La fête de Zed

Mettant en vedette, Allumette la chatte abyssin, chef de meute, Coquine la chatte-vache, Spike la petite chatte noire et Zed, le jeune Labrador.

Zed : Eh! la gang, c’est ma fête bientôt! Je vais avoir plein de cadeaux! Youpi!

Allumette : Ah! oui? C’est déjà ta fête? Euh… ouin… c’est vrai qu’il faudrait un cadeau.

Coquine : Un cours de délicatesse, une clochette pour que les maîtres l’entendent quand il vient nous embêter au sous-sol la nuit, du ruban adhésif pour lui coller la langue dans le palais, une bavette pour l’arrêter de baver partout, une muselière pour l’empêcher de nous dénoncer quand on dort sur la table… on a le choix!!!

Spike : On a le droit de dormir sur la table? Chouette!

Allumette : Moi pour ma fête, je veux des Advil. Ce chien me donne la migraine.

Coquine : Attendez, non, j’ai une idée encore meilleure : Une boîte de déménagement!

Zed : Oui, j’aime bien grignoter les boîtes, moi!

Allumette : Euh…

Coquine : Avec un aller simple pour… le Zimbabwe?

 

M. Gazon cherche sa blonde

Mon voisin M. Gazon cherche sa blonde.

Il faut que je vous explique. Je l’appelle M. Gazon parce que, chaque été, il fait des miracles avec notre gazon. Il dit qu’il met de l’huile de Saint-Joseph et que ça fait verdir le gazon.

L’huile de Saint-Joseph, ça doit être comme l’eau de Lourdes. Quand mon père était adolescent, son oncle l’abbé Durand était allé en pèlerinage à Lourdes, d’où il avait rapporté des bouteilles d’eau miraculeuse. Les voisins venaient s’en chercher gratuitement pour guérir leurs migraines et autres petits maux, et c’est mon père qui était chargé d’aller chercher les petites bouteilles dans la précieuse réserve. Mais un jour, bien évidemment, la réserve a été épuisée. Et pour ne pas décevoir les voisins, mon père s’est alors mis à remplir des petites bouteilles d’eau qu’il faisait passer pour de l’eau de Lourdes, et pendant des années les voisins sont venus s’approvisionner (toujours gratuitement) en eau du robinet qui, curieusement, leur faisait le même bien que la réelle eau de Lourdes épuisée depuis longtemps.

Je vous racontais donc que mon voisin, M. Gazon, qui fait des miracles avec l’huile de Saint-Joseph, cherche sa blonde :

- As-tu vu ma femme?

Je joue dehors avec mon chien Zed.

- Non, pas vue.

- Je la trouve pas nulle part.

- D’après moi elle est partie avec un autre homme.

- Ça ce serait une bonne nouvelle!

Il faut dire qu’il a la répartie facile. Ça le rend très sympathique et drôle. Tout le monde l’aime sur la rue. Et mon chien Zed l’adore. Mais à le voir s’affairer au cellulaire pour la retrouver, je doute que ce serait une bonne nouvelle si sa belle dame était vraiment disparue. Il a l’air aussi inquiet que Chéri quand je pars en voiture pour un petit voyage.

Tout à coup M. Gazon me crie :

- Je l’ai trouvée!

Mais bien sûr. On le savait déjà. C’est qu’on est indispensables, nous les filles, et même si les gars ne s’ennuient pas quand on part, ils ont donc peur qu’il nous soit arrivé quelque chose. J’ai pas raison?

 

Le compliment

Fiston est rentré un peu tard la veille. Il me rejoint dans la cuisine en fin d’avant-midi.

- Salut!

- Salut! T’as l’air fatigué.

- Oui.

- T’es peut-être rentré un peu tard.

- T’étais inquiète?

- Non. Si j’avais été inquiète je t’aurais téléphoné. Et tu m’aurais rassurée.

Il ouvre le réfrigérateur.

- Ça t’inquiète que je joue au poker, non? T’as peur que je devienne un joueur compulsif, avoue.

- Non. Je connais plein de jeunes qui jouent au poker. C’est la mode. Ça ne m’inquiète pas. Ce qui m’inquiète, c’est l’heure à laquelle tu es rentré.

- Mais je suis prudent en voiture. Que je rentre tard ou de bonne heure je suis toujours prudent.

- Je sais. Mais quand tu rentres tard, tu es sur la route en même temps que les inconscients qui sortent des bars et conduisent en état d’ébriété.

Il sort le jus et en verse dans un verre.

- ah…

- Mais ça va. Je ne suis pas SI inquiète que ça.

Il prend une gorgée.

- T’sé m’man, c’est pas loin chez mes amis. La plupart du temps, je suis tout seul sur la rue.

- Okay.

- M’man, t’es pas comme les autres parents.

- Oui, je sais, tu trouves que je m’en fais trop.

- Non, c’est pas ça. Tu réfléchis. Tu analyses. C’est correct. J’aime ça comment t’es, m’man.

Euh… Qu’est-ce qu’il veut dire? Comment ça, je réfléchis et j’analyse? C’est un compliment, ça? Je ne sais pas quoi dire. Le téléphone sonne. Il répond. Éclate de rire.

Le sujet est clos. J’aurais bien aimé être capable d’accepter un compliment.

 

Le raconteur

Papa était avant tout un raconteur. Il savait rendre une histoire drôle. Et je crois que c’est l’image que nous, sa famille et ses amis, garderons de lui.

Alors j’ai pensé distribuer à ses frères et soeurs un enregistrement sur cassette qu’il m’avait donné à Noël 1985 et dans lequel il racontait les Noëls de son enfance.

L’enregistrement est loin d’être triste. Un peu émouvant, peut-être, parfois drôle, mais sûrement pas triste. En 1985, papa avait la voix d’un homme de 40 ans. Cet homme là était au meilleur de sa forme et loin d’imaginer sa mort. Ce qui fait toute la différence.

Reste à convertir la cassette sur CD. Je décide donc de m’« attaquer » au convertisseur de disques en vinyle et de cassettes que mon père venait d’acheter et n’avait pas encore eu le temps de déballer. C’est facile, il suffit de lire les instructions et d’appuyer sur les boutons. Trois heures, quatre CD et une couple de mots pas beaux plus tard, j’ai réussi à appuyer sur les bons boutons dans le bon ordre et j’ai mon enregistrement. Je le mets en marche. Je me demande si papa m’aurait donné cette cassette s’il avait su qu’un jour je la partagerais. J’écoute jusqu’à la fin. Et là, mon père dit :

- Je voudrais dire à tous ceux qui m’auront connu et aimé… qu’il m’a fait plaisir de prendre quelques minutes de ma vie pour raconter…

Pourquoi dit-il « qui m’auront connu et aimé » au lieu de « qui me connaissent et m’aiment »? Ciboulette! Il savait. Je ne l’avais pas remarqué à l’origine, mais il s’adressait à nous comme s’il était déjà parti. Il savait que je distribuerais l’enregistrement aux gens qui l’ont aimé. J’en reviens pas!