon. Ça y est. Le sous-comité des équivalences a rendu sa décision. Ils vont me réinscrire au Tableau de l’Ordre du Barreau du Québec (merci papa et le canard) dès que j’ai terminé la lecture des 12 volumes de la collection du Barreau du Québec, « dirigée », par un avocat membre du Barreau depuis au moins 10 ans sans dossier disciplinaire. Pour chaque livre d’environ 400 pages en moyenne, je dois rencontrer pendant au moins une heure un avocat qui « dirigera » ma lecture.

Un ex-collègue avocat m’a demandé si « diriger » ma lecture signifie qu’il pointera du doigt un passage du livre pour que je le lise à haute voix. Petit comique. J’aimerais bien, mais non. Comme la responsable au Barreau persiste à ne pas me rappeler, je ne sais pas exactement ce que veut dire « diriger », sauf que j’imagine qu’on souhaite que l’avocat qui se considère honnête, intègre et digne de confiance vérifie si j’ai bien fait mes lectures et y ajoute sa touche personnelle.

J’ai déjà trouvé quelques avocats disposés à diriger mes lectures en Éthique, déontologie et pratique professionnelle, en Contrats, sûretés, publicité des droits et droit international privé et en Droit du travail. Il me manque des tuteurs pour :

Volume 2 – Preuve et procédure;
Volume 3 – Personnes, famille et successions;
Volume 4 – Responsabilité;
Volume 5 – Obligations et contrats;
Volume 7 – Droit public et administratif;
Volume 9 – Entreprises et sociétés;
Volume 10 – États-financiers et fiscalité corporative;
Volume 11 – Droit pénal : Procédure et preuve;
Volume 12 – Droit pénal : Infractions, moyens de défense et peine.

Je suis une élève sérieuse (même si j’ai parfois du mal à garder mon sérieux) qui fais toutes ses lectures (oui, oui, j’ai même apporté le volume 1 en vacances pour le lire sur la plage!) et je suis un excellent public pour l’avocat qui voudra profiter de l’occasion pour se vanter de ses plus belles réussites après avoir dirigé ma lecture.

Des volontaires?

- Moi, mes amis avocats sont tous morts.

Tiens, papa qui vient me parler dans ma tête.

- C’est pas grave, papa, je trouverai bien. J’ai quelques connaissances.

- Ton ami Alain, l’avocat, celui qui était venu passer une fin de semaine, là, il t’aiderait pas?

- J’y ai pensé, mais il semble être disparu.

- Comment ça, disparu?

- Son cabinet m’a dit qu’il avait quitté l’an dernier.

- Vérifie au Barreau, ils vont te dire où il est rendu.

- Justement! Il n’est plus inscrit au Barreau. J’ai cherché sur Internet, je n’ai rien trouvé. On dirait qu’il a disparu de la Terre.

- Demande à Émile.

- Disparu lui aussi!

- Moi je les ai pas vus ici, en tous cas. Il sont sûrement encore avec vous autres.

- J’espère bien!

Ils sont peut-être en sabbatique… à l’étranger… j’imagine. Enfin, j’espère…You! Hou! Alain! Émile? Où êtes-vous???

 

Richard

« Chère Joan,
Ce qu’il y a de plus palpitant dans la vie de réviseur, c’est qu’il faut toujours décider de tout. Ne te mets pas trop martel en tête. Fonce! Tu es capable. Richard »

Je n’ai plus envie qu’on me dise que je suis capable. Je n’ai pas revu vivants les deux derniers gars qui m’ont dit ça. Richard a écrit ces mots dans la carte que m’ont donnée mes collègues, quand j’ai quitté mon dernier emploi. Je ne savais pas qu’il lui restait à peine deux mois à vivre. Lui non plus ne savait pas.

Richard imprimait ses recherches recto-verso et, souvent, entre le moment où il tournait sa feuille et celui où il imprimait, je donnais de mon côté une commande d’impression. Par-dessus ses recherches. Il faisait semblant d’être découragé. C’est mon plus beau souvenir de lui. Son air sérieux et son demi-sourire, quand il blaguait, Richard-qui-sentait-si-bon.

Je ne l’ai jamais vu fâché. Extérieurement, il était solide comme un roc. Il me communiquait son calme et ça me faisait du bien, quand je travaillais sur le même dossier que lui. Je trouvais qu’il révisait trop, mais en même temps je l’enviais d’en savoir tellement sur autant de sujets. Il avait l’air d’avoir tout lu. Tout entendu. Et il ne s’en vantait jamais.

Il est venu me présenter ses sympathies à mon retour au travail, après les funérailles de mon père. Il n’était pas venu au salon parce qu’il se faisait soigner pour un cancer de la peau. Deux ans, jour pour jour, après les funérailles de mon père, j’assistais à celles de Richard.

Il s’empêchait parfois de manger du dessert, pour sa ligne, mais il disait qu’il ne pouvait absolument pas résister à un gâteau de sa blonde. Elle aimait la Saint-Valentin, alors il trouvait ça important. Pour elle. Ça paraissait dans ses yeux bleus qu’il l’aimait beaucoup.

Il avait l’air très fier de « ses » filles, comme il les appelait. Je ne savais pas qu’il était le père de l’une et le beau-père de l’autre. Il disait juste « mes » filles.

Richard n’est plus là. Il ne sera plus jamais là. Et pour être moins triste, je déclare ce jour la « journée nationale de Richard ». La journée où on fait de son mieux à chaque minute, comme il faisait, même si on est fatigué ou qu’on n’en a pas envie. Où on garde son calme et où tout le monde mérite qu’on soit gentil avec lui. Où tout le monde a droit au respect. C’est comme ça que Richard traitait ses collègues. Et c’est comme ça que se déroulera ma « journée nationale de Richard ». En mémoire de ce qu’il m’a appris.

Merci Richard d’être passé dans nos vies. C’était un beau cadeau. Merci pour tout.

 

Joyeux Noël!

Mettant en vedette Coquine la chatte-vache, Spike la petite chatte noire et Zed, le jeune Labrador.

Coquine – Fiston est de retour pour les vacances des Fêtes.

Spike – Ah! Non, désolée gang, mais moi avec mon arthrite, pas question que je fasse partie du comité d’accueil.

Coquine – Bon, bien, Zed, on sera deux. Tu devras te montrer sous ton meilleur jour.

Te montrer saoul son meilleur jour???

Zed – C’est quand, mon meilleur jour?

Spike – Ce chien n’a pas de meilleur jour, il n’a que des mauvais jours.

Coquine – Misère… passons. Ne fais pas de bêtises.

Zed – Euh… c’est quoi des bêtises?

Coquine – Les idioties que font les chiens quand ils sont excités.

Zed – ah… tu veux dire que je ne devrai pas dérouler le papier de toilette, monter sur le lit avant que Chéri soit parti travailler, manger dans la litière des chats ni fouiller dans la récupération?

Coquine – Genre.

Zed – Et le nouveau règlement? Je devrai respecter le nouveau règlement aussi?

Coquine – SURTOUT le dernier règlement.

Spike – C’est quoi, le dernier règlement?

Ben voyons, ne pas goûter aux boules de Noël!!!

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