
C’est l’histoire d’un samedi soir avec Fred, l’oiseau qui ne vole pas. Pour la première fois depuis des semaines, il fait doux. Je sors mon vélo et je pars avec mon chien Zed qui trottine à mes côtés en bougeant la queue de gauche à droite.
Toute à mon bonheur de savourer ce petit samedi soir tranquille, j’aperçois ma voisine qui me fait de grands signes. Zed et moi, on s’arrête.
- T’aurais pas vu un perroquet?
- Hein?
- Oui, ma fille a échappé son perroquet, un gris d’Afrique à queue rouge.
- Euh… non, mais je vais jeter un coup d’œil.
- Il ne peut être bien loin, il ne vole pas.
Je reprends ma promenade avec Zed en portant une attention particulière aux buissons. Je recroise ma voisine et sa fille, qui pleure à gros sanglots. Ça me brise le cœur. Je retourne à la maison.
L’Artiste pitonne sur son ordinateur et Chéri regarde le hockey.
- Chéri, qui est-ce qu’on avait appelé, donc, quand on avait trouvé un cockatiel dans ton arbre, t’en souviens-tu?
Chéri lève les sourcils :
- Oh… Ça fait longtemps, ça. Pourquoi?
- La voisine a perdu son perroquet gris d’Afrique! Je te laisse Zed et je vais les aider à chercher. Il ne vole pas, il doit être dans un buisson.
Je repars. Du bout de la rue, ma voisine me crie :
- On l’a trouvé mais il est trop haut, il est au sommet d’un arbre dans l’autre rue!
Je lui crie à mon tour :
- Je vais chercher une échelle et je reviens!
(Lire, je vais convaincre Chéri de venir avec son échelle.)
- Chéri! Chéri! Il nous faut ton échelle, vite! Le perroquet est perché dans un arbre!
- Tu m’avais pas dit qu’il volait pas?
- Vite, vite, viens nous aider?
- T’es sérieuse, là?
- Vite Chéri!
Heureusement pour moi, les Canadiens perdent 4 à 1. Chéri se lève en grimaçant. L’Artiste se lève aussi, pour chercher de son côté. Je sors à toute vitesse. Chéri me rejoint avec échelle et camion. Je monte dans le camion :
- Il est rendu sur le boulevard!
On s’y rend. Sur place, quelqu’un a déjà installé une échelle, et la petite propriétaire de Fred se prépare à y grimper. Mais Fred est beaucoup trop haut. L’échelle va tomber.
- Attention au fil! Attention au fil!
- Pas de danger, c’est pas un fil électrique, c’est le fil du téléphone.
Fiou! Trois voisins se sont joints au groupe. Il y a le monsieur propriétaire de la décapotable rouge et le papa du petit chien saucisse qui se prend pour un pitbull. Chéri propose d’aller chercher un filet pour ramasser les feuilles dans les piscines. Un des voisins, qui habite plus près que nous, déclare qu’il va aller chercher le sien. Il revient avec un balai à piscines.
Pendant que Chéri tient l’échelle appuyée dans l’arbre, le propriétaire du balai y grimpe, avec le balai. Il approche le balai des pattes de Fred, pour que celui-ci y grimpe. Fred repart en volant. Tous les yeux sont tournés vers le ciel. Fred fait de grands ronds au-dessus de notre tête. Il finit par se percher encore plus haut, dans l’arbre d’un autre voisin.
- En tous, cas, pour un perroquet qui vole pas, je le trouve pas pire, déclare une dame.
J’essaie de ne pas rire. La petite est si triste. Chéri et monsieur décapotable lancent un mini ballon de styrofoam dans l’arbre, pour faire descendre le perroquet. Mais le terrain est petit et plein d’arbres et de branches. Les propriétaires de la maison sortent pour voir pourquoi on joue au football sur leur terrain. La « grand-maman » de Fred leur explique. Ils rentrent chez eux et ressortent, avec leur manteau et chacun une bouteille d’eau. Sérieux, ça commence à être drôle, mais personne ne rit. La grand-maman de Fred retourne chez elle pour demander l’aide des pompiers. Au bout de quelques minutes, elle revient :
- Ils n’offrent pas ce service là, qu’ils disent.
- Ça se peut pas, je dis, dans 19-2, ils ont sauvé un chat dans un arbre!
- 19-2? Je pensais qu’il fallait appeler 9-1-1?!?!
- Euh… non, 19-2, c’est une série à la télé.
- Ah… okay. En tous cas, ça va s’appeler on lui coupe les ailes, à ce perroquet-là!
- Oui, maman, répond la petite. Je comprends pas comment il peut voler avec seulement deux plumes.
- Pis c’est moi qui va les lui couper, les ailes!!! C’est bien simple, il aura pu de plumes. Là on va être sûres qu’il volera pas. DES-CEND IM-MÉ-DIA-TE-MENT FRED!!!!!!!!!
Il commence à faire noir. Le perroquet hoche la tête, nous regarde et, comme pour nous narguer, se perche à l’envers sur la branche (la plus haute, évidemment). Il est là, la tête en bas, et nous regarde toujours. J’éclate de rire. Chéri et monsieur décapotable (qui se ressemble s’assemble) continuent de lancer le ballon à Fred qui ne bronche plus. Le ballon finit dans une haie de cèdres de douze pieds. La petite appelle Fred, qui hoche la tête pour la centième fois au moins, la regarde et redécolle. Cette fois, on ne sait plus où il est allé. On repart chacun chez soi. Il n’y a plus rien à faire pour le moment. On recroise le couple avec le balai de piscine.
Ce matin, la petite était assise sur le trottoir devant chez nous. Fred était perché dans notre chêne. Tantôt, je vais aller demander si Fred s’est décidé à redescendre.
