La mystérieuse Madame X

J’ai l’impression que la liquidation d’une succession est un vrai travail de détective. Et pourtant j’ai de la chance : deux jours avant de mourir, alors qu’il pouvait à peine parler, mon père m’avait dressé la liste de toutes ses rentes et polices d’assurance, donné le nom de son comptable, fait lire certaines clauses du testament, dicté l’avis de décès pour les journaux et communiqué ses volontés pour les funérailles. Il avait même préparé sa demande de remboursement d’assurances-médicaments! Mais il ne m’avait pas parlé de Madame X…

Madame X est entrée dans ma vie la semaine dernière. C’est la préposée de la compagnie d’assurance qui m’a appris son existence, en me téléphonant au bureau :

- Bonjour, ici V. de la compagnie d’assurance XYZ, je parle bien à la fille de Monsieur VotrePère?

- Oui, c’est bien moi.

- Désolée de vous déranger au travail…

Ça, pour me déranger, elle me dérangeait. J’en avais plein les bras, du travail pour deux dans un dossier mélangeant comme ça ne se peut pas et j’étais mitraillée de courriels tous plus urgents les uns que les autres (oui, bon, j’exagère un peu).

- Pas de problème.

- Pourriez-vous me donner le numéro d’assurance sociale de la bénéficiaire de la rente de votre père, Madame X?

- Madame X?

- Oui.

- Madame X, vous êtes sûre?

- Oui.

- Je ne la connais pas.

- Mais vous êtes bien la fille de Monsieur VotrePère, n’est-ce pas?

- Oui, oui, mais je n’ai jamais entendu ce nom.

- En plus, c’est une bénéficiaire irrévocable… La fille du siège social a besoin de son numéro d’assurance sociale pour faire le chèque.

Ciboulette, qu’est-ce que c’était que ça? Irrévocable? Une conjointe? Une blonde, mon père? Mon papa à moi? Ça alors…! Quelle surprise! J’ai quand même un petit doute, et je demande une copie de la désignation de bénéficiaire?

Mon père… amoureux… Ce serait si romantique! À moins que… à moins qu’il ait eu une autre fille dont il n’a jamais parlé. Moi qui ai toujours rêvé d’avoir une sœur!

Je prends quelques minutes pour faire des recherches sur Internet. Il y a bien une Madame X, massothérapeute à Ottawa. Mon père y a déjà travaillé… Il y a une autre Madame X au service de la compagnie d’assurance. Et si la préposée avait mal compris et inversé le nom de la bénéficiaire avec le nom de « la fille du siège social »?

Le soir, à la maison, je me gratte la tête. Je fais et refais des recherches. Je réfléchis et j’essaie de me rappeler si mon père a déjà dit quelque chose qui pourrait me donne un indice sur la mystérieuse Madame X. Qui qu’elle soit, si mon père a jugé qu’il devait lui léguer une rente, il faut ab-so-lu-ment que je la trouve. J’espère qu’elle n’aura pas un choc en apprenant le décès de papa. Je me vois déjà lui annoncer la triste nouvelle. C’est horrible. D’un autre côté, il le faudra bien.

La fin de semaine passe… je cherche et cherche, je relis les notes de mon père, les articles de journaux qu’il m’a laissés, j’essaie de lire entre les lignes. Rien à faire je ne vois pas.

Ce serait merveilleux que mon père ait été le prince charmant secret d’une Madame X cachée quelque part. Mais alors il aurait voulu être certain que je trouve Madame X et m’aurait donné plus que moins d’instructions. Je le connais, il n’aurait jamais pris le risque que Madame X ne reçoive pas sa rente.

Je réalise finalement que la compagnie nous a déjà envoyé le chèque. À moins que… et si, au lieu d’une erreur de bénéficiaire, la compagnie d’assurance s’était trompée de « défunt »?

Dès 9 h, ce matin, je rappelle V. à la compagnie d’assurance XYZ.

- Ça tombe bien que vous m’appeliez, parce que j’ai justement reçu la désignation de bénéficiaire du siège social, et Monsieur VotrePère a bien désigné Madame X. Et figurez-vous qu’elle est sa conjointe.

- Êtes-vous certain qu’il s’agit bien de mon père? Pourriez-vous vous être trompée de défunt?

- Euh… on parle bien de Monsieur VotrePère né le 16 avril 1942 et décédé le 1er janvier 2010?

- Et voilà! Bien non… moi mon père est né le 3 juillet 1937.

- Fiou! Je commençais à me demander…

- Deux personnes qui portent le même nom sont décédées à la même date?

- Il faut croire que oui. Heureusement que vous m’avez appelée. Je me demandais vraiment comment vous pouviez ne pas connaître la conjointe de votre père!

- Moi aussi!

Dommage, quand même. Ça aurait été si « romantique », mon papa qui lègue sa rente à une princesse d’autrefois, en souvenir des beaux jours passés…!

 

Notre chanson

Au dîner, j’avais confié à ma collègue que j’assistais le soir même à un spectacle de Boum Desjardins avec Chéri, et que j’espérais y entendre « notre » chanson. Bien oui, vous savez bien, tous les couples ont « leur » chanson, une chanson qui leur rappelle un moment particulier, une chanson qui les fait fondre et se prendre par la main quand ils la réentendent. Nous c’est « Tu m’manques » de La Chicane.

Chéri travaillait à l’étranger quand j’ai entendu la chanson pour la première fois. On l’entendait beaucoup à la radio, et elle me faisait penser à lui, à nous. J’avais acheté le CD. Une fois Chéri rentré au pays, je lui ai fait écouter la chanson un jour que nous roulions dans ma voiture. Il m’a regardée tendrement et m’a dit :

- « J’écoutais souvent cette chanson quand j’étais là-bas. Elle me faisait penser à toi. »

C’était « notre » chanson.

Le soir, donc, nous allons au spectacle et, bien sûr, Boum chante notre chanson. Je me colle un peu contre Chéri, il me sourit et je savoure l’instant présent.

Au retour, dans la voiture, je dis comme ça :

- « Je suis contente qu’il ait chanté notre chanson. »

- « Quelle chanson? »

Je suis estomaquée. Comment ça, quelle chanson…?

- « Tu ne sais pas quelle est notre chanson? »

Chéri se dépêche de répondre :

- « Oui, oui, bien oui, c’est sûr que je le sais. Attends que je me rappelle du titre… »

- « Non! Laisse faire! Ne dis rien! Je serai trop déçue si tu te trompes! »

- « Attends, je le sais… »

- « Non, non, laisse faire! On change de sujet, je serai trop déçue. »

- « Je sais quelle chanson, je cherche juste le titre, attends… »

- « Non, non, laisse faire! »

- « Tu m’manques. »

Fiou… je savais bien qu’il ne pouvait pas avoir oublié.

 

Drôle, drôle, la Fistonne

Fistonne, à Zed qui pleurniche parce que je suis descendue au sous-sol sans lui :

- Ta gueule, Zed!

Je remonte immédiatement et la regarde, sourcils froncés :

- Pardon?!?

Elle se reprend immédiatement :

- Désolée. Ta gueule, Zed, s’il vous plaît.

Trop drôle, ma pichounette!

***************

Fistonne me demande timidement de la conduire au centre commercial, à 20 minutes de la maison, afin qu’elle puisse magasiner un cadeau pour une fête qui a lieu le jour même. Elle sait que j’haïs ça, magasiner à la course. Je fixe mon enseigne de « taxi » (non, j’ai pas d’enseigne de « taxi », mais je devrais!) sur le toit de la voiture (ça a un nom, ça, hein, un toit de voiture?), démarre le véhicule, et c’est parti. Fistonne soupire très fort :

- Arrête de bouger, j’arrive pas à brancher mon i-pod.

J’arrête la voiture en plein milieu de la rue (pas passante), et elle se met à rigoler. Petite comique!

 

Zed est malade

Salut, c’est moi Zed le chien.

Je suis malade. J’ai mal aux pattes. Ça fait mal et je suis malheureux. La vétérinaire craint que j’aie la maladie des Labradors, la dysplasie de la hanche. On le saura la semaine prochaine, quand la vétérinaire m’endormira pour me faire une radiographie. La mère poule était toute triste quand on est sortis de là avec nos anti-inflammatoires. Elle me voyait déjà dans ma tombe, la pauvre. Il faut dire qu’elle est du genre pessimiste. Et émotive. Et qu’elle a tendance à dramatiser.

Moi je suis brave. Et prêt à affronter les pires tortures, le scalpel et la mort s’il le faut!!! Aaaaaahhhhhh… ça y est, c’est fini, je ne pourrai plus jamais courir après les moufettes et les chaussettes, grimper sur les comptoirs pour manger les roses de St-Valentin, me rouler dans la boue, apprendre des nouveaux trucs, lécher le jambon qui refroidit sur la table… aaaaahhhhh… pauvre moi, pauvre pauvre pauvre petit Zed! Finie la belle vie, finie, la vie…

La cerise sur le sundae, c’est que la vétérinaire a dit que je suis gros. C’est pas vrai du tout, je suis pas gros. Vraiment pas. Je suis musclé. La vétérinaire a dit qu’on devra me donner des carottes en récompense au lieu des saucisses. beurk.

Bon, je crois que la mère poule et sa tendance à dramatiser déteignent un peu sur moi. Il est possible que je me sois juste étiré un petit ligament, après tout?

En attendant d’aller mieux, je me repose. Je dors toute la journée. Je me prends un petit air de chien triste. Des fois je fais une petite promenade, mais pas longtemps. Tout le monde est gentil avec moi. On me flatte, on me cajole, on me dorlote, on me console. Un peu plus, ils me laisseraient les mordre.

Bon, bien, je suis fatigué, moi. Je vais au dodo. On se revoit (euh… on s’écrit) après ma radiographie. Souhaitez-moi bonne chance et pensez à moi.

À bientôt!

Zed